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Sucre de vers

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L’époque est aux vers à soie, on les met à toute sauce.

Un savant étranger, M. Lucas, vient de découvrir le moyen d’extraire de l’excellent sucre de la dépouille mortelle des vers à soie atteints du diabète.

L’Académie, à qui le procédé de fabrication a été soumis n’a pas même offert une chaise à l’inventeur.

Celui-ci, froissé du procédé, a menacé de vendre aux Anglais le secret de la fabrication d’un sirop de punaises.

Louis Pollet (Figaro).  « La Lorgnette. » Bordeaux, 1861.
Illustration : Masako Taëron (Archives Larousse).

Meccano n’est plus

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L’inventeur du Meccano, M. Frank Hornby a quitté ce monde. Cet ingénieur de grand talent pour jeunes et vieux s’est éteint en 1936, à l’âge de 73 ans, des suites d’une crise de diabète. Sa mort ne manquera pas d’attrister tous ceux que son jeu universellement connu amusait. 

Son existence n’avait pas toujours été très gaie. Il rappelait volontiers ses débuts difficiles quand débutant dans un petit, atelier, il essayait de trouver sans succès quelque chose d’inédit. Il voulait absolument amuser les gosses de son quartier. Enfin, un matin, une idée germa dans son esprit : des bandes perforées par des trous équidistants devaient permettre, à l’aide de simples boulons d’extraordinaires assemblages démontables. 

Le « Meccano » était trouvé et devait connaître une popularité telle que des techniciens s’en servent parfois afin de réaliser les premières maquettes, de leurs projets. 

M. Hornby eut conscience que sa fortune était faite. Il se mit à industrialiser son jeu « de quartier » et passa toute son existence à chercher des distractions utiles pour la jeunesse. Lui-même, devenu personnage considérable, se laissa tenter par la politique et fut un certain temps membre du Parlement anglais. Mais bientôt il retourna à ses chers jouets qu’il essayait comme un véritable technicien d’améliorer sans cesse. 

Ceux qui se, sont amusés et instruits grâce à Franck Hornby ne sont pas prêts de l’oublier. Mais il restera pour eux M. Meccano, tout court. 

« L’Union de Limoges. » 1939.

Le mouvement perpétuel  résolu par un forçat 

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Parmi les nombreuses curiosités qui attirent l’attention du visiteur de l’arsenal de Rochefort-sur-Mer, il en est une qui mérite une mention spéciale en raison de son caractère digne de fixer l’intérêt dès amateurs de Merveilleux Scientifique.

Avec la quadrature du cercle, le mouvement perpétuel est le problème qui, depuis longtemps, hanta le cerveau des chercheurs. L’Académie des Sciences, fatiguée par les nombreux rapports émanant de fous ou d’utopistes sur ces deux questions, a résolu, peut-être un peu légèrement, de ne faire aucun cas des travaux traitant ces deux questions.

Pourtant, il est probable que le problème fut au moins une fois résolu en ce qui concerne le mouvement perpétuel par un de ces hommes retranchés pour leurs forfaits de la société, par le forçat François Dubois.

A Rochefort, vers 1840, dans les bâtiments construits sous les ordres de Colbert pour servir de bagne, étaient internés de nombreux forçats dont l’adresse manuelle faisait de vrais artistes.Exemptés, des travaux dits de grande fatigue, ces artisans utilisaient leurs loisirs forcés à confectionner soit des appareils de précision pour la marine, soit des plans ou réductions de machines, ou encore des objets de fantaisie d’autant plus intéressants que les instruments rudimentaires mis à leur disposition ne nuisaient en rien au fini de l’oeuvre. 

Parmi les prisonniers, un ancien horloger condamné aux travaux forcés à perpétuité construisit une horloge tout en cuivre, dont la particularité était, disait-il, de ne jamais s’arrêter une fois mise en marche, sauf par usure ou encrassement des organes. L’horloge, par sa marche ,ayant confirmé les dires de son auteur, on promit la grâce, à ce dernier si ladite horloge ne s’arrêtait pas avant dix ans.

Pendant huit ans, la machine étroitement surveillée marcha sans arrêt, mais, hélas, le mauvais démon qui avait mené son inventeur en prison le tenta de nouveau. Il fut surpris fabriquant au bagne même de la fausse monnaie. La loi était formelle : c’était la mort.

Le malheureux fut donc jugé et pendu.

