îlot Juan Fernandez

Le matelot abandonné

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L’histoire de Robinson Crusoé n’est pas une invention du romancier Daniel de Foe, qui a seulement eu le tort de créer un personnage fictif, le jeune Vendredi, car l’original, le type qui lui a servi de modèle, a vécu quatre ans et quatre mois dans une solitude absolue.

C’était un matelot écossais, Alexandre Selkirk, que son capitaine avait cruellement abandonné, à la suite de quelque démêlé, dans l’îlot désert de Juan Fernandez, en plein Pacifique. Il n’avait que ses habits, un fusil, de maigres munitions, une hache, un couteau, un chaudron, des instruments, une Bible et des livres de marine. Les huit premiers mois furent atroces, mais il finit par trouver du charme à cet isolement.

Deux cabanes faites en branches d’arbres s’élevèrent bientôt : il les couvrit de jonc et les calfeutra intérieurement de peaux de chèvres. Quand ses habits furent élimés jusqu’à la corde, il se tailla un justaucorps et un bonnet à longs poils qui le garantirent à merveille du froid. Les souliers lui furent inutiles, car la corne de ses pieds devint promptement un véritable sabot. Il eut de la peine à se passer de sel. Le bois de piment y suppléa par son arome prononcé. Il obtint du feu en frottant deux morceaux de bois l’un contre l’autre.

Il se nourrit de chèvres dont il tua près de cinq cents. Quand la poudre et les balles lui manquèrent, il les prit à la course, tant il acquit d’agilité. Un jour il tomba dans un précipice et, revenu à lui, il se trouva qu’il était couché sur le corps de la chèvre par lui poursuivie ! Il eut aussi des légumes. Il mangeait dans la plus petite des huttes et dormait et faisait ses dévotions dans l’autre. Son passe-temps fut l’élevage des chats et des chevreaux.

Quand il fut recueilli en 1709 par Woods Rogers, il pouvait à peine parler, il refusa tout aliment, toute boisson.

Alfred Spont. « Les grandes infortunes. »  Paris, 1890.
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