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Le fardier à vapeur

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cugnot

L’histoire des chemins de fer révèle bien des déconvenues et des épreuves dans la vie de ceux qui contribuèrent à créer, puis à généraliser une telle invention. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler quel accueil l’on fit en France aux chemins de fer.

Même après que l’Angleterre les avait adoptés, et qu’ils fonctionnaient à la satisfaction générale en ce pays, des hommes illustres, comme Thiers et Arago, ne cessaient de s’y opposer de toutes leurs forces et soutenaient des théories d’une fausseté et d’une puérilité singulières. 

Tout le principe des chemins de fer se trouvait dans le « fardier à vapeur » inventé par Nicolas Joseph Cugnot pour transporter le matériel de l’artillerie. Né en Lorraine en 1725, il avait déjà inventé un fusil que le maréchal de Saxe avait adopté pour ses uhlans, quand il construisit sa voiture mue par la vapeur. On en fit l’épreuve à Paris, dans la cour de l’Arsenal, mais la voiture ne fonctionna pas très bien, à cause de la violence de ses mouvements, et renversa même un pan de mur. On en resta là.

Cugnot reçoit une pension, en reconnaissance de l’attrait de ses inventions. Dix ans plus tard éclate la Révolution française à Paris : il perd ses revenus et s’installe en Belgique. En 1800, à son retour à Paris, le Consulat lui attribue une modeste rente.

Nicolas Joseph Cugnot s’éteint au moment où les chemins de fer s’établissent en Angleterre. 

Qui a inventé le moteur d’auto ?

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En fouillant les annales de notre Académie des sciences, un chercheur a mis à jour une communication à cette assemblée, concernant un appareil où la force motrice était fournie par l’explosion d’un mélange d’air et de poudre de lycopode ou de charbon pulvérisé.

pyréolophore

Le mémoire fut présenté, le 5 décembre 1806, par deux éminents physiciens, Lazare Carnot et Berthollet. Et savez-vous par qui cette communication était signée ? Par les inventeurs de La photographie, les frères Claude et Nicéphore Niepce.

L’invention fut brevetée en 1806 et qui mieux est, réalisée sous le nom de pyréolophore. C’était un moteur à combustion interne, brûlant la fameuse poudre de lycopode qu’ils adaptèrent à un canot. Celui-ci a navigué sur la Saône. Voilà donc, sans conteste, la première automobile.

« Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1927.
Illustration : http://www.photo-museum.org/fr/pyreolophore-invention-moteur-explosion/

Barthélemy Thimonnier

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thimonnier

Il est des inventions qui, pour être humbles, n’en sont pas moins précieuses, et dont l’importance, moins éclatante, n’est pas moins considérable. Celle de la machine à coudre est du nombre.

L’on ne peut dire que les épreuves des inventeurs sont proportionnées à l’apparente importance de leurs découvertes, car Thimonnier, qui imagina la machine à coudre, eut une existence des plus malheureuses. Il était né à l’Arbresle (Rhône), en 1793. A cette époque la ville de Tarare faisait exécuter beaucoup de broderies au crochet dans les montagnes de la région. C’est à cette occasion que Barthélemy Thimonnier conçut la première idée de la couture mécanique.

En 1825, étant tailleur à Saint-Étienne, il se mit à l’œuvre, et, pendant quatre ans, ignorant les premiers éléments de la mécanique, il s’ingénia à réaliser son idée. Ses ressources s’épuisèrent, mais il réussit et prit un brevet. Venu à Paris, il entra comme directeur dans une maison qui confectionnait des vêtements militaires et établit un atelier de 80 machines, mais, par une erreur commune à cette époque, les ouvriers, furieux de la concurrence de la mécanique, envahirent l’atelier et mirent en pièces les machines. Le chef de la maison étant mort sur ces entrefaites, Thimonnier dut reprendre le chemin de son pays.

Deux ans après, il veut tenter de nouveau la fortune à Paris : nouvel échec.

Il refait la route à pied, portant sa machine sur le dos et l’exhibant dans tous les endroits qu’il traverse comme une curiosité ! De retour, il construit des machines et s’associe avec un industriel de Villefranche. l’entreprise prospérait quand la Révolution de 1848 vint l’arrêter net. En 1851, Thimonnier envoie la machine à Londres pour la faire figurer à l’Exposition. La fatalité veut qu’elle arrive après l’examen du jury !

Thimonnier, découragé, se résigna. Il fit encore quelques essais de machine à coudre, mais il était épuisé de misère et de travail et il mourut en 1857.

Changeur & Spont. « Les grandes infortunes. » Paris, 1897.

Génie

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Le type de l’inventeur malheureux, du génie exploité, est bien Frédéric Sauvage. Il naquit en 1785. Il était doué d’une intelligence supérieure et spéciale, si l’on peut s’exprimer ainsi, pour inventer.

