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La befana des automobilistes

befana

C’est une gentille coutume romaine, pour le jour de l’Epiphanie. Les automobilistes, reconnaissants envers les agents qui règlent la circulation du haut de leur petite estrade, avec un bâton blanc qu’ils agitent comme de vrais chefs d’orchestre, offrent un cadeau à leur agent préféré.

Bouteilles de mousseux, vermouth, mortadelle, fruits, cigarettes sont donnés au passage à l’agent qui entasse les offrandes à ses pieds, sans pour cela cesser de surveiller le flot des voitures. Ces offrandes sont apportées à la caserne principale et fraternellement partagées entre les 400 agents, les 150 motocyclistes et cyclistes, les deux douzaines de gardes à cheval qui règlent la circulation dans la ville éternelle. 

Aux cadeaux des particuliers viennent s’ajouter plus de 150 paquets envoyés par l’Automobile-Club de Rome.

« L’Intransigeant. » Paris, 1934.

Confession

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Lorsque le duc de Vendôme commandait l’armée des deux couronnes en Lombardie, la désertion était considérable parmi les Italiens.

En vain la peine de mort était exécutée contre les déserteurs, rien ne pouvait fixer le soldat sous ses drapeaux. A la fin, le général fit publier que tous ceux qui déserteraient seraient pendus à l’instant, et sans l’assistance d’aucun prêtre. Cette punition, comme on l’avait prévu, fit sur eux plus d’impression que la mort même.

Ils auraient bien risqué d’être pendus, mais ils n’osèrent pas courir le risque d’être pendus sans confession.

Victor Fournel. « Dictionnaire encyclopédique. » Paris, 1872.

Libre-échange zoologique

édiles

A l’occasion de la rentrée des classes, plusieurs conseillers municipaux vont, paraît-il, s’offrir un petit voyage d’études en Italie.

Voilà une nouvelle qui, sans doute, fera encore une fois pousser aux Parisiens des cris de contribuables qu’on écorche. Il n’y a pourtant pas de quoi. Si nous expédions nos élus à l’étranger, l’étranger ne se gêne pas pour nous envoyer les siens et cet échange d’édiles sans résultat est un beau trait de courtoisie internationale. En outre, il contribue à étendre les connaissances zoologiques du peuple en lui montrant ce qu’est la faune d’hôtel de ville dans les différentes capitales européennes.

D’ailleurs l’inutilité de ce genre d’exportation n’est pas absolument démontrée. On apprend bien des choses en voyage. Il est fort possible que nos promeneurs reviennent de Venise, par exemple, avec des idées intéressantes sur la constitution des canaux et les moyens à employer pour les empêcher de descendre dans le Métro. Reste la misérable question d’argent : les déplacements sont hors de prix, cette année, et si les conseilleurs ne sont pas les payeurs, on peut précisément en dire autant des conseillers.

Mais quoi ! êtes-vous bien sûr que nos échevins ne nous coûtent pas encore plus cher quand ils restent à Paris que lorsqu’ils se baladent à travers l’Italie ? 

Bernard Gervaise. « Paris-soir. » Paris, 1923.
Photo d’illustration : 28 mai 1914, édiles étrangers à l’Hôtel de ville de Paris, lors du Conseil général de la Seine. Agence Rol.

Un original

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A l’âge de quatre vingts ans, vient de mourir à Rome le Comte Bonnicelli, original bien connu dans la capitale de l’Italie.

Depuis plusieurs dizaines d’années il faisait sa promenade quotidienne sur le corso dans une voiture attelée de six chevaux qu’il conduisait lui même. Il était la terreur des cochers de fiacre, et on raconte à son sujet l’anecdote suivante :

Une fois, qu’il s’était laissé entraîner au cours d’une querelle avec un de ces confrères, à lui donner une gifle, le comte dut comparaître en justice. Il fut condamné à une amende de cinquante, lires. Tirant de sa poche un billet de cent lires tout neuf, il le posa sur le bureau du juge. Celui ci n’avait pas cinquante lires à lui rendre.

— Fa niente, déclara le comte Bonnicelli.

Et avec le plus grand sang froid, il se dirigea vers sa victime qui, naturellement, assistait au procès, et lui donne une seconde gifle.

 Maintenant, le compte est juste, ajouta-t-il.

Et il sortit majestueusement de la salle sans que personne songeât à intervenir.

« L’ Écho de Tiaret. »  Oran, 1926.
Dessin : Claude Lapointe.

Conte romain

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En ce temps-là, les déserts de Libye étaient moins fréquentés qu’ils ne le sont à l’heure actuelle. La principale industrie du pays, la culture du lion à l’état libre, donnait d’excellents résultats. Le lion pullulait et il n’y avait pour ainsi dire qu’à se baisser pour en prendre. Et c’était là que les Romains se fournissaient de rois des animaux pour les rudes jeux du cirque.

Donc, un jeune lion de belle allure vivait heureux en ces déserts. La chasse était pour lui un plaisir et un gagne-viande. Aux époques d’amour, il fondait provisoirement une famille, et quand il avait à peu près élevé ses lionceaux, il les plantait là, ainsi qu’il sied, et courait à d’autres aventures.

Un soir qu’il se promenait avec cette nonchalance affectée et ce je ne sais quoi de prétentieux que l’on remarque chez tous les grands fauves, il chut brusquement dans une fosse, qui se trouva, du fait même de cette chute, être une fosse aux lions. des gens armés surgirent, dressèrent une cage où le lion, furieux mais complaisant, se précipita : il était prisonnier.

Durant des semaines et des mois, il fut traîné en cage par les villes, où on le montrait comme une curiosité. Et à mesure que le voyage se poursuivait, les gardiens redoublaient de mauvais traitements envers l’animal : on le laissa jeûner des jours entiers, on le piquait avec des barres de fer rouge, on le ferraillait sans relâche, on lui avait rogné les griffes par surcroît de cruauté.

Enfin, on arriva en Italie, et les belluaires de l’empereur prirent la livraison du lion. On l’enferma dans une cave obscure, où il resta sans boire ni manger, au secret. Et la pauvre bête pensait : « Quelle cruauté nouvelle me préparent-ils ? » Abruti de souffrance, de fatigue, de soif et de faim, il considéra l’univers en sage qui a touché le fond de l’amertume.

Un jour, quand on jugea qu’il était à point, on vint lui ouvrir sa cage, et, à coups de trident, on le pria de sortir par un couloir grillé. Il gagna ainsi une porte ouverte sur la clarté d’un amphithéâtre flambant au grand soleil de juillet. Sur le seuil le lion s’arrêta, et ce qu’il vit l’aurait fait reculer d’horreur, si l’on n’avait pris la précaution de fermer la grille derrière lui.

Au milieu de l’amphithéâtre, une bandes d’êtres hâves, déguenillés, terribles, accroupis dans des attitudes menaçantes, ou levant le poing dans un geste de défi. Le lion, épouvanté, s’écria : « Chien de sort !… Ils m’ont livré aux chrétiens ! »

Et, résigné désormais, il se coucha et attendit la mort.

Pierre Veber. « Almanach illustré du Petit Parisien. »  Paris, 1924.