Certain du châtiment qui l’attendait, le criminel put, nous ne savons comment, mettre la main sur son horloge. Quelques coups de lime, un organe soustrait, et l’âme du merveilleux instrument s’envola : la machine s’arrêta.

En vain les meilleurs techniciens et praticiens s’essayèrent à faire revivre le mécanisme : ce fut inutile. Maintenant l’horloge muette n’est plus qu’un objet de musée. Son inventeur, né peut-être pour révolutionner la mécanique, a disparu dans l’ignominie, ne laissant pas plus de traces que le bâton d’Archimède n’en laissa sur le sable lorsque l’antique savant fut interrompu par la main d’une brute au milieu d’un problème dont la solution eût peut-être doublé la fortune du vainqueur de Syracuse.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1914.
La véritable histoire de la pendule du Forçat François Dubois
: criminocorpus.

Les messages de Mars

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M. Marconi, l’inventeur de la télégraphie sans fil, a fait à un journal de Sydney une communication sensationnelle :

On sait, a-t-il dit, qu’il existe a Cape Clear, le promontoire le plus occidental des Iles Britanniques, une station de télégraphie sans fil. C’est là que sont reçues les dernières dépêches expédiées par les vaisseaux s’éloignant d’Europe, et les premiers appels de ceux qui s’y dirigent à travers l’Atlantique.

A cette station arrive chaque jour, après minuit, un mystérieux message intraduisible, incompréhensible. Mais toujours à un certain moment, variant de nuit en nuit, on reçoit un mot, toujours le même.

On ne peut le reconnaître que par son signe invariable. Il n’appartient à aucune langue connue. Depuis deux années, cette mystérieuse communication n’a jamais manqué de se produire, et toujours entre minuit et une heure du matin.  

L’explication que donne Guglielmo Marconi de ce phénomène est plus extraordinaire encore que le phénomène lui-même. Il croit que c’est Mars qui essaie de communiquer avec la planète-sœur.

Pourquoi le message parvient-il toujours à ce même point du globe ? Que désire nous dire Mars ? Et pourquoi cette patience obstinée à répéter chaque nuit la même chose depuis deux ans ?

« Le Radical. » Paris, 1906.

L’invention

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Qui est l’inventeur des jarretelles ? Je vous le donne en cent, je vous le donne en mille, comme disait Mme de Sévigné. Ce n’est autre que le philosophe Emmanuel Kant, le grave auteur de la Critique de la raison pure, mort en 1804.

Par crainte d’arrêter la circulation du sang, il ne portait pas de jarretières. Il avait inventé pour les remplacer un appareil compliqué que décrit minutieusement son biographe, Thomas de Quincey.

« Dans une pochette de la dimension d’un gousset de montre et située à peu près à la même place au-dessus de chaque cuisse était placée une petite boîte ronde. Elle renfermait un ressort d’horlogerie en spirale autour duquel était disposée une cordelette. Aux deux extrémités de cette cordelette, des agrafes passaient à travers une petite ouverture des goussets, descendaient le long des côtés internes et externes de la cuisse et allaient saisir deux oeillères fixées à la partie extérieure et intérieure de chaque bas. » 

Ainsi qu’on peut le supposer, toute cette machinerie était soumise, comme le système céleste de Ptolémée, à des dérangements occasionnels… Depuis, heureusement, messieurs les corsetiers ont notablement perfectionné et surtout simplifié cet attirail philosophique.

Paris, 1907.
Dessin : J. Wely.

Henri Adolphe Archereau

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Les temps changent, non les mœurs, et des exemples trop récents montrent que les épreuves des inventeurs sont souvent aussi complètes aujourd’hui qu’autrefois. Combien en est-il, à l’heure même où nous écrivons, qui luttent et qui souffrent pour des découvertes dont ils ne connaîtront pas toute la portée ! Combien meurent, inconnus et obscurs, ayant contribué à des progrès dont nous bénéficions dès maintenant et dont ils n’auront eu ni la gloire, ni le profit !

C’est l’histoire d’Adolphe Archereau que l’on vient de conduire à sa dernière demeure. Sa mort aura passé inaperçue, annoncée en dix lignes par un journal au cours des faits divers de la journée, et le public ingrat n’aura pas compris toute la souffrance contenue en cette rapide nouvelle. Et pourtant, aucune oraison funèbre ne saurait produire une impression aussi triste et aussi poignante que celle qui se dégage de la concision même de l’article que nous citons tel quel :

Encore un inventeur qui a fait la fortune de beaucoup, mais qui n’a pas pu faire la sienne : Adolphe Archereau était venu à Paris à la fin du règne de Louis-Philippe. Passionné pour l’électricité, il s’établit dans la Cité et y fit de nombreuses expériences sur la lumière électrique.

