instinct maternel

Instinct maternel

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vipereLa vipère inspire trop de répugnance pour qu’on songe jamais à la choisir pour emblème de l’amour maternel. Il n’est pas douteux, pourtant, qu’elle se sacrifie à l’occasion pour la défense de sa couvée. Dans une nouvelle édition de ses Merveilles de l’instinct, M. Garratt en cite l’exemple que voici :

Un promeneur apercevant, étendue sur un banc bordant la route, une grosse vipère se chauffant au soleil, s’en approcha dans l’intention de la frapper de sa canne. Celle-ci, en le voyant, leva un peu la tête, fit entendre un léger sifflement et demeura la bouche ouverte. Ce signal fut compris de ses quatre petits, qui s’engouffreront aussitôt dans cette ouverture béante. Mais l’infortuné reptile fut victime de sa sollicitude maternelle, car elle retarda sa fuite, et la canne du promeneur s’abattit sur elle avant qu’elle ait pu faire un mouvement de retraite.

Inquiet de savoir ce qu’étaient devenus les petits, notre homme ouvrit la vipère, et les quatre vipériaux s’en échappèrent vivants, frétillant et se tortillant, comme s’ils ne savaient où aller ni que faire.

Que les serpents, vipères et autres reptiles offrent à leurs petits un abri temporaire contre le danger dans leur propre corps, ce n’est pas la première fois que nous l’entendons dire, mais avec une expression de doute équivalant presque à une absolue négation. M. Garratt en doutait probablement lui-même, car il a accumulé les exemples les mieux prouvés, d’où il résulte que, dans la plupart des cas, la malheureuse mère est victime de son dévouement à sa progéniture, à cause du délai qu’exige toujours l’emmagasinement de celle-ci.

« La Science : journal hebdomadaire. » Paris, 1 décembre 1887.

Maman l’Ourse 

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oursVous avez peut être déjà lu, dans les pages de quelques quotidiens, cette étrange et troublante histoire qui nous venait de Turquie. 

Des chasseurs, parcourant une région montagneuse aux abords de Brousse, aperçurent une ourse sur laquelle ils déchargèrent leurs fusils. La bête, quoique blessée, parvint à s’enfuir.Ils la poursuivirent à travers les taillis et la virent finalement s’abattre, exténuée, à proximité d’une grotte.

Et soudain, tandis que les chasseurs faisaient cercle autour du fauve mourant, une fillette d’une dizaine d’années, toute nue et les cheveux épars, surgit de la caverne en poussant des grognements. Elle se jeta sur l’un d’eux, qu’elle griffa et mordit. On réussit à la maîtriser et elle fut ramenée à la ville avec le corps de l’ourse. 

Les paysans du voisinage, interrogés, se souvinrent que, quelque sept ou huit ans auparavant, une enfant de douze à quinze mois avait disparu, un jour. On pensa qu’elle avait été dévorée par quelque animal féroce et l’oubli tomba sur ce drame. Mais la découverte de l’enfant sauvage permit de faire un rapprochement entre les deux faits. La dépêche assurait que la fillette, rebelle à toute interrogation, avait été dirigée sur la capitale où des médecins allaient se préoccuper de la réadapter à la vie normale… 

Sans doute y éprouveront-ils quelques difficultés, que l’on peut imaginer en songeant que cette enfant est parvenue à ce que nous nommons l’âge de raison, sans avoir connu les habituels soins maternels qui forment au langage articulé les petits d’homme. Aucune des notions, même frustes, qui constituent la formation d’un enfant dans les villages les plus humbles n’ont baigné ses premières années. 

Vraisemblablement, cette enfant fut-elle, sinon enlevée, du moins recueillie par  l’ourse qui, prise d’une instinctive pitié devant sa faiblesse, l’abrita dans sa grotte, l’allaita, lui permit de vivre. Et les années passèrent durant lesquelles la petite fille en vint à se nourrir de là chair crue des proies rapportées par sa maman velue, entre les pattes de laquelle elle s’endormait, le soir venu… 

Extraordinaire enfance, qui la prépare bien mal à prendre sa place parmi les humains de notre vingtième siècle!… Le temps, sans doute, est un grand maître et quelques semestres permettront probablement aux médecins turcs de faire pénétrer dans cet inculte cerveau ce que l’on est convenu d’appeler « les lumières de la civilisation ». Mais nous attendons ces éducateurs sûrs d’eux-mêmes au moment où, l’enfant ayant été initiée au langage de son nouveau milieu, ils entreprendront de lui expliquer la différence entre les bêtes et les hommes.

L’homme, lui diront-ils, est une créature douée de raison, d’intelligence et de bonté. Ces facultés, qui le différencient des bêtes, lui ont permis, au cours des âges, de s’élever et de régner en maître sur les autres créatures. Le progrès… 

Mais l’enfant, tandis que ce présomptueux verbiage frappera ses oreilles, se souviendra qu’une de ces méprisables bêtes que l’on dit féroces fut pourtant la douce nourrice qu’elle connut pendant longtemps. Et, le cœur bouleversé, elle reverra ce groupe de chasseurs acharnés à la poursuite de l’ourse blessée.

Ces hommes qui se prétendent si bons et qui, les premiers, lui auront appris ce que sont les larmes, en tuant sa maman…. 

« Le Mutilé de l’Algérie. » Alger, 1937.
Illustration : Frère des ours. » Studios Disney, 2003.

L’amour maternel des araignées

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lycose-tarentule

Victor Hugo, que la forme hideuse et repoussante des araignées ne répugnait pas, a dit : « J’aime l’araignée et j’aime l’ortie parce qu’on les hait. »

Combien son affection pour les gobe-mouches, gobés à leur tour souvent par des guêpes, eût été encore plus grande, s’il avait su que ces petits animaux étaient susceptibles d’un amour maternel très puissant.

Un exemple de cet instinct nous est fourni par un savant anglais.

Un morceau de revêtement d’un mur de serre venait, à la suite d’un choc violent, de tomber à terre, et une petite araignée noire femelle, au lieu de fuir avec la rapidité habituelle à ces amies de Pellisson, s’y cramponnait avec des efforts visibles de ses pattes et protégeait deux sacs à œufs.

Avec la curiosité d’un vivisecteur, le savant sépara la petite bête de son trésor et la déposa seule sur une pierre. L’araignée se mit alors à courir dans tous les sens, cherchant ses petits, comme une bête affolée, sans souci du danger et de la présence de l’ennemi. Puis, lorsqu’après quelques instants d’angoisse, les œufs eurent été placés à côté d’elle, l’araignée les reconnut bien vite, après un court examen, et se mit à tisser tout autour une fine toile qui les maintînt bien en place.

Le soir venu, quel ne fut pas l’étonnement de l’expérimentateur, de voir que la mère avait caché son cher bien sous une feuille et s’était logée entre les deux sacs d’œufs pour mieux les protéger.

Cet amour maternel des araignées est donc une qualité de plus à ajouter à celles qu’elles possédaient déjà d’être mélomanes, comme Buffon a déclaré en avoir été le témoin. Au son des instruments, il avait vu des araignées descendre de leurs toiles et rester en extase jusqu’au moment où, la musique s’interrompant, elles regagnaient promptement leur cachette.

« Courrier des communes. »  Paris, 1900.