Irlande

Vaisseaux énigmatiques

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Le vaisseau-fantôme n’est pas une légende. On peut même assurer qu’il existe plusieurs vaisseaux fantômes qui se promènent abandonnés et désemparés de par l’immensité des océans.

Ces jours derniers, un télégramme de Queenstown (Irlande) annonçait que le vapeur américain Narragansett avait rencontré, à 160 milles au large, le vieux cuirassé français Richelieu, qu’on croyait coulé au large d’Ouessant. Et ce n’est pas un exemple unique des vaisseaux abandonnés et qui continuent à flotter sur les eaux.

L’impressionnante gravure en illustration, représente la rencontre émouvante que des pêcheurs français firent dernièrement dans la mer du Nord, d’une de ces dangereuses et fantastiques épaves. Il s’agit d’un voilier danois que son équipage avait abandonné il y a plusieurs mois à la suite d’une collision et qui, depuis lors, erre, lamentable et terrible au gré des courants et des vents.

« Le Petit journal. » Paris, 1911.

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Superstitions

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inondation

Les anciens attachaient des idées superstitieuses à l’intempérie des saisons. Ainsi, les Hérules massacraient leur roi quand des pluies détruisaient les biens de la terre.

« Six choses, disent les anciennes lois d’Irlande, témoignent de l’indignité d’un roi : opposition illégale dans le conseil, infraction aux lois, disette, stérilité des vaches, pourriture du fruit, pourriture du grain mis en terre. Ce sont là six flambeaux allumés pour faire voir le mauvais gouvernement d’un roi. » 

L’historien espagnol Antonio de Solís y Ribadeneyra raconte que lorsque l’empereur du Mexique montait sur son trône, on lui faisait jurer que, pendant son règne, les pluies auraient lieu suivant les saisons, qu’il n’y aurait ni débordement des eaux, ni stérilité de la terre, ni maligne influence du soleil.

En Chine, c’est aussi une maxime reçue que, si l’année est bonne, c’est que l’empereur est béni du ciel, et ses sujets lui en tiennent compte. Mais il court grand risque d’être détrôné s’il survient quelque tremblement de terre ou une suite d’inondations ou d’incendies, car alors on croit, voir un arrêt du ciel dans ces désastres.

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

Les « tours » des hospices

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tour-abandon-enfants

La police vient d’arrêter, à Lille, une jeune fille qui, rendue mère par un Allemand, au cours des dures années d’occupation, accoucha clandestinement puis étouffant son enfant, l’enterra dans un jardin.

Ces cas lamentables ont été malheureusement assez fréquents, les femmes victimes de la sauvagerie teutonne ne pouvant se résoudre à garder des enfants d’origine ennemie.  La mère peut, il est vrai, abandonner son nouveau-né à l’Assistance publique, mais la crainte de la publicité empêche souvent la victime d’employer ce moyen légal.

Rien ne paraît, en effet, plus affreux que l’abandon d’un enfant par sa mère et pourtant cet acte, si criminel semble-t-il au prime abord, est souvent excusable. Dans la majorité des abandons, la misère, l’absolue impossibilité d’élever son enfant, pousse la mère à accomplir ce geste lamentable, geste qui, en France et dans presque tous les pays civilisés, est entouré de formalités obligatoires quoique anonymes.

La Havane, à Cuba, a conservé une vieille coutume : celle des « tours » des hospices. Le tour est un cylindre en bois convexe d’un côté et concave de l’autre, tournant sur lui-même avec une grande facilité. La partie convexe du tour fait face à la rue, tandis que l’autre s’ouvre à l’intérieur de l’hospice. La femme qui désire abandonner son enfant, agite une sonnette, sans pour cela être vue de la religieuse, qui, à l’intérieur, reçoit le petit être. Souvent même le poids seul du bébé fait sonner la cloche.

Dr-valdès

Contrairement à tous les anciens usages, la mère cubaine peut venir réclamer son enfant. L’hospice de Cuba fut fondé en 1792 par le gouverneur espagnol Luis de las Casas et reconstruit en 1900 par Léonard Wood, gouverneur général de l’île. Le docteur J.-V. Valdès, directeur actuel de cette maison « au bénéfice des mères » fut lui-même abandonné dans cet asile. C’est donc avec tout son cœur qu’il s’occupe des malheureux petits abandonnés.

La France a possédé des tours. Ce fut Napoléon Ier qui légalisa cette mesure par décret en 1811. Quatre départements, ceux du Doubs, de la Meurthe, de Seine-et-Oise, du Haut et du Bas-Rhin refusèrent d’instituer ce système. Les quatre-vingt un autres départements en possédaient deux cent cinquante neuf. Les abandons se multiplièrent,
des enquêtes apprirent même que certaines mères déposaient leurs enfants dans l’espoir, généralement réalisé, de se les faire remettre ensuite avec le salaire payé aux nourrices.

De 1830 à 1841, deux cent treize tours furent fermés et malgré l’opposition de Chateaubriand qui prétendait que la suppression des tours conduisait aux multiples infanticides, ces derniers tombèrent peu à peu en désuétude pour disparaître complètement. Pourtant, à l’instar de la Havane, l’Irlande possède encore des tours pour l’abandon des enfants.

« Le Miroir. »Paris, 1920.

 

Un mystérieux suicide

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Le docteur Brierre de Boismont a extrait l’histoire présente d’un livre curieux publié par un médecin anglais, sous le titre de Anatomy of suicide. Elle se rapporte à la cause mystérieuse du suicide du marquis de Londonderry (Robert Stewart), qui, sous le nom de lord Castelreagh, fut ministre du Foreign Office pendant la lutte de l’Angleterre et de l’Europe coalisée contre la France, et qui, en 1820, se coupa la gorge dans un accès de folie.

Il y a environ quarante ans, le noble lord était allé visiter un gentilhomme de ses amis, qui habitait, au nord de l’Irlande, un de ces vieux châteaux que les romanciers choisissent de préférence pour théâtre de leurs apparitions. L’aspect de l’appartement du marquis était en harmonie parfaite avec l’édifice. En effet, les boiseries richement sculptées, noircies avec le temps, l’immense cintre de la cheminée, semblable à l’entrée d’une tombe, la longue file des portraits des ancêtres au regard à la fois fier et méprisant, les draperies vastes, poudreuses et lourdes qui masquaient les croisées et entouraient le lit, étaient bien de nature à donner un tour mélancolique aux pensées.

Lord Londonderry examina sa chambre et fit connaissance avec les anciens maîtres du château, qui, debout dans leur cadre d’ivoire, semblaient attendre son salut. Après avoir congédié son valet, il se mit au lit. Il venait d’éteindre sa bougie, lorsqu’il aperçut un rayon de lumière qui éclairait le ciel de son lit. Convaincu qu’il n’y avait pas de feu dans la grille, que les rideaux étaient fermés, et que la chambre était, quelques minutes avant, dans une obscurité complète, il supposa qu’un intrus s’était glissé dans la pièce. Se tournant alors rapidement du côté d’où venait la lumière, il vit, à son grand étonnement, la figure d’un bel enfant entouré d’un limbe. L’esprit se tenait à quelque distance de son lit.

Persuadé de l’intégrité de ses facultés, mais soupçonnant une mystification de la part d’un des nombreux hôtes du château, lord Londonderry s’avança vers l’apparition, qui se retira devant lui. A mesure qu’il approchait, elle reculait, jusqu’à ce qu’enfin, parvenue sous le grand cintre de l’immense cheminée, elle s’abîma dans la terre. Lord Londonderry revint à son lit, mais il ne dormit pas de la nuit, tourmenté de cet événement extraordinaire. Était-il réel, ou devait-il être considéré comme l’effet d’une imagination exaltée ? Le mystère n’était pas facile à résoudre.

Il se détermina à ne faire aucune allusion à ce qui lui était arrivé, jusqu’à ce qu’il eût examiné avec soin les figures de toutes les personnes de la maison, afin de s’assurer s’il avait été l’objet de quelque supercherie. Au déjeuner, le marquis chercha en vain à surprendre sur les figures quelques-uns de ces sourires cachés, de ces regards de connivence, de ces clignements d’yeux, par lesquels se trahissent généralement les auteurs de ces conspirations domestiques. La conversation suivit son cours ordinaire. Elle était animée, rien ne révélait une mystification, tout se passa comme de coutume. A la fin, le héros de l’aventure ne put résister au désir de raconter ce qu’il avait vu, et il entra dans toutes les particularités de l’apparition. Ce récit excita beaucoup d’intérêt parmi les auditeurs et donna lieu à des explications fort diverses. Mais le maître du lieu interrompit les divers commentaires en faisant observer que la relation de lord Londonderry devait, en effet, paraître fort extraordinaire à ceux qui n’habitaient pas depuis longtemps le château, et qui ne connaissaient pas les légendes de la famille. Alors, se retournant vers le héros de l’aventure :

« Vous avez vu l’enfant brillant, lui dit-il, soyez satisfait, c’est le présage d’une grande fortune, mais j’aurais préféré qu’il n’eût point été question de cette apparition. »  suicide-lord-castlereagh

Dans une autre circonstance, lord Castelreagh vit encore l’enfant brillant à la chambre des communes, et il est très probable que le jour de son suicide, il eut une semblable apparition. 

Louis Figuier. « Histoire du merveilleux dans les temps modernes. » Paris, 1860.