Il inventa un régulateur très simple qui est le premier de tous ceux qui ont été établis depuis. Plus tard il utilisa les débris de charbon en les agglomérant et cette invention a été la source d’une immense industrie qui a été très utile aux chemins de fer. Mais il n’en tira aucun profit personnel, et malgré les efforts de ses amis, il ne put arriver à vaincre la misère.

On l’a enterré hier dans le cimetière de Pantin. Il laisse une fille et des petits-enfants.

Changeur/Spont. « Les grandes infortunes. »  Paris, 1897.

Le vélocipède du « Grand Pierre »

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Par une chaude après-midi de printemps, alors que la soixantaine d’ouvriers employés à la modeste usine de M. Michelin à Clermont-Ferrand travaillaient paisiblement à manufacturer des objets en caoutchouc industriel, un visiteur imprévu s’annonça à la porte, dont l’arrivée fit sensation.

Le visiteur et son engin arrivaient, en effet, dans un char traîné par des boeufs à l’instar des rois fainéants. C’était un vélocipédiste assez connu dans la région, car l’exercice auquel il se livrait, comportait peu d’adeptes à cette époque. On l’appelait le Grand Pierre et ses promenades sur sa mécanique à deux roues étaient légendaires dans l’esprit des populations. Le Grand Pierre, qui possédait un vélocipède dont les roues se trouvaient munies d’étranges bandages en caoutchouc gonflé d’air, qu’on appelait bandages pneumatiques, venait demander à l’usine Michelin de lui réparer un de ces pneumatiques qui était crevé.

L’opération dura plus de trois heures. Elle fut effectuée selon les indications fournies par une notice très complète que possédait le Grand Pierre, par le meilleur ouvrier de l’usine, Duvert, sous la surveillance de M. Edouard Michelin, dont la curiosité avait été excitée par cette innovation. En effet, MM. Michelin, soucieux de trouver un débouché pour le caoutchouc industriel, étaient justement en train, cette année-là, d’installer chez eux la fabrication des caoutchoucs pleins et creux, à l’usage des vélocipèdes. Edouard Michelin avait même appris à monter à vélo pour étudier la question.

Or, il était revenu de quelques promenades, absolument éreinté, se disant qu’il y avait peut-être là un débouché, mais très restreint et que cette industrie ne se développerait jamais beaucoup, parce que ni un homme d’un certain âge, ni un homme peu robuste, ni une femme ne pourraient faire du vélo. Il voyait donc l’avenir de ce sport (alors une véritable acrobatie) réduit à sa plus simple expression et ne craignait pas de l’écrire à son frère André, lequel lui répondait, d’autre part, qu’on effectuait bien à Paris quelques essais de pneumatiques, mais que l’opinion publique s’élevait, indignée, contre ce dispositif, tellement tout le monde le trouvait horrible.

… Lorsque le pneumatique du Grand Pierre fut réparé, on laissa passer la nuit avant de s’en servir, afin que la dissolution puisse sécher. Le lendemain, le Grand Pierre dit à Edouard Michelin en montrant sa bicyclette :

Montez dessus, c’est du nanan !

Edouard Michelin se laissa tenter. Au bout de vingt minutes, il revenait, la réparation n’ayant pas tenu ; mais il avait acquis de cette expérience deux opinions, à savoir :

La première : que le pneumatique était l’avenir. La seconde : que le pneumatique du Grand Pierre ne lui valait rien du tout.

Sitôt après en avoir écrit à son frère pour poser le problème, E. Michelin convoquait son ingénieur, M. Laroche, et lui tenait le bref discours suivant :

Il faut qu’on puisse, si une chambre à air est crevée, en mettre une autre en un quart d’heure par des moyens mécaniques. Je ne veux pas de colle.

En même temps le Grand Pierre, expert vélocipédiste, était embauché dans la maison en qualité de « chef des essais ». Le principe du pneumatique démontable était trouvé. Restait à Michelin et à ses collaborateurs la lourde charge de passer de la théorie à la mise en pratique.

« Histoire de l’automobile. » Pierre Souvestre. Paris, 1907.
Illustration : velo.michelin.fr