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Fruit défendu

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Erasme, le célèbre écrivain philosophe du XVIe siècle, dont on ne lit plus guère aujourd’hui que L’Eloge de la Folie, tout en restant fortement attaché aux croyances chrétiennes, fit maintes fois la critique des abus qui s’étaient introduits dans le monde religieux.

Quand il écrivit ses Colloques, où il malmenait notamment certains ordres monastiques, et certains ecclésiastiques, dont les façons de vivre étaient loin de répondre à la formule et à l’esprit de leur voeu, cet ouvrage causa une grande émotion. Simon de Colline, l’imprimeur, qui s’attendait naturellement au bruit que le livre devait faire, n’en tira pas moins de vingt et un mille exemplaires; nombre que n’avait jamais atteint jusqu’alors aucune publication : mais pour en assurer la vente, il fit aussitôt répandre le bruit que le débit venait d’en être interdit. Il n’y avait rien de vrai dans cette assertion, qui cependant était vraisemblable, et toujours est-il qu’elle eut pour effet de faire vendre la totalité de l’édition, en fort peu de temps.

Cet imprimeur était homme d’esprit, qui savait l’attrait du fruit défendu.

« Ah ! le beau spectacle, écrivait Erasme, comme conclusion de son Eloge de la folie, si placé sur la Lune ou pouvait découvrir les agitations infinies des hommes ! On verrait une grosse nuée de mouches et de moucherons, qui se querellent, se battent, se tendent des pièges, s’entrepillent, jouent, folâtrent, s’élèvent, tombent et meurent. On ne pourrait jamais imaginer les mouvements, le vacarme, le tintamarre que l’homme, ce petit animal, qui par rapport à une durée infinie, n’a qu’une minute à vivre, excite à la surface de la terre. »

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.
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Balzac épicier

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On sait qu’une des grandes préoccupations de Balzac fut d’arriver à la fortune, même par le commerce et l’industrie. Imprimeur, il en résulta pour lui des dettes qui l’angoissèrent presque toute sa vie.

Il voulut exploiter, en Sardaigne, des mines d’argent abandonnées par les Romains : on lui vola son idée. Aux Jardies, il rêva de battre monnaie avec un guano imaginaire, soi-disant déposé au pied des arbres. Il songeait aussi à cultiver les ananas, pour les vendre, en boutique, sur le boulevard Montmartre : chimères !

Un projet des plus chers à Balzac, en 1840, c’était la création d’une colossale épicerie, en pleine rue Saint-Denis. Mais il voulait, pour la faire prospérer, un personnel d’élite et qui eût attiré tout Paris ! On connaît les employés que se proposait d’appointer Balzac : lui, chef de la maison; Théophile Gautier, premier garçon; George Sand, caissière; Léon Gozlan, commis emballeur… Gozlan prit la chose en riant :

Attendons, dit-il, que les sucres soient en baisse. Et surtout,ne louez pas la boutique sans que je vous en parle.

Le silence obstiné de Gozlan enterra l’épicerie Honoré de Balzac.

« Revue Belge. »  J. Goemare, Bruxelles, 1926.
Illustration : montage fait maison 🙂

A propos de singes et d’ours mal léchés

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Le singe, en terme d’imprimerie, n’est tout autre chose qu’un ouvrier compositeur. Il tient ce nom des compagnons pressiers qui le nomment ainsi soit à cause des gestes drôlatiques qu’il fait en levant la lettre, soit parce que son occupation consiste a reproduire l’oeuvre d’autrui.

Mais le singe s’en venge en infligeant aux compagnons pressiers l’épithète d’ours dont les a baptisés Richelet, et voici comment :

Un jour, cet auteur de l’Encyclopédie était chez son Imprimeur à examiner sur le banc de presse les feuilles que l’on tirait, et s’étant approché trop près de l’imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier en le tirant, attrapa l’auteur qui était derrière lui et l’envoya par une secousse violente et inattendue à quelques pas de lui. De là, il a plu à l’auteur d’appeler les imprimeurs des ours.

On appelle un gros rustre d’imprimeur un ours mal léché.

« Physiologie de l’imprimeur. »    Constant Moisand, Paris, 1842.