Isadora Duncan

La danseuse aux pieds nus

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isadora-duncanLes journaux américains apportent une nouvelle qui étonnera ceux qui ne connaissent pas l’audace artistique de miss Isadora Duncan, la danseuse aux pieds nus.

La célèbre ballerine a osé danser à New-York, le 15 février, la mort d’Yseult. Le programme de cette soirée sensationnelle comprenait aussi le prélude de Lohengrin et la danse de Parsifal. Quand miss Isadora se fut montrée une ou deux fois, le chef d’orchestre, M. Damrosch, se tournant vers le public, annonça que la mort d’Yseult avait été placée à la fin du programme, pour que les personnes qui ne voulaient pas y assister eussent toute facilité de partir.

Naturellement, personne ne profita de cette facilité, et miss Isadora Duncan interpréta avec ses jolis pieds la grande page dramatique wagnérienne. Et le public applaudit… On se rappelle, à ce propos, la juste protestation de M. Pierre Lalo contre l’art de cette danseuse. 

« Revue musicale de Lyon. » 1911.

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Isadora Duncan

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Elle n’avait pas quatre ans que, déjà, elle dansait … Au début de sa onzième année, elle enthousiasma quinze mille spectateurs par la noblesse ailée de ses attitudes. On eût dit une jeune déesse descendue de l’Olympe, ou, mieux, une vierge grecque se détachant d’une frise de sculptures pour enchanter les hommes.

Berlin, Vienne, Florence, Munich et Londres lui avaient tressé des couronnes quand elle vint demander à Paris la consécration suprême. Chose étrange, Paris fut d’abord déçu. Puis, ce fut un revirement subit. Jamais danseuse ne recueillit comme elle le plein suffrage des artistes et de la masse.

« Elle est la libre vierge de Chalcis, écrivit Henri Lavedan; elle est Galatée, elle est le troupeau de celles qui sautent, voltigent et tourbillonnent dans les regrets, qu’à défaut de souvenirs, nous conservons de l’antiquité fabuleuse. »

Elle dansait aussi simplement que d’autres respirent, mais avec cette puissance créatrice, cette virtuosité extrême qui confine au génie. Elle se suffi- sait à elle-même … Un jour, au Théâtre Sarah Bernhardt, les musiciens avaient abandonné leurs pupitres. Isadora Duncan s’avança sur le proscenium, s’excusant de ne pouvoir danser.

— Dansez quand même ! cria-t-on dans la salle.

Et elle dansa, deux heures durant, sans musique. Et elle fut prodigieuse. Isadora Duncan connut les plus grands triomphes et les plus grandes infortunes. Elle meurt tragiquement, comme ses enfants, comme le poète Serge Essenine, qu’elle avait épousé. Inclinons-nous. Elle sut mettre dans tous ses mouvements « un peu de cette continuité divine qui donne à la nature entière sa beauté et sa vie ».

 « Les Annales politiques et littéraires. »  Paris, 1927.