Indre-et-Loire

Bon dieu ! mais c’est bien sûr !…

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chateau chapelle-gaugain.Près des confins des trois départements de Loir-et-Cher, Indre-et-Loire et la Sarthe, un peu au dessus du petit village de la Chapelle-Gaugain, existe un vieux château dont furent successivement seigneurs la famille du poète Ronsard, celle de Pothon de Saintrailles, un d’Entragues, etc.

Le propriétaire actuel, on faisant démolir les fondations d’une vieille tour, a trouvé, à environ cinq centimètres, sous le pavage, un squelette dont les os, quoique usés par le temps, conservaient encore les caractères qui indiquent la jeunesse et le sexe féminin. Autour du cou et sur la poitrine étaient les débris d’un collier grains de ver émaillé, liés entre eux avec du fil de fer rongé par de la rouille. Deux os des doigts portaient chacun une bague en or, toutes deux à chaton. Sur le chaton de la première est un chiffre composé des lettres C. D. B. Celui de la seconde porte une jolie turquoise parfaitement conservée, et dessous, sur la partie qui louchait au doigt, est figurée au burin et émaillée une tortue (une tortue renversée, dans le vieux langage emblématique, était le signe de l’impossible), de chaque côté de laquelle, sur le pourtour interne de l’anneau, est gravé le mot latin impossible. Le temps n’a laissé d’autres traces de vêtements que le bout de cuivre d’un lacet. Le squelette, placé dans un trou creusé immédiatement au dessous du mortier de chaux qui soutenait, le pavage et dans un argile fort compact, n’occupait que bien juste la place nécessaire à un corps de taille moyenne et mince qui, évidemment, n’avait point été renfermé dans un cercueil.chapelle-gaugainLe collier ou chapelet, les deux bagues et le bout de lacet portent à croire que cette femme avait été enterrée avec ses vêtements; et cet enterrement au rez-de-chaussée d’une vieille tour, sous les pavés, doit faire supposer toute la précipitation qu’on met ordinairement a cacher un crime. Les dents du squelette étaient complètes et fort blanches. Les os des doigts sont minces, effilés, et les anneaux des bagues fort petits.

Il y a deux cents ans , le château de la Chapelle-Gauguin avait pour maître Jacques Desloges, gentilhomme de la chambre du roi Louis XIII. Une expropriation judiciaire, convertie en vente volontaire, le déposséda de cette propriété. Dans l’acte de vente, il se porta fort pour sa femme absente et promit de lui faire ratifier la vente dans le délai de six semaines. Cette ratification n’existe point au dossier, d’ailleurs très complet, des titres de la terre. La femme de Jacques Desloges était Catherine de Broc : C. D. B.

Il y a là tout un drame que l’imagination de nos romanciers pourrait faire revivre avec un vif intérêt.

H. Godbert. »Mémorial de la Mayenne. » Volume 3, 1844.

La pelle

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gendarmerie-cheval

Champdeniers, qui a une curieuse église du XIe siècle et des foires où l’Espagne vient choisir ses mules, a également une brigade de gendarmerie. C’était même jusqu’à ces derniers temps une brigade à cheval.

Mais un ministre sans idéal en a fait une brigade à pied. Et c’est pourquoi alors qu’ils croyaient honnêtement avoir effacé tous les signes extérieurs qui distinguent un gendarme à cheval d’un gendarme à pied, les gendarmes de Champdeniers se trouvèrent démontés à la vue d’une vieille pelle d’écurie, reste suprême de leur ancien état de cavaliers. Ils s’en ouvrirent au colonel de la 9e légion, qui prescrivit de déposer l’outil à Niort, d’où il devrait être expédié en Indre-et-Loire, à la brigade de Châteaurenault, qui, elle, est encore à cheval. C’était bien. Mais aucun crédit n’avait été prévu au budget de l’armée pour cette opération. Pourtant il fallait obtempérer.

La nécessité est mère de l’invention. Le capitaine de gendarmerie de Niort prit la pelle, la mit, entre deux gendarmes, dans l’auto de la compagnie, et la transporta à Lusignan, où elle passa entre les mains du capitaine de Poitiers, lequel, en automobile aussi, se dépêcha de l’aller confier au lieutenant de Châtellerault. Celui-ci, à motocyclette, l’emporta sans plus attendre à Ste-Maure. Le capitaine de Tours, au volant, y attendait la vieille pelle, il la reçut dans les formes qui convenaient, puis fila, pressé d’en faire la remise officielle à la brigade à cheval de Châteaurenault, qui gravement se déclara heureuse d’une telle aubaine.

Ce n’était pas plus difficile que cela, mais il fallait le trouver.

« La Grand’goule : les lettres, les arts, la tradition, les sites. »  Poitiers, 1931.< = »color: #808080; »>Illustration : La gendarmerie à cheval d’Hallencourt (Somme) vers 1930.