intelligence animale

Tortue sentimentale…

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Le commissaire du quartier des Arts-et-Métiers, faisant perquisition dans le logement d’un voleur arrêté par ses soins, y trouva deux tortues de la grande espèce, dont une était encore vivante, et qui avaient été volées en plein jour au Jardin des Plantes. La survivante fut immédiatement rendue au gardien et réintégrée dans son enceinte gazonnée.

L’opinion générale refuse à la tortue toute intelligence. Cependant, à peine cet animal fut-il placé dans son enclos, qu’il parut se reconnaître, donna des signes non équivoques de la joie la plus vive, se plaça successivement dans tous les endroits où il avait l’habitude de se tenir, alla se baigner dans son bassinet sembla heureux de reprendre possession de tous les lieux qui lui étaient chers.

Voilà, on en conviendra, une tortue sentimentale qui était tombée en de bien mauvaises mains. Vous verrez, si l’on n’y prend garde, que les hardis coquins emporteront quelque jour, sous leur manteau, les lions de la ménagerie.

« Le Siècle illustré : littérature, romans, histoire, causes célèbres, voyages, nouvelles diverses, chanson. »  Paris, 1862.

Les chiens raisonnent-ils ?

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En étudiant les moeurs de la race canine on ne peut douter un moment que le chien raisonne ; il n’y a que les personnes qui ont des chiens qui peuvent attester ce fait. L’instinct évidemment sert de morale aux chiens pour les guider, mais souvent aussi ils n’exécutent certaines choses qu’à la suite d’un raisonnement.

Il y a quelques années, le soir, une voiture roulant rapidement tournait une petite rue mal éclairée. Tout à coup, un caniche se jeta au-devant des chevaux, aboyant, leur sautant, aux naseaux, leur mordant les jambes.

Le cocher voulut éloigner le chien à coups de fouet, maïs l’animal recommençait de plus belle. Le cocher, prévoyant un fait anormal, arrêta sa voiture et descendit… Il aperçut alors à quelques mètres, au milieu de la chaussée, un vieillard étendu inanimé. Le pauvre homme venait de tomber en syncope et il aurait été infailliblement écrasé sans l’intelligence de son chien.

Dans cette circonstance, il y a évidemment plus que de l’instinct… il y a un raisonnement. Le caniche a dû se faire cette réflexion :

« Mon maître est étendu sur le sol… une voiture passe et va l’écraser… Pour le préserver il faut que je trouve le moyen d’arrêter cette voiture. »

Les exemples ne manquent pas. Nous citerons encore la conduite d’un chien de berger qui appartenait, il y a quelques années, à un fermier de Seine-et-Marne.

Un soir, le fermier s’aperçut que le troupeau de moutons n’était pas complet. Il manquait une brebis et un chien chargé de la surveillance. On se mit à leur recherche, mais ce ne fut que le lendemain soir que l’on connut le motif de cette double absence.

La brebis avait mis bas deux agneaux. Comme la mère et les petits n’étaient pas en état de marcher, le chien s’était couché auprès de la petite famille et était resté deux jours à la veiller. Pendant tout ce temps, la brebis avait brouté l’herbe, les agneaux avaient tété la mère, mais le pauvre chien, lui, était resté sans boire ni manger.

Pour agir ainsi, il a fallu à ce chien, non seulement, de l’instinct, mais encore un certain raisonnement.

Dans un document de 1787, nous trouvons le fait suivant, concernant le chien d’une communauté religieuse :

A l’heure des repas, les pensionnaires tiraient une sonnette et le cuisinier leur passait leur portion par le moyen d’une boîte tournante adaptée dans la porte. Le chien de la communauté rôdait toujours à ces moments-là, certain de trouver quelques restants.

Un jour, personne ne lui ayant rien donné, il s’avise de tirer la sonnette avec sa gueule. Le garçon de cuisine, croyant que c’est une personne de la maison, passe une portion, le chien attire l’assiette avec sa patte et avale le contenu. Le lendemain, le chien recommence le même manège. Sûr de sa pitance, il ne va plus rien demander à personne.

Cependant, le cuisinier, qui s’était aperçu qu’on lui demandait une portion de plus, adressa une plainte au directeur. On fit des recherches, et on ne tarda pas à découvrir la ruse de l’animal qui, chaque jour, tirait la sonnette un des premiers et se faisait servir avant tout le monde.

On admira l’intelligence de ce chien, et pour ne pas le priver de l’impôt qu’il avait si habilement prélevé sur l’office, on continua à lui passer une portion composée de tout ce qui restait sur les assiettes.

D’après une statistique, on a calculé que, sur cent personnes, soixante possédaient, un chien ; il est certain que, sur les quarante qui restent, trente-neuf n’en ont pas par suite d’un empêchement quelconque. Il en reste une peut-être qui a de l’aversion pour cet animal.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

Photo : agence Rol.