Toute sa vie il inventa, tantôt créant de toutes pièces des procédés nouveaux, tantôt modifiant et perfectionnant ceux qui existaient déjà. C’est ainsi qu’on lui doit un moulin horizontal donnant un mouvement continu, quelle que soit la direction du vent. Plus tard il inventa le physionomètre, sorte de daguerréotype qui prend l’empreinte des objets à leur contact. Pendant qu’il perfectionnait cette dernière œuvre au prix de sacrifices énormes, des spéculateurs s’en emparèrent, et l’exposèrent sous le nom de physionotype après y avoir fait des modifications insignifiantes pour justifier ce nouveau nom. Le réducteur, le souffleur hydraulique, par lequel on élève l’eau par le poids d’une colonne d’eau, sont aussi les produits de son génie.

Mais l’invention qui immortalise son nom, celle à qui il doit toute sa gloire comme tous ses chagrins, est celle de l’hélice.

Depuis longtemps Sauvage avait été frappé des nombreux inconvénients que présentait le système des roues à aubes. Elles alourdissaient les navires, gênaient beaucoup les manœuvres, et, en temps de guerre, risquaient d’être facilement brisées. Il avait vaguement l’idée d’un propulseur fonctionnant au-dessous de l’eau, quand cette idée se précisa en voyant comment un homme placé à l’arrière d’une embarcation peut, à l’aide d’un seul aviron et sans le sortir de l’eau, manœuvrer son esquif; c’est ce qu’on nomme la godille. Là était le germe de son invention. En effet, en déterminant l’angle sous lequel l’aviron produit le plus de force, Sauvage fut amené à découvrir l’hélice, sa forme la plus favorable, et même sa position la plus avantageuse sous le bateau. Mais cette découverte ne fut pour lui que le point de départ de tourments indicibles.

Il avait engagé toute sa fortune pour arriver à réaliser son idée, et quand il voulut propager son invention, il se heurta à des difficultés sans nombre. Dix ans il lutta pour convaincre ses contemporains. Il fit au Havre des expériences concluantes que l’on s’obstina à ne pas trouver décisives. Enfin ruiné, à bout de ressources, Sauvage fut jeté en prison pour dettes. Pendant ce temps, son invention était appliquée en Angleterre. On en fit même de nouvelles expériences au Havre avec de grossières modifications, et bientôt malgré son brevet, malgré la généreuse défense d’Alphonse Karr, elle tombait dans le domaine public. L’inventeur était frustré du fruit de tous ses efforts, de tout son génie.

Sa raison n’y résista pas, il devint fou et fut enfermé dans la maison de santé de Picpus. Là, paraît-il, son plus grand plaisir était de jouer du violon et d’écouter chanter un oiseau en cage; son esprit brisé retombait à l’état d’enfance. Il mourut au moment où, par un cruel contraste, le Napoléon, le plus beau de nos navires à hélice, dépassait triomphalement toute l’escadre anglaise dans la rade de Constantinople !

Changeur/Spont. « Les grandes infortunes. » Paris, 1897.

 

Feux d’artifice de salon

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Ces Feux d’artifice, dont les éblouissements se produisent aussi bien de jour que de nuit (ce qui ne retarde pas le coucher des enfants), sont contenus dans une boîte, à l’abri de tout accident.

Les feux, au nombre de vingt, sont formées d’allumettes-tisons, mais de grandes allumettes, quatre fois plus longues que les allumettes ordinaires qui, elles, n’ont rien de bien brillant, tandis que les magiques Feux d’artifice de salon s’éparpillent en des millions d’étincelles électriques et dégagent une pluie d’étoiles scintillantes dont on a le spectacle assez longtemps pour l’admirer tout à son aise. Et tout cela sans danger aucun du moindre incendie, sur les tentures et les étoffes les plus légères et sur les objets les plus inflammables, et sans odeur ni fumée.

Après un dîner ou un déjeuner de fête, à la ville comme à la campagne, le Feu d’artifice de salon est une surprise charmante. Pour allumer les tisons, on en maintient le bout, teinté de noir, au-dessus d’une flamme de lampe ou de bougie, jusqu’au jaillissement des premières étincelles; ce qui ne demande que quelques instants.

Prix de la boîte de vingt tisons de Feux d’artifice de salon…………………………………………………..  franco 0.60

« La Revue des nouveautés : organe des comptoirs de spécialités brevetées. » Paris,  1897.

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Une horloge qui parle

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Depuis l’invention de l’horlogerie le nombre a été grand des patients et doux toqués qui ont consacré là plus grande partie de leur existence à la construction de machines compliquées dans lesquelles l’indication de l’heure n’est plus que le prétexte à une véritable débauche de mécanique.

Cette bien  innocente manie sévit encore sur quelques cerveaux contemporains. Tout récemment plusieurs de nos confrères célébraient dans leurs colonnes une horloge due à un spécialiste varsovien et qui, à chaque demi-heure, donne la représentation exacte d’une gare de chemin de fer au moment du départ d’un train. Les horlogers suisses  (noblesse oblige) n’on pas voulu demeurer en reste d’imagination avec leur confrère varsovien. Voici qu’on nous apprend aujourd’hui qu’une des célébrités du Locle met la dernière main à une horloge-parlante.

Grâce au phonographe cela ne pouvait manquer.

L’horloge en question est conçue de façon à recevoir et à répéter, au moment choisi, les instructions verbales qu’il plaira à son propriétaire de lui confier. Ainsi ceux qui ont le réveil difficile pourront se faire rappeler d’une voix tonitruante par leur pendule qu’ils ont un rendez-vous important à une heure matinale. Cela remplacera très avantageusement un valet de chambre et les occasions où l’horloge-parlante pourra trouver une utile application seront nombreuses.

« La Joie de la maison : journal hebdomadaire. »  Paris, 1892.

 

Le vélocipède du « Grand Pierre »

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Par une chaude après-midi de printemps, alors que la soixantaine d’ouvriers employés à la modeste usine de M. Michelin à Clermont-Ferrand travaillaient paisiblement à manufacturer des objets en caoutchouc industriel, un visiteur imprévu s’annonça à la porte, dont l’arrivée fit sensation.

Le visiteur et son engin arrivaient, en effet, dans un char traîné par des boeufs à l’instar des rois fainéants. C’était un vélocipédiste assez connu dans la région, car l’exercice auquel il se livrait, comportait peu d’adeptes à cette époque. On l’appelait le Grand Pierre et ses promenades sur sa mécanique à deux roues étaient légendaires dans l’esprit des populations. Le Grand Pierre, qui possédait un vélocipède dont les roues se trouvaient munies d’étranges bandages en caoutchouc gonflé d’air, qu’on appelait bandages pneumatiques, venait demander à l’usine Michelin de lui réparer un de ces pneumatiques qui était crevé.

L’opération dura plus de trois heures. Elle fut effectuée selon les indications fournies par une notice très complète que possédait le Grand Pierre, par le meilleur ouvrier de l’usine, Duvert, sous la surveillance de M. Edouard Michelin, dont la curiosité avait été excitée par cette innovation. En effet, MM. Michelin, soucieux de trouver un débouché pour le caoutchouc industriel, étaient justement en train, cette année-là, d’installer chez eux la fabrication des caoutchoucs pleins et creux, à l’usage des vélocipèdes. Edouard Michelin avait même appris à monter à vélo pour étudier la question.

Or, il était revenu de quelques promenades, absolument éreinté, se disant qu’il y avait peut-être là un débouché, mais très restreint et que cette industrie ne se développerait jamais beaucoup, parce que ni un homme d’un certain âge, ni un homme peu robuste, ni une femme ne pourraient faire du vélo. Il voyait donc l’avenir de ce sport (alors une véritable acrobatie) réduit à sa plus simple expression et ne craignait pas de l’écrire à son frère André, lequel lui répondait, d’autre part, qu’on effectuait bien à Paris quelques essais de pneumatiques, mais que l’opinion publique s’élevait, indignée, contre ce dispositif, tellement tout le monde le trouvait horrible.

… Lorsque le pneumatique du Grand Pierre fut réparé, on laissa passer la nuit avant de s’en servir, afin que la dissolution puisse sécher. Le lendemain, le Grand Pierre dit à Edouard Michelin en montrant sa bicyclette :

Montez dessus, c’est du nanan !

Edouard Michelin se laissa tenter. Au bout de vingt minutes, il revenait, la réparation n’ayant pas tenu ; mais il avait acquis de cette expérience deux opinions, à savoir :

La première : que le pneumatique était l’avenir. La seconde : que le pneumatique du Grand Pierre ne lui valait rien du tout.

Sitôt après en avoir écrit à son frère pour poser le problème, E. Michelin convoquait son ingénieur, M. Laroche, et lui tenait le bref discours suivant :

Il faut qu’on puisse, si une chambre à air est crevée, en mettre une autre en un quart d’heure par des moyens mécaniques. Je ne veux pas de colle.

En même temps le Grand Pierre, expert vélocipédiste, était embauché dans la maison en qualité de « chef des essais ». Le principe du pneumatique démontable était trouvé. Restait à Michelin et à ses collaborateurs la lourde charge de passer de la théorie à la mise en pratique.

« Histoire de l’automobile. » Pierre Souvestre. Paris, 1907.
Illustration : velo.michelin.fr