Jack l’Eventreur

Curieuse révélation à propos de Jack l’Eventreur

En passant Publié le Mis à jour le

jack_the_ripperLes dix-sept meurtres commis par « Jack l’Eventreur » à Londres se placent entre 1890 et 1895. Ils provoquèrent une véritable terreur dans la population féminine du quartier populaire de Whitechapel. On ignorait jusqu’à maintenant l’identité du meurtrier et les circonstance qui mirent fin à cette série de crimes. Les révélations ci-après constituent un des cas les plus remarquables du pouvoir de la clairvoyance.

Le 10 janvier 1931 mourait à Leicester, Robert James Lees, l’écrivain spirite bien connu, et célèbre clairvoyant. Un de ses amis, se conformant aux instructions données, fit alors connaître un document secret qui lui avait été remis par M. Lees pour être publié après sa mort, relatant comment fut traqué et finalement interné Jack l’Eventreur. En date des 8 et 9 Mars, paraissait dans le Daily Express (1) un récit passionnant tiré de ce document.

Le Daily Express, au début de son article, rappelle que la Reine Victoria avait été très intéressée par les pouvoirs psychiques de M. Lees, qu’elle le reçut à plusieurs reprises au palais de Buckingham, et qu’il fut pensionné pendant longtemps sur la Cassette Royale.

A l’époque ou se produisirent les trois premiers meurtres de « l’Eventreur », dit le Daily Express, M.Lees avait atteint l’apogée de ses pouvoirs clairvoyants. Un jour, tandis qu’il écrivait dans son bureau, il eut soudain la certitude que l’Eventreur allait commettre un autre attentat.

« Il lui sembla voir deux personnes, un homme et une femme, marchant au long d’une rue sordide; les suivant par la pensée, il les vit prendre une étroite ruelle. Il regarda, et lut le nom de cette ruelle. Tout près de là, était un cabaret brillamment éclairé. Regardant à travers les vitres, il nota que l’horloge marquait minuit 40, heure de  fermeture des cafés.

« Tandis qu’il regardait (d’une façon clairvoyante), il vit l’homme et la femme gagner un coin sombre de la ruelle. La femme était à moitié ivre, l’homme ne paraissait pas avoir bu. Cet homme était vêtu d’un costume de tweed écossais de couleur sombre, et portait un léger pardessus sur le bras. Ses yeux bleu clair brillaient à la lueur du réverbère qui éclairait faiblement le coin sombre où ils s’étaient réfugiés. »

L’homme mit une main sur la bouche de la femme pour étouffer ses cris, tira un couteau de la poche intérieure de son vêtement, et lui trancha la gorge. Le sang éclaboussa le devant de sa chemise. Il fit alors, d’une manière tout à fait scientifique plusieurs incisions sur le corps, essuya tranquillement son couteau, le remit dans sa gaine, enfila son pardessus, le boutonna comme pour cacher le devant de sa chemise, puis s’éloigna paisiblement du lieu du crime.

M. Lees fut si fortement impressionné par cette vision prophétique d’un meurtre prochain qu »il se rendit sur le champ à Scotland Yard, et fit aux détectives le récit de ce qu’il avait vu. Ceux-ci pensèrent qu’il ne jouissait pas de toutes ses facultés, mais pour ne pas le contrarier, le commissaire de service prit note de l’endroit où, selon M. Lees, le crime devait être commis. Pour faire bonne mesure il inscrivit également l’heure à laquelle l’Eventreur et sa victime devaient arriver dans la ruelle : minuit 40.

« La nuit suivante, à minuit et demie, une femme entra dans le bar voisin de la ruelle en question. Elle était complètement ivre, et le patron du bar refusa de la servir. Elle quitta le bar, jurant et proférant des paroles grossières. On la vit arriver dans le passage vers minuit 40 en compagnie d’un homme vêtu d’un costume sombre et portant un léger pardessus sur le bras; le témoin pensa que l’homme était américain, car il avait un feutre souple; il était tout à fait comme il faut ».

Telle était la déposition faite le lendemain devant le juge d’instruction. Le corps de la femme avait été trouvé à la place exacte indiquée par M. Lees, « la gorge tranchée d’une oreille à l’autre, indécemment et atrocement mutilée », selon les termes du rapport du médecin légiste.

M. Lees lui-même fut bouleversé à un point qu’on ne saurait dire lorsqu’il apprit le meurtre par les journaux. Se faisant accompagner d’un domestique de confiance, il se rendit sur les lieux du crime. Nous rapportons ses propres paroles :

« J’éprouvai la même impression que si j’avais été un complice. Cela me fit un tel effet, que mes nerfs furent profondément ébranlés; je ne pouvais plus dormir, et je dus, sur les conseils du médecin, aller passer quelques temps en Europe avec ma famille ».

