intelligence

Cas d’espèce

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Un de nos confrères ayant posé cette question d’enquête : « Que préférez-vous chez l’homme: l’intelligence ou la beauté ? » la majorité des lectrices a répondu  « l’intelligence ». A ce propos, M. Léon Bancal écrit dans le Petit Marseillais :

Si, au lieu de mettre ses lectrices en face de deux abstractions, le même journal leur donnait à choisir entre deux hommes : tenez, entre Rudolph Valentino et Charles Rappoport, par exemple, pensez-vous que le résultat demeurerait le même ? Pourtant, la question n’aurait pas changé. M. Rudolph Valentino, à en juger par l’avidité avec laquelle tant de femmes, jeunes et moins jeunes, contemplent ses traits sur les écrans ou dans les gazettes cinématographiques, peut être considéré comme le type du « bel homme ». Quant à M. Rappoport, nul n’ignore quelle vaste intelligence et quel esprit aiguisé se cachent dans sa barbe socratique et derrière sa face de Kalmouk à lunettes.

J’ai pris ces deux hommes pour montrer combien cette enquête était vaine, car il se peut fort bien que M. Valentino ne soit pas dépourvu d’intelligence et que M. Rappoport ne manque pas d’une certaine beauté. Tout est relatif, c’est une vérité que M. Tout-le-Monde découvrait bien avant M. Einstein.

Les hommes, qu’ils soient beaux, bêtes, intelligents ou hideux, peuvent dormir tranquilles. Rien n’est changé dans le cœur des femmes.

« L’Homme libre. » Paris, 1924.

Le cerveau humain

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Au cours du congrès anthropologique allemand qui se tient actuellement à Strasbourg, le professeur Stieda, de l’Université de Loenigsberg, a rendu compte de ses études sur les circonvolutions du cerveau humain.

D’après le savant allemand, les circonvolutions sont sans aucune influence sur l’intelligence. M. Steida a spécialement étudié le cerveau de Sauerwein, un polyglotte suédois mort il y a trois ans et qui jouissait de l’extraordinaire faculté de causer, d’écrire et de versifier en cinquante-quatre langues différentes. Or, ce moderne Pic de la Mirandole avait un cerveau présentant certaines particularités, mais la deuxième circonvolution gauche, celle où Broca a localisé la faculté du langage, était, d’un aspect ordinaire.

L’examen de cerveaux de sourds-muets a permis de faire des constatations analogues. Même chez les femmes, la circonvolution est peu développée, ce qui prouve mieux que tout que ce développement n’est aucunement lié à la faculté de… bavarder. 

« Le Grand journal hebdomadaire d’actualités. » Paris, 1907.

L’évangélisation des Groenlandais

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Groenlandais

Le Parlement danois s’occupe de réformer l’enseignement au Groenland, et le député-pasteur Bjerre a demandé que l’instruction ne soit plus confiée désormais à des missionnaires de la métropole, mais à des pasteurs indigènes qui puissent se mettre à la portée de l’intelligence des Groenlandais, et il en a cité deux exemples assez probants :

« Agneau de Dieu, chargé des péchés du monde », n’a aucune signification dans une région où l’on n’a jamais vu d’agneau, et il faudrait remplacer la citation divine par celle-ci :

« Phoque de Dieu, chargé des péchés du monde ! »

Quant à l’immortelle formule : « Seigneur donnez-nous notre pain quotidien », elle est presque incompréhensible au Groenland, où l’on ignore le pain et où l’élément essentiel de la nourriture est le lard, de telle sorte qu’il faut apprendre aux Groenlandais à dire :

« Seigneur, donnez-nous notre lard quotidien ! »

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.
Illustration : Jens Erik Carl Rasmussen.

Tortue sentimentale…

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Le commissaire du quartier des Arts-et-Métiers, faisant perquisition dans le logement d’un voleur arrêté par ses soins, y trouva deux tortues de la grande espèce, dont une était encore vivante, et qui avaient été volées en plein jour au Jardin des Plantes. La survivante fut immédiatement rendue au gardien et réintégrée dans son enceinte gazonnée.

L’opinion générale refuse à la tortue toute intelligence. Cependant, à peine cet animal fut-il placé dans son enclos, qu’il parut se reconnaître, donna des signes non équivoques de la joie la plus vive, se plaça successivement dans tous les endroits où il avait l’habitude de se tenir, alla se baigner dans son bassinet sembla heureux de reprendre possession de tous les lieux qui lui étaient chers.

Voilà, on en conviendra, une tortue sentimentale qui était tombée en de bien mauvaises mains. Vous verrez, si l’on n’y prend garde, que les hardis coquins emporteront quelque jour, sous leur manteau, les lions de la ménagerie.

« Le Siècle illustré : littérature, romans, histoire, causes célèbres, voyages, nouvelles diverses, chanson. »  Paris, 1862.

Poissons reconnaissants

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Les poissons auxquels nous n’accordons qu’une intelligence très limitée, sans doute, parce qu’ils ne font guère de confidences, sont-ils aussi bornés qu’on le croit généralement ? La chose n’est pas sûre. On cite même quelques exemples qui prouvent que ces animaux sont capables de mémoire, plus que cela, de reconnaissance.

Un bon bourgeois de Norwich (Angleterre) avait, à force de patience, apprivoisé une carpe qui venait manger dans sa main. Après quelques années, devenu rhumatisant, le brave homme fut incapable de se baisser pour se livrer à cet exercice. Il imagina de placer à l’extrémité d’une ligne un hameçon à pointe soigneusement émoussée et vint pêcher dans le vivier. Sa carpe favorite saisit l’appât; il l’enleva avec précaution, lui donna sa pâture accoutumée, et la remit ensuite dans son élément. 

Il revint le lendemain, recommença le même exercice, et la carpe se prêta très volontiers à cette pêche d’un nouveau genre. Elle méprisait d’ailleurs les appâts que lui offraient les étrangers, ne voulant recevoir d’autre nourriture que celle de son bienfaiteur.

On connaît un cas plus caractéristique encore, raconté par le professeur Francklin, qui parvint à apprivoiser un brochet, animal peu sentimental cependant… Le naturaliste, passant un jour devant un bassin, remarqua un brochet flottant sur l’eau, le ventre en l’air, la tête fendue. Le poisson, en poursuivant une proie, était venu donner de l’avant contre l’arête cimentée du réservoir, et s’était ouvert le crâne.

Le compatissant professeur pansa et banda la fracture du blessé, qui guérit rapidement. Depuis, chaque fois qu’il longeait le même bassin, il voyait le brochet accourir à sa rencontre. Le requin d’eau douce le suivait en manifestant sa joie, par des bonds tumultueux.

M. Francklin s’étant penché pour saisir l’animal, celui-ci au lieu- de fuir, se laissa faire. Il marquait une joie excessive de cette marque d’intérêt, et semblait solliciter de nouvelles caresses de son sauveur. Dès lors, M. Francklin prit l’habitude, chaque matin, de rendre visite au poisson reconnaissant.

Lorsqu’il cessa de venir, celui-ci disparut également.

Etait-il mort de chagrin ? Peut-être…