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La passion du sport

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Les tribunaux du Texas, qui avaient condamné dernièrement à mort le fameux champion indien du jeu de football, nommé Wolla Toneka, viennent de lui accorder un sursis jusqu’à fin d’octobre, uniquement pour lui permettre de tenir ses engagements de la saison.

Et, dans tous les rings américains, c’est à qui jouera une suprême partie de football contre le champion qui n’a plus que six semaines à vivre. 

Wolla Toneka est né à Eagle County, il y a de cela vingt-deux ans. Il appartient à la tribu encore puissante des Choctaws. Quoique orphelin de très bonne heure, reconnu par un chef indien, il a fait d’assez fortes études et parle et écrit correctement l’anglais. 

A la suite d’une petite discussion de famille, Wolla dans un moment de vivacité a brûlé la cervelle de ses deux oncles et d’un individu nommé Henderson. 

Il sera fusillé, suivant la coutume, à l’expiration de son sursis, par conséquent dans les premiers jours de novembre, mais cela ne l’empêchera pas de jouer jusque-là au football, sous l’oeil de la police, bien entendu, contre tous les champions américains.

 Source : « L’Athlète. » Roubaix, 1897.

 

Elles ont épousé un arbre

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M. Port, anthropologiste anglais, décrit dans le Globus une coutume indienne de mariage symbolique qui fera le bonheur de la Société des amis des arbres.

Dans certaines régions hindoues, une jeune fille ne peut se marier qu’après sa sœur aînée. Mais pour surmonter la difficulté, la sœur aînée peut épouser un arbre, des plantes ou des objets inanimés. Les suites fâcheuses que ne pouvait manquer d’entraîner la transgression aux coutumes, se trouvent de la sorte évitées, et la jeune sœur peut se marier en toute sécurité.

L’inconvénient se réduit à avoir pour beau-frère un peuplier, un orme ou un sapin. Mais il y a des compensations quand ce proche parent est un chêne dont il a nécessairement le coeur, ou bien un prunier, ce qui permet à la sœur ainée de secouer son époux suivant la méthode usitée dans les mariages non symboliques. Les dames indiennes qui ont des propensions au veuvage épousent tout naturellement un saule pleureur, et celles qui ont le caractère particulièrement cassant, un acacia. 

« La Tradition. » Paris, 1900.

Kipling l’Indien

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r-kipling-john-collierDans l’hommage, si juste, rendu universellement à Rudyard Kipling revient, sous toutes les plumes, comme un leitmotiv, ces expressions : le chantre de l’Empire, le grand Anglais, l’incarnation de l’âme et de l’esprit britanniques. 

Je me demande si cela correspond, rigoureusement, à la réalité. J’ai l’impression que de telles formules ont été exactes, à un certain moment de l’évolution du noble écrivain, qu’elles ont exprimé une coïncidence, mais que, depuis, il y a eu comme qui dirait un aiguillage, et c’est dans une autre direction que s’est engagé le père de Kim. Pour tout dire en un mot, je pense qu’il existe un autre Kipling, et que celui-là est le plus profond, le plus vrai des deux. 

Je l’appelle Kipling l’Indien. 

Il ne faut pas, en effet, oublier ses origines. Elles ont joué dans sa formation un rôle très important. Et songez que, jusqu’à six ans, ce petit sauvage n’avait pas prononcé un mot d’anglais. Remarquez d’autre part que s’il a rendu hommage souvent à la tenue, au courage anglais (surtout de l’officier, du colonial), c’est beaucoup plus à la manière d’un adversaire loyal que d’un authentique concitoyen. Et c’est tout le contraire quand il s’agit de choses d’Asie. Ici, le contact est direct, les cœurs sont vus du dedansrudyard-kiplingJe pense notamment à certains contes dont M. Arnold Van Gennep a souligné le caractère folklorique. Mais est-ce seulement du folklore ? Je vois là bien plutôt une connaissance directe, intuitive, de certaines réalités dont l’Orient a l’immémoriale habitude, connaissance plus ou moins sourde au début, mais que le chagrin et toutes les expériences de la vie avaient à la fois clarifiée et approfondie. 

Ainsi c’est sur une sorte de malentendu que la gloire de Kipling est basée. Les Anglais croyaient pouvoir honorer en lui leur type le plus représentatif, alors que, depuis nombre d’années, réfugié dans son Orient intérieur, il n’était plus, peut-être, que le plus affranchi des citoyens de l’Univers.

Francis de Miomandre. « Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques. » Paris, 1936.

Le Code et la potence

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Le correspondant américain du Droit envoie à ce journal le récit d’une exécution des plus étranges et à coup sûr des moins lugubres. Voici sa lettre, elle est datée de New York, le 5 avril : 

Les bienfaits de la civilisation pénètrent les uns après les autres chez ces tribus indiennes, incessamment refoulées vers l’ouest lointain par le progrès de l’occupation américaine. Nous leur avions déjà enseigné l’usage de la carabine et de l’eau-de-feu, voici maintenant qu’ils nous empruntent le Code et la potence. 

La scène se passe dans un village chérokée à vingt-cinq milles de la ville de Van Buren , dans l’Etat de l’Arkansas. Un Indien appelé Musquito a été trouvé assassiné. Les soupçons se sont portés sur un autre Peau-Rouge, nommé Nat par abréviation de Nathaniel. Ayant été reconnu coupable de meurtre par un jury chérokée, c’est à présent au shérif chérokée à faire exécuter la peine de mort prononcée par un juge chérokée. Les blancs n’ont eu à se mêler et ne se sont mêlés de rien. 

Voici comment un témoin oculaire raconte le dénouement de la pièce dont on donnait la première représentation devant un public chérokée. Dénouement qui prêterait à rire s’il ne s’agissait pas de la mort d’un homme. 

Le shérif avait fait dresser la potence à peu de distance de l’espèce de hutte qui avait servi de cour d’assises ; mais, lorsqu’on voulut y attacher Nat, il se trouva (c’était une espèce de géant) qu’il était presque aussi haut que le gibet. Il fallut recourir à un autre moyen d’exécution. 

Toute la tribu indienne, le shérif et le condamné en tête, suivit les bords ombragés de l’Arkansas jusqu’à ce qu’on eût trouvé un arbre qui pût remplacer la potence. Après une promenade qui se prolongea assez longtemps, parce que tantôt le shérif, tantôt le condamné, avait quelque chose à objecter aux divers arbres qu’on rencontrait, on arriva enfin devant un magnifique cotonnier (cotton-wood populus monilifera : espèce de peuplier qu’on trouve dans le voisinage du Mississipi) dont une grosse branche s’avançait à angle droit à une hauteur plus que suffisante pour le succès de l’opération. 

Voilà notre affaire ! s’écria le shérif.
— On ne saurait trouver mieux ! fit le condamné. 

La chose ainsi arrangée, Nat manifesta le désir de prendre pour la dernière fois un bain dans l’Arkansas. Sa demande lui fut accordée sans hésiter. Un blanc aurait pu mettre l’occasion à profit pour s’échapper, mais avec un Chérokée, il n’y avait rien à craindre. Le gigantesque Nathaniel se dépouilla de la couverture qui lui servait d’habillement complet, se jeta dans la rivière, et se livra avec délices au plaisir de la natation. Puis il sortit de l’eau sans qu’on l’eût rappelé, remit sa couverture, et se tint prêt à remplir le  rôle que la loi lui avait assigné. 

Le shérif lui dit alors de grimper sur l’arbre. Il y grimpa comme un écureuil, puis ce fonctionnaire et ses aides le suivirent avec la corde fatale. Nat s’arrêta sur la branche qui formait comme le bras d’une potence, mais le shérif l’engagea à essayer d’approcher le plus possible de l’extrémité de la branche, ce qu’il fit avec beaucoup d’agilité. Après quoi le shérif (qui cumulait, à ce qu’il paraît, les fonctions de bourreau) ajusta le nœud coulant au cou du patient et fixa à la branche l’autre extrémité de la corde. 

Pour si étrange que cela puisse sembler, tous ces lugubres préparatifs se firent, de part et d’autre, avec le plus beau sang-froid du monde. On aurait dit le déroulement d’une expérience scientifique. Enfin, quand tout fut arrangé à la satisfaction de Nat et du shérif, celui-ci dit qu’il allait descendre de l’arbre, et que, une fois à terre, il lui crierait de sauter. 

C’est convenu, dit le Chérokée. 

Au bout d’une couple de minutes, en effet, le shérif cria :

Saute, Nat ! 

Et Nat sauta. 

Comme il tombait de très haut, sa mort fut presque instantanée. 

« La Lorgnette. » Bordeaux, 1862.

 

Le soin des bébés chez les Peaux-Rouges

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Les Peaux-Rouges sont des sauvages, au moins pour nos préjugés européens; mais les enfants, chez eux, sont entourés dès leur naissance d’autant de soins, d’autant de sollicitude et de tendresse que les nôtres … à part certains préjugés assurément cruels, et dont les mères Peaux-Rouges souffrent certainement les premières.

Ce n’est pas un préjugé, c’est une nécessité qui oblige les mères, dans les tribus restées sauvages de l’Amérique du Nord, à attacher leur enfant sur une planche et à le porter sur le dos comme un paquet. C’est sur ces pauvres créatures que retombe la bonne moitié du travail quand les hommes sont à la chasse ou à la guerre, elles labourent, soignent le bétail, portent des fardeaux. Que feraient-elles de leur bébé, pendant ce temps ? Et quand elles doivent le nourrir ou veiller sur lui ? S’il crie la faim ? La planche où il se débat est ramenée du dos sur la poitrine de la mère. A-t-elle à produire un gros effort musculaire, à tenir tête, par exemple, aux chevaux demi-sauvages qui servent de montures aux Indiens ? Elle rejette l’enfant sur son dos, sans même troubler son sommeil. Habitué aux rudes secousses d’une existence mouvementée, il se laisse bercer par elle, et l’on en a même vu dormir à poings fermés, un jour de bataille, lorsque la mère qui les portait s’occupait des chevaux des guerriers, dont elle soutenait l’ardeur par ses cris sauvages.

D’ailleurs, si primitif que soit le berceau, l’amour maternel trouve moyen de le rendre plus gracieux et plus confortable. Des femmes indiennes s’ingénient à sculpter l’informe planche, à lui donner une courbe gracieuse; elles la doublent d’une moelleuse peau de daim. Bien que l’enfant soit ficelé à la planche, comme un gros saucisson, de manière à ne pas tomber, certaines mères poussent la sollicitude jusqu’à munir la planche d’un rebord en cuir, avec une grossière capote qui abrite du soleil ou de la pluie la tête du petit dormeur. Alors, le berceau suspendu a l’air d’un énorme soulier.

Chères Européennes, écoutez ceci, et prenez de pauvres sauvages pour modèles: jamais la femme Peau-Rouge ne maltraite son fils. On prétend, il est vrai, que les petits Peaux- Rouges ne pleurent jamais. Peut-être mais ils poussent des hurlements, ce qui est plus intolérable encore. En Europe, cinq mères sur dix auraient vite fait d’allonger à tout le moins une bonne taloche au petit démon. La mère indienne le laisse crier tant qu’il lui plaît; voyant qu’on ne l’écoute pas, il ne tarde pas à se calmer. Tout au plus, si le vacarme devient intolérable, se borne-t-elle à lui pincer le nez jusqu’à ce qu’il se taise.

Elle a d’ailleurs toutes les petites tendresses et vanités touchantes qui font dire à toutes les mères que leur enfant est le plus joli, le plus intelligent, le plus gentil de tous les bébés de la création. Comme l’Européenne, la Peau-Rouge a sans cesse les yeux fixés sur l’enfant du voisin, pour en tirer au profit du sien toute espèce de motifs de comparaison.

Ruth, demandait l’auteur du présent article à une mère indienne, comment va votre bébé ?
Très bien, magnifiquement, répondit celle-ci, toute glorieuse. Figurez-vous, madame, qu’il est né le même jour que l’enfant de Rosie. Le sien n’a pas encore de dents; et le mien en a déjà deux; voyez ! …

Par exemple, ce que je vais ajouter est moins louable. Les Peaux-Rouges ne sont pas féministes: la naissance d’une fille est regardée chez eux comme un ennui, sinon comme une catastrophe. La pauvre fillette, à sa venue au monde, ne rencontre autour d’elle que des regards sombres: la mère la plaint d’entrer dans une vie où elle n’aura que des travaux et des peines, et le père, surtout s’il n’a pas encore de fils, est furieux de se voir appelé le père de misérables « squaws ».

Tant que l’enfant ne peut se passer des soins maternels, on peut l’appeler un anonyme. Tout au plus porte-t-il le nom générique de « hat-wols », s’il est un garçon, et de « pe-te-lis », si c’est une fille. Mais, dès que le petit Indien peut quitter sa planche et commence à marcher, le père l’emporte sur une colline, et se tient en observation pour épier son premier geste: le premier objet sur lequel le petit portera sa main ou qu’il montrera du doigt, le premier animal, accident ou phénomène naturel qui attirera son attention, détermine le nom qui sera désormais le sien. Aussi, rien d’étonnant si tant d’Indiens portent les noms bizarres de « Tourbillon de Vent », de « Chien Paresseux », de « Sans Chemise »  ou de « Pluie au Visage », ou si tant de femmes, chez eux, s’appellent « Lumière sur la Colline »  ou a « Ne touche pas aux aliments ».

Mais voici qui nous semble révoltant. Certaines tribus du nord-ouest de l’Amérique, du côté de la Colombie britannique (l’auteur ne précise pas), considèrent la naissance des jumeaux comme un signe de la malédiction du ciel. L’un de ces deux petits êtres ne peut provenir que du démon. Mais lequel des deux ? C’est au sorcier à se prononcer. Quand l’enfant du diable est dénoncé, on le renvoie à son père, j’entends à son père infernal, par les voies les plus expéditives.

Or, ce qui suit montre que ces pauvres gens savent parfois s’élever au-dessus de leurs propres préjugés, Un Indien de la tribu des Cayuse avait deux filles jumelles, qu’il aimait de tout son coeur. Les chefs viennent l’inviter à les placer l’une et l’autre dans les deux plateaux d’une balance, afin de savoir laquelle des deux devra recevoir la mort. Le père (je le soupçonne de s’être frotté aux idées européennes) leur raconte alors qu’il vient de faire un songe; dans ce songe, il a vu ses deux filles épouser deux chefs de puissantes tribus voisines, qui, grâce à ce double mariage, feront alliance avec les Cayuse, et tripleront leur puissance. Inutile de dire que les pauvres fillettes furent sauvées. Si ce bon père de famille n’a puisé que dans son coeur une aussi heureuse inspiration, je le déclare un homme de génie !

Sunday Herald

Corriere della Sera

« A travers le monde. »  Corriere della Sera, Hachette, Paris, 1904.