Pendant l’absence de M. Lees, quatre nouveaux crimes s’ajoutèrent à la liste de ceux qui avaient été commis par l’Eventreur.

Revenu à Londres, M. Lees se trouvait un jour avec sa femme dans l’omnibus venant de Shepherd’s Bush; la voiture s’arrêta en haut de Notting Hill, et un homme monta. M. Lees remarqua qu’il était de taille moyenne, portait un complet sombre de tweed écossais, un léger pardessus, et un feutre souple. Se penchant vers sa femme, il lui dit d’un ton convaincu :

— C’est Jack l’Eventreur.

Sa femme se mit à rire et se moqua de lui, mais il reprit :

— Je ne me trompe pas ! 

L’omnibus traversa Edgware Road et tourna dans Oxford Street à Marble Arch. L’homme descendit et M. Lees le suivit; il se dirigea vers Park Lane. A moitié chemin, M. Lees rencontra un gardien de la paix; montrant du doigt l’homme au léger pardessus, il dit au policier : « C’est Jack l’Eventreur », et lui demanda de l’arrêter. L’agent se mit à rire et menaça M. Lees de l’emmener au poste.

« L’Eventreur », comme s’il devinait le danger, sauta dans une voiture qui le conduisit vivement dans la direction de Piccadilly.

Quelques instants plus tard, M. Lees rencontra un brigadier et lui fit part de ses soupçons. « Montrez-moi le gardien de la paix qui refusa de l’arrêter », s’écria le brigadier. Pas plus tard que ce matin, nous avons reçu à Bond Street (2) la nouvelle que l’Eventreur devait venir dans cette direction ».

La même nuit, M. Lees eut avis d’un autre crime. La vision du meurtre n’était pas aussi distincte; le visage de la victime se détachait cependant nettement; l’une des oreilles était entièrement détachée de la tête, l’autre n’était retenue que par un simple lambeau de chair.

Dès qu’il fut sorti de son état de transe, M. Lees se précipita à Scotland Yard, où l’on se montra fort incrédule jusqu’à ce qu’il eut relaté que les oreilles étaient détachées de la tête. L’inspecteur en chef tira alors une carte postale de son bureau, et la posa devant le visiteur. Elle portait ces lignes :

« Demain soir je prendrai de nouveau ma revanche demandant ma neuvième victime à une catégorie de femmes qui me sont devenues particulièrement odieuses. 

Jack L’Eventreur.

« P.S. Pour prouver que je suis réellement Jack l’Eventreur, je couperai les oreilles de cette neuvième victime. »

L’inspecteur, qui était un homme religieux, regarda comme un avertissement du ciel cette concordance entre la carte postale et la vision de M. Lees. Il prit aussitôt les mesures les plus énergiques pour empêcher la mise à exécution de cette menace outrageante. Le lendemain, à la tombée de la nuit, 3000 policiers en civil et 1500 détectives habillés comme des mécaniciens et des dockers furent envoyés pour surveiller le quartier de Whitechapel « L’Eventreur » réussit à passer, égorgea sa victime et s’échappa. La femme assassinée avait une oreille complètement détachée de la tête, et l’autre n’était retenue que par un simple lambeau de chair.

M. Lees eut les nerfs si fortement ébranlés par ce nouveau crime qu’il dut encore se rendre en Europe pour se rétablir. Tandis qu’il était absent, « l’Eventreur » continuant la série de ses crimes, exécuta son seizième assassinat, et froidement informa Scotland Yard qu’à son vingtième meurtre il s’arrêterait.

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Le Daily Express eut le privilège de révéler que « Jack l’Eventreur » était un Docteur Jekyll et Mr. Hyde, médecin estimé dans la journée, créature démoniaque la nuit venue

Voici maintenant la partie la plus dramatique du récit. M. Lees revint peu de temps après à Londres. Il dînait un soir avec deux Américains de ses amis au Criterion; se tournant tout à coup de leur côté, il s’écria :

— Grand Dieu, « Jack l’Eventreur » a commis un autre crime ! 

L’un deux, M. Roland B. Shaw, regarda sa montre, elle marquait 7 heures 49. A 8 heures 10, un agent découvrait le corps d’une femme à Crown Court, dans Whitechapel; la gorge était tranchée d’une oreille à l’autre et le corps présentait toutes les caractéristiques de la manière de « l’Eventreur ».

M. Lees et ses compagnons se rendirent immédiatement à Scotland Yard, et tandis que M. Lees faisait le récit de ce qui s’était passé, une dépêche arriva, donnant les premières informations sur le crime. L’inspecteur, deux brigadiers en civil, M. Lees et les deux Américains se firent conduire en toute hâte à Crown Court; en arrivant, M. Lees s’écria tout à coup :

— Regardez à l’angle du mur, il y a quelque chose d’écrit ! 

L’inspecteur frotta une allumette, et quand elle s’enflamma, ils lurent ces mots, écrits à la craie sur le mur : « Dix-septième, Jack l’Eventreur » !

Le diabolique meurtrier, une fois encore, avait disparu sans laisser de trace.

La meilleure police du monde se voyait jouer depuis plusieurs années; c’est en vain qu’on avait fait appel aux plus habiles détectives de France, de Hollande, d’Espagne, d’Italie et d’Amérique, promis une prime de 3.750.000 francs et une pension de 187.000 francs par an, à quiconque ferait arrêter l’Eventreur.

L’inspecteur crut voir en M. Lees l’instrument de la Providence, et fit appel à ses merveilleux pouvoirs pour découvrir la retraite du meurtrier. M. Lees y consentit, et s’étant livré aux influences médiumnistiques parcourut à toute allure les rues de Londres suivi à quelques pas en arrière par l’inspecteur et les policiers.

Enfin, vers quatre heures du matin, la figure pâle et les yeux injectés de sang, le limier humain s’arrêta devant les grilles d’un hôtel particulier du West End; haletant, les lèvres tuméfiées et gercées, il désigna du doigt une fenêtre au premier étage faiblement éclairée.

Le meurtrier est là, l’homme que vous cherchez.

C’est impossible, répliqua l’inspecteur. C’est la maison d’un des plus célèbres médecins de Londres.

Il ajouta cependant :

— Si vous me donnez la description du hall de la maison, je l’arrêterai, au risque de perdre la situation que j’ai acquise par vingt ans de fidèles services.

M. Lees dit :

— Il y a une haute chaise de chêne sombre, à droite de l’entrée, une fenêtre ornée de vitraux au fond, et un énorme dogue dort en ce moment au pied de l’escalier.

Ils attendirent jusqu’à sept heures pour entrer dans la maison. La femme de chambre qui les reçut leur dit que le docteur était encore couché. Ils demandèrent à voir sa femme, et pendant qu’on allait la prévenir, ils remarquèrent que le hall était exactement comme l’avait décrit M. Lees, sauf qu’il n’y avait pas de chien. La femme de chambre, en revenant, leur dit que le chien couchait habituellement au bas de l’escalier, mais que chaque matin elle l’envoyait dans le jardin.

La femme du docteur reconnut, au cours d’une demie heure d’un interrogatoire serré, qu’elle soupçonnait son mari de ne pas toujours être sain d’esprit; à plusieurs reprises il l’avait menacée, ainsi que ses enfants, et elle avait du s’enfermer avec eux. Elle avait remarqué avec terreur que son mari était absent chaque fois qu’un crime avait été commis à Whitechapel.

En une heure, l’inspecteur s’était assuré le concours de deux des plus fameux experts des maladies mentales. Devant l’accusation, le docteur avoua qu’il avait eu l’esprit dérangé pendant quelques années, et qu’il y avait des heures de sa vie qui échappaient complètement à son souvenir. Quand on lui apprit qu’il avait sans doute, au cours de ces heures, commis les crimes de Whitechapel, il fut terrifié et désespéré. Il dit aux médecins, qu’à une ou deux reprises, il s’était retrouvé assis dans sa chambre, comme s’il s’éveillait soudain d’une longue inconscience, et qu’il avait un jour remarqué que le devant de sa chemise était taché de sang, ce qu’il avait attribué à un saignement de nez. Une autre fois, sa figure était toute égratignée.

On perquisitionna avec soin dans sa demeure, et l’on découvrit de nombreuses preuves de la culpabilité du docteur; le costume de tweed d’Ecosse, le feutre souple et le léger pardessus décrits par le clairvoyant furent retrouvés.

Quand il lui fut impossible de douter de ses crimes, le docteur supplia qu’on le tua tout de suite, car « il ne pouvait pas vivre en compagnie d’un meurtrier ».

Le docteur fut aussitôt transféré à l’asile privé d’Islington; il devint le fou le plus dangereux de tout l’établissement.

Une commission spéciale de médecins aliénistes fit une étude approfondie, et conclut que suivