Italie

Un original

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gifle-claude-lapointe

A l’âge de quatre vingts ans, vient de mourir à Rome le Comte Bonnicelli, original bien connu dans la capitale de l’Italie.

Depuis plusieurs dizaines d’années il faisait sa promenade quotidienne sur le corso dans une voiture attelée de six chevaux qu’il conduisait lui même. Il était la terreur des cochers de fiacre, et on raconte à son sujet l’anecdote suivante :

Une fois, qu’il s’était laissé entraîner au cours d’une querelle avec un de ces confrères, à lui donner une gifle, le comte dut comparaître en justice. Il fut condamné à une amende de cinquante, lires. Tirant de sa poche un billet de cent lires tout neuf, il le posa sur le bureau du juge. Celui ci n’avait pas cinquante lires à lui rendre.

— Fa niente, déclara le comte Bonnicelli.

Et avec le plus grand sang froid, il se dirigea vers sa victime qui, naturellement, assistait au procès, et lui donne une seconde gifle.

 Maintenant, le compte est juste, ajouta-t-il.

Et il sortit majestueusement de la salle sans que personne songeât à intervenir.

« L’ Écho de Tiaret. »  Oran, 1926.
Dessin : Claude Lapointe.

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Conte romain

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lion-chretiensEn ce temps-là, les déserts de Libye étaient moins fréquentés qu’ils ne le sont à l’heure actuelle. La principale industrie du pays, la culture du lion à l’état libre, donnait d’excellents résultats. Le lion pullulait et il n’y avait pour ainsi dire qu’à se baisser pour en prendre. Et c’était là que les Romains se fournissaient de rois des animaux pour les rudes jeux du cirque.

Donc, un jeune lion de belle allure vivait heureux en ces déserts. La chasse était pour lui un plaisir et un gagne-viande. Aux époques d’amour, il fondait provisoirement une famille, et quand il avait à peu près élevé ses lionceaux, il les plantait là, ainsi qu’il sied, et courait à d’autres aventures.

Un soir qu’il se promenait avec cette nonchalance affectée et ce je ne sais quoi de prétentieux que l’on remarque chez tous les grands fauves, il chut brusquement dans une fosse, qui se trouva, du fait même de cette chute, être une fosse aux lions. des gens armés surgirent, dressèrent une cage où le lion, furieux mais complaisant, se précipita… il était prisonnier.

Durant des semaines et des mois, il fut traîné en cage par les villes, où on le montrait comme une curiosité. Et à mesure que le voyage se poursuivait, les gardiens redoublaient de mauvais traitements envers l’animal : on le laissa jeûner des jours entiers, on le piquait avec des barres de fer rouge, on le ferraillait sans relâche, on lui avait rogné les griffes par surcroît de cruauté.

Enfin, on arriva en Italie, et les belluaires de l’empereur prirent la livraison du lion. On l’enferma dans une cave obscure, où il resta sans boire ni manger, au secret. Et la pauvre bête pensait : « Quelle cruauté nouvelle me préparent-ils ? » Abruti de souffrance, de fatigue, de soif et de faim, il considéra l’univers en sage qui a touché le fond de l’amertume.

Un jour, quand on jugea qu’il était à point, on vint lui ouvrir sa cage, et, à coups de trident, on le pria de sortir par un couloir grillé. Il gagna ainsi une porte ouverte sur la clarté d’un amphithéâtre flambant au grand soleil de juillet. Sur le seuil le lion s’arrêta, et ce qu’il vit l’aurait fait reculer d’horreur, si l’on n’avait pris la précaution de fermer la grille derrière lui.

Au milieu de l’amphithéâtre, une bandes d’êtres hâves, déguenillés, terribles, accroupis dans des attitudes menaçantes, ou levant le poing dans un geste de défi. Le lion, épouvanté, s’écria : « Chien de sort !… Ils m’ont livré aux chrétiens ! »

Et, résigné désormais, il se coucha et attendit la mort.

Pierre Veber. « Almanach illustré du Petit Parisien. »  Paris, 1924.

Gourmets

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fromage

Le fromage est une des gloires de la production française. On connaît le fameux sonnet de Saint-Amand sur le Brie. M. E. de Pomiane raffine encore (c’est bien le mot) et assure que, seuls, les pays ultra-civilisés, les nations qui ont eu une renaissance artistique, possèdent une gamme de fromages.

La France a ses Camenbert, ses Brie, ses Roquefort, l’Italie ses Gorgonzola, ses Parmesan, ses Caciocavallo. Et les fromages suisses, anglais, allemands ne peuvent égaler leur gloire… Il est assez curieux de constater la désaffectation actuelle des tables bourgeoises pour le fromage. C’est une erreur psychologique et hygiénique, tout fromage étant une colonie de bacilles digestifs.

Le fromage pourrait se plaindre de l’ingratitude humaine,  d’autant que Brillat-Savarin d’ordinaire si généreux lui décocha cet aphorisme célèbre, assez étrange comme sens et comme signification :

« Un repas sans fromage est une jolie femme qui n’a qu’un œil ».

Malgré sa passion pour le Livarot, on peut se demander quel rapport existe entre le regard divin d’une Aspasie et un conglomérat de ferments lactiques…

« La Femme de France. »  Paris, 1927.

L’ami

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napoléon-marengo

Napoléon racontait qu’à la suite d’une de ses grandes affaires d’Italie il traversa le champ de bataille dont on n’avait pas encore enlevé les morts :

C’était par un beau clair de lune et dans la solitude profonde de la nuit, disait l’Empereur. Tout à coup, un chien, sortant de dessous les vêtements d’un cadavre, s’élança sur nous et retourna presque aussitôt à son gîte, en poussant des cris douloureux. Il léchait tour à tour le visage de son maître et se lançait de nouveau sur nous. C’était tout à la fois demander du secours et rechercher la vengeance.

Soit disposition du moment, continua l’Empereur, soit le lien, l’heure, le temps, l’acte en lui-même, ou je ne sais quoi, toujours est-il vrai que jamais rien sur aucun de mes champs de bataille ne me causa une impression pareille. Je m’arrêtai involontairement à contempler ce spectacle.

Cet homme, me disais-je, a peut-être dans le camp des amis, ou bien dans sa compagnie, et il gît ici, abandonné de tous, excepté de son chien ! Quelle leçon la nature nous donnait par l’intermédiaire d’un animal…

Jacques Tallandier. Paris, 1935.
Illustration : Lejeune.

Chapeaux de paille d’Italie

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Germaine-Bouret

Savez-vous qu’à Florence, il existe une ligue pour la Défense… du chapeau de paille ?… La fabrication des chapeaux de paille est une importante industrie italienne, et l’on conçoit que les fabricants cherchent à la protéger. Mais quelle singulière maladie que celle de l’Association !

Des syndicats, des comités, des sociétés, des amicales, des ligues, des groupements… on ne voit que ça. On dirait que les citoyens ne se trouvent pas assez embêtés par les lois et le percepteur et cherchent à se soumettre à des statuts divers. C’est peut-être aussi parce qu’ils ont de cette manière plus de chances de devenir Présidents de quelque chose. Ça les flatte. On les appelle « Monsieur le Président », absolument comme Monsieur Poincaré, Monsieur Herriot ou Monsieur Doumer.

Alors, on pourrait peut-être inventer de nouvelles Ligues : une Ligue pour la Défense des fonds de culotte, à l’usage des potaches et des fonctionnaires; une Ligue pour la protection des Bas de Soie, une Ligue pour la Défense du chapeau de gendarme, etc. etc.

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1926.
Illustration :  Germaine Bouret.

La télépathie chez les animaux ?

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cheval-boulonnais

Un journal turinois publia dernièrement l’information suivante, que le général Ch. Spingardi a bien voulu nous signaler :

Le commandant d’infanterie Hector Zonca, qui comptait dans notre ville un grand nombre d’amis et de connaissances, est tombé valeureusement à la tête de ses soldats au cours de la prise de Gorizia.

La nouvelle n’est parvenue à Turin qu’il y a quelques jours, et a causé un profond regret parmi les collègues de l’officier défunt et les soldats qui furent sous sa dépendance. Mais le cas suivant est l’objet d’un intérêt tout particulier.

Le commandant Zonca, en partant pour la guerre, laissa au quartier, à Turin, son cheval, auquel il était très affectionné. Or, dans les jours de la prise de Gorizia, le cheval, jusqu’alors plein de vivacité, changea soudainement d’humeur et sembla s’affaisser. Le fait souleva la curiosité des soldats du quartier, qui se mirent à observer l’étrange abattement du quadrupède.

Ce cas fit plus de bruit encore lorsqu’on’apprit la mort du commandant; et c’est un continuel va-et-vient de militaires qui vont observer dans l’écurie l’animal qui n’a pas abandonné son attitude abattue, comme s’il était conscient de la fin de son maître.

« Annales des sciences psychiques. » Paris, 1916.
Illustration : dessin cheval boulonnais.

Mauvais public

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charlie-chaplin

Charlie Chaplin se fait tenir scrupuleusement au courant des succès et des critiques que remporte son film : « Les lumières de la ville » dans les divers pays du monde.

On lui apprit une dernière semaine que l’accueil du public italien lui était défavorable. En effet, à Rome, son imprésario a été dans l’obligation de baisser de moitié le prix du spectacle; à Milan et à Gênes, « City Lights« , au bout de huit jours, a été retiré de l’affiche.

 Charles Spencer Chaplin n’en a pas paru surpris :

Peut-être, riront-ils davantage, a-t-il murmuré, quand ils verront « Charlot dictateur »

« Chantecler. »  Hanoï, 1932.