inexpliqué

L’empreinte

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ombre

Le Dr Francisco Pazienza est un médecin zélé et instruit qui exerce à Roccafinata, près de Tarente, où il habite, avec des parents encore jeunes, une aile de l’ex-palais du marquisat. Très matérialiste, il a changé d’allure depuis un mois et est devenu pensif. Interrogé sur ce changement de caractère, il a raconté à ses amis le fait extraordinaire d’une visite d’esprits dans sa maison.

Presque tous les jours, à la même heure, au moment où l’on va se mettre à table, on entend sonner à la porte de la maison et une voix faible demande la permission d’entrer. On ouvre la porte de dedans toute grande et… on ne voit personne. Mais pendant qu’on referme la porte et après qu’elle a été fermée, on entend distinctement un bruit léger, comme celui que ferait une personne entrant dans la maison et se rendant au salon. Qu’on s’imagine l’impression subie par les habitants de la maison ! On va au salon et on ne voit personne. Seulement, le lendemain matin, on trouve des traces de la visite.

Dans la maison le sol est couvert de carreaux qui font beaucoup de poussière et, malgré tous les soins, il s’en forme une couche sur les meubles. Or, le docteur et ses parents voient, avec horreur, sur le piano, dans la poussière, l’empreinte nette d’une main difforme,  comme celle d’un goutteux. 

On essuya le tout après la première visite de l’esprit invisible, mais, à la visite suivante, la même empreinte se retrouva au même endroit. Mais ce qu’il y a de plus singulier, c’est que le Dr Pazienza pensa un jour à part lui : 

« Pourquoi celle empreinte se montre-t-elle toujours sur mon piano et non pas sur ma table de nuit, par exemple ? »

Le lendemain l’empreinte était sur la table de nuit. Beaucoup de personnes ont été admises à constater ce phénomène.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1908.

Nouveaux reptiles

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Ivan-Shishkin

A la suite d’un violent orage qui a éclaté ces jours derniers à Springfield (Illinois), tous les ruisseaux et toutes les mares de la prairie de Taylorsville se sont trouvés remplis d’une innombrable quantité de reptiles.

D’une espèce inconnue dans le pays, ils sont tombés des nues par myriades. Ces intéressantes créatures ont d’un pied et demi à deux pieds de long, et de trois quarts de pouce à un pouce de diamètre. Leur queue est semblable à celle de l’anguille, sauf l’amincissement de l’extrémité, qui n’existe pas. La tête est exactement celle du rémora. Les yeux sont presque imperceptibles et les oreilles indiquées par un simple orifice. La couleur de la peau est bleu de ciel.

La population de Springfield est tout entière occupée à pêcher ces petits serpents d’eau, qui font d’excellentes fritures. On en prend des milliers chaque jour, mais leur nombre semble augmenter sans cesse. On se perd en conjectures sur le lieu de leur provenance.

Maurice Lachâtre. « Nouvelle encyclopédie nationale. »  Paris, 1870.
Illustration : Ivan-Shishkin.

Un singulier phénomène

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belgique
Image d’illustration

Le bruit courait cette semaine en ville qu’un phénomène extraordinaire s’était produit. Renseignements pris, nous nous sommes rendus sur les lieux et nous relatons ici les choses telles que nous les avons apprises.

Au n° 25 du chemin du Congo, habite le nommé Margo Théophile, gardien de prison. La famille se compose des époux et de plusieurs enfants.

L’ainée des enfants, une fillette de quatorze à quinze ans, est maladive depuis quelques temps et son état nécessite l’intervention d’un médecin et des soins constants. Or, dans la nuit de lundi à mardi, la seconde fillette, répondant au nom de Gabrielle, âgée de onze ans, se plaignait de douleurs violentes au pied droit.

Le mardi matin, on fit prendre à l’enfant des bains de pied avec du son, mais à peine avait-elle plongé le pied dans l’eau qu’elle ne put supporter les douleurs. La mère examinant le pied pour voir ce qui pouvait occasionner le mal, vit comme un éclat de bois qui sortait du talon. Voilà la cause du mal, se disait la femme, et elle en retirait le morceau de bois qui avait la forme d’une allumette et une longueur d’environ 4 centimètres.

L’enfant remit le pied dans l’eau et quelques minutes après… même scène… encore un morceau de bois, d’une longueur double, sort du talon ! Cette fois il avait la forme d’une allumette avec bout rosé. Dans la journée, cette scène se renouvelle tant de fois, qu’à la soirée plus de quarante morceaux de bois étaient sortis du pied !

Les parents ne comprennent rien à ces faits extraordinaires, et, croyant leur enfant ensorcelée, consultèrent les voisins qui leur dirent qu’ils étaient le jouet de quelque mauvais esprit.

Le mercredi, la scène se répétait plus fréquemment encore que la veille: plus de quatre-vingts morceaux de bois étaient déjà sortis du talon et du creux du pied. Ils avaient tous une forme différente: les uns n’étaient que des copeaux enroulés; les autres avaient un diamètre variant de un à trois centimètres. On nous a même rapporté que des bouts de fil étaient sortis de ce pied phénoménal.

Bientôt cette nouvelle se répandit par toute la ville. Plusieurs personnes digne de foi ont été témoins des faits que nous venons de relater.

Voilà les faits vraiment extraordinaires que nous avons appris et que nous rapportons tels que nous les ont racontés les parents de l’enfant, sans y ajouter le moindre commentaire.

Ajoutons néanmoins pour finir, que la sortie de ces morceaux de bois ne laissaient aucune trace sur le pied. Pas de blessure, pas de sang, pas de suppuration… rien.

Que faut-il conclure de tout cela ?

Un rédacteur du Journal de Roubaix a été faire une enquête à Courtrai à propos du récit ci-dessus. Il le confirme entièrement, cite des témoins et ajoute ces détails:

D’après nos renseignements, c’est au cours d’une promenade en ville que l’enfant ressentit une douleur au talon droit. Rentrée chez elle, son père la fit mettre au lit en disant: « Nous verrons demain matin si ton pied te fait encore mal. »

Le lendemain, la douleur s’accentuant, le père examina le pied et découvrit, au milieu du talon, un petit morceau de bois piqué dans la chair. Il le retira et gronda la fillette pour avoir couru nu-pieds malgré sa défense. L’enfant protesta, assurant qu’elle gardait toujours ses bottines.

Gabrielle Margo est une jolie petite fille dont le minois intelligent est plein de douceur calme. A voir ses grands yeux, aux regards bien francs, il semble qu’elle ne peut pas mentir.

La pauvre enfant ne paraît pas trop étonnée des nombreuses visites qu’elle reçoit depuis plusieurs jours, ni des interrogatoires auxquels on la soumet.

Les parents sont des personnes honnêtes, aimées et respectées par tous ceux qui les connaissent. Ils occupent une petite maison d’ouvriers, à l’ameublement bien simple, presque pauvre.

Tous les membres de la famille Margo paraissent très gênés de ce qui se passe; le père est devenu malade.

Ajoutons, pour compléter le récit qu’on vient de lire, que les morceaux de bois ont cessé de sortir du talon de la petite fille depuis jeudi soir.

« Journal de Courtrai. » Décembre 1897.
« L’Echo du merveilleux. »  Gaston Mery, Paris, 1898.