infanticide

La Maison des Mères

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maison-des-meres-herriotIl semble tout de même qu’on se décide à respecter la maternité, en toutes circonstances. Récemment, Edouard Herriot, maire de Lyon, ministre de l’instruction publique, a inauguré une annexe de la Maison des Mères, de Gerland.

On sait que cette maison accueille toute femme enceinte d’où qu’elle vienne, sans lui demander le moindre renseignement d’identité, et l’héberge jusqu’ à son accouchement, qui a lieu en principe à la Charité.

M. Herriot a voulu compléter cette œuvre en créant une nourricerie de vingt-cinq lits et vingt-cinq berceaux. Lorsque le bébé viendra au monde, les mamans pourront maintenant revenir à leur maison pour allaiter l’enfant les premiers mois de son existence. La Maison des Mères a eu pour résultat de réduire l’avortement et l’infanticide et de donner la vie à des bébés pleins de santé.

En supposant même, dit M. Herriot, que la mère n’ait pas eu une conduite irréprochable, il existe un être sacré pour nous, c’est l’enfant. On a accusé récemment encore les démocrates de ne pas s’intéresser à la natalité. Voilà notre réponse. 

Rappelons que M. Herriot a déposé un projet de loi pour demander la création d’une maison des mères par département.

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1927.
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Le crime ultime

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barque

Le crime que l’on appelle infanticide n’est malheureusement que trop commun. Plusieurs fois nous avons eu l’occasion d’examiner les causes de ces fréquentes atrocités. On a vu que des préjugés, qui ont depuis longtemps pris racine dans notre état de société, exercent, à cet égard, une funeste influence.

On conçoit, tout en le déplorant, qu’une fille, devenue mère par suite d’une coupable faiblesse, fasse tous ses efforts pour cacher la preuve vivante de sa honte; qu’elle aille même jusqu’à étouffer le sentiment le plus naturel au coeur de la femme, pour anéantir l’être innocent dont la naissance la couvre de déshonneur. Il n’y a que cette raison qui puisse expliquer cette monstrueuse anomalie qui résulte de l’infanticide.

Mais une mère qui tue son enfant uniquement pour s’en débarrasser , afin de se livrer plus librement à une passion désordonnée, voilà un phénomène criminel dont l’explication serait plus difficile, pour ne pas dire impossible. C’est pourtant ce qui ressort des faits que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs.

Le 5 février 1828, entre huit et neuf heures du soir, plusieurs ouvriers qui travaillaient à laver du coton dans un bateau placé sur la Seine, à Rouen, au bas de la chaussée des Curandiers, entendirent, à une distance d’environ deux cents pas, la voix d’un enfant qui criait :  « Non ! non ! non !  » et crurent aussi distinguer ces paroles :

Ma petite Désirée, je ne te vois plus !

Deux ou trois minutes après, ils virent passer sur la chaussée une femme d’une taille ordinaire, dont ils ne purent distinguer les traits, et dont ils ne remarquèrent qu’imparfaitement le costume; ils lui demandèrent si elle n’avait pas vu quelqu’un dans la Seine ; elle répondit d’un ton d’indifférence :

Je ne sais ce que vous voulez me dire; je n’ai rien entendu.

Mais ne venez-vous pas de par en bas ?

Non je sors de là.

En prononçant ces dernières paroles, elle n’indiquait pas l’endroit d’où elle sortait, et elle s’éloigna.

Bientôt de nouveaux cris vinrent frapper l’oreille des ouvriers et attirèrent également l’attention d’un jeune domestique, qui sortait de la maison de son maître. On se porta vers l’endroit d’où ils partaient, et on aperçut un enfant qui se débattait, dans la rivière, contre le courant qui l’entraînait. De la voix, on encourageait ses efforts, et on lui indiquait le point vers lequel il devait se diriger; mais ses forces commençaient à l’abandonner, et il allait infailliblement périr, lorsque deux pêcheurs qui descendaient la rivière dans leur bateau, accoururent au bruit, aperçurent le malheureux enfant, et parvinrent à l’arracher à une mort certaine. C’était un jeune garçon de six à sept ans. Quand on le retira de l’eau, il avait déjà entièrement perdu connaissance ; on le porta dans la maison d’un sieur Delahaye, où il fut entouré des soins les plus charitables et les plus empressés : il ne reprit ses sens qu’au bout de deux heures. Aussitôt qu’il fut en état de  répondre aux questions, on voulut connaître la cause de l’accident qui venait de l’exposer à un péril si imminent.

De quelle triste et douloureuse impression ne fut on pas frappé, quand on entendit cet enfant raconter qu’il avait été précipité dans la rivière par sa propre mère ! Ce crime pouvait à peine se comprendre; mais, de la part d’un enfant aussi jeune, le mensonge eût été plus incompréhensible encore: ce qu’il avait répondu d’abord aux premières questions qui lui furent adressées, il le répéta depuis, devant le commissaire de  police et le juge d’instruction.

Voici la substance de son récit: le 5 février, entre sept et huit heures du matin, sa mère, la femme Dubord, dite Henry, l’avait fait lever et l’avait envoyé travailler chez un sieur Morel, fileur. L’enfant ne s’y était pas rendu, et avait passé la journée à jouer avec des enfants de son âge; le soir, sa mère l’avait trouvé sur la place Saint-Sever; elle l’avait pris par la main, et sans lui rien dire, l’avait amené le long du rivage de la Seine, vers la petite chaussée de Quevilly jusque vis-à-vis la maison d’un sieur Alexandre. Ce fut à peu près dans cet endroit, que, le saisissant par le bras gauche, elle l’avait précipité dans la rivière. Il était parvenu d’abord à se relever, et s’attachant aux vêtements de sa mère, il essaya une trop faible résistance ; mais celle-ci le prit par la tête et le repoussa dans l’eau, en employant toute sa force:

Alors, dit-il, j’ai dérivé en buvant de l’eau, jusqu’au moment où l’on m’a repêché.

La femme Dubord était veuve depuis le 15 janvier 1828, et avait trois enfants. Le jeune Joseph qu’elle avait voulu noyer, était le seul qui habitait avec sa mère. Cette femme avait déjà subi une année d’emprisonnement pour vol. Son mari, plus jeune qu’elle, avait à peine fermé les yeux, que la veuve avait déjà formé une liaison criminelle avec un homme marié, nommé Ballières; elle recevait cet homme dans le lit où couchait aussi son enfant.

Pendant les premiers interrogatoires, la femme Dubord se retrancha dans de constantes dénégations. Mais, quand on eut donné l’ordre de la mettre au secret, quand elle apprit d’une manière positive que son fils vivait, elle sentit que toute dénégation était inutile, et demanda à être ramenée devant le juge d’instruction, en présence de qui elle fit l’aveu de son horrible attentat.

On se demande avec effroi quels pouvaient être les motifs d’un si grand forfait: on reste confondu, pétrifié, anéanti, quand on songe que le désir seul de se débarrasser du jeune Joseph avait été le principal motif de la femme Dubord. De ses deux autres enfants, l’un était chez sa mère, l’autre chez son beau-frère : il fallait qu’elle se défît du troisième , et l’on a vu comment s’y prit ce monstre féminin:

Le jeune Joseph Dubord déclara qu’il était à peine âgé de trois ans, lorsque sa mère voulut le faire périr en le noyant, et en fut empêchée par le père. Peu de temps avant le crime, l’enfant avait été placé à l’hospice et n’avait été rendu à sa mère que quinze jours avant le 5 février; enfin elle s’était plainte au commissaire de police de la conduite de son fils, qui, disait-elle, refusait de travailler, et elle avait parlé d’aller trouver le commissaire de la marine pour le faire embarquer. L’hospice le lui avait rendu ; la marine le trouvait trop jeune pour le placer à bord d’un bâtiment. Mais la Seine pouvait l’engloutir; et si son cadavre, retrouvé, trahissait le genre de sa mort, on pouvait croire facilement qu’elle avait été le résultat d’un accident. Qui eût osé accuser une mère ? La femme Dubord voyait dans son fils un obstacle à ses débauches avec Ballières, parce que, d’après ses propres aveux, ce Ballières lui avait dit qu’il ne pouvait pas les nourrir tous les deux.

La femme Dubord comparut le 23 mai devant la Cour d’assises de la Seine-Inférieure. La figure de l’accusée était régulière et même agréable; elle paraissait accablée, et cherchait à cacher son visage avec son mouchoir. La veuve Dubord était âgée de 31 ans.

Les dépositions de nombreux témoins confirmèrent toutes les circonstances de l’accusation. Le nommé Ballières, ouvrier fileur, âgé de 28 ans, déposa qu’il avait ignoré le crime ; qu’il avait plus d’une fois protégé l’enfant contre sa mère, lorsque celle-ci voulait le maltraiter. Dans la soirée du 5 février, vers onze heures , il demanda à l’accusée où était son petit garçon ? elle répondit :

« Je n’en sais rien; je crois qu’il est parti à Gisors. »

Il lui répondit que cela n’était pas possible; qu’un enfant de six ans ne pouvait pas faire la route ; qu’il était sans doute arrêté dans quelque corps-de-garde, et qu’on le lui ramènerait le lendemain. Du reste, il protesta qu’il n’avait jamais conseillé à la femme Dubord défaire périr son enfant; qu’il lui avait dit de le placer soit à l’hospice , soit dans la marine, mais non pas de le jeter à l’eau.

L’accusée dit en pleurant que, sans Ballières, elle ne serait pas dans la malheureuse position où elle se trouvait; qu’elle s’était attachée à lui; qu’elle lui avait demandé, dans le cas où elle n’aurait pas d’enfants, s’il consentirait à vivre avec elle; qu’il lui avait répondu:

« Il faut placer ton enfant à l’hospice ou dans la marine. »

Qu’alors, ne sachant où le mettre elle l’avait précipité à la rivière; qu’à la vérité Ballières ne lui avait pas donné ce conseil.

L’avocat-général, M. Petit, après avoir démontré le danger des passions, lorsque la raison, l’honneur et la religion n’y apportent aucun frein, passa en revue tous les faits de la cause et établit les circonstances de la préméditation; l’avocat chargé d’office de la défense de la femme Dubord présenta avec talent les moyens qui pouvaient faire écarter la préméditation. Malgré ses louables efforts, la réponse du jury aux questions, posées par le président de la Cour, fut affirmative de tous points. En conséquence , la femme Dubord fut condamnée à la peine de mort.

La femme Dubord se pourvut en cassation et en grâce ; mais l’un et l’autre pourvois furent rejetés, et l’arrêt de mort fut exécuté le 31 juillet 1828, sur la place du Vieux-Marché, à Rouen.

 « Chronique du crime et de l’innocence. »  Jean-Baptiste-Joseph Champagnac, Ménard-Paris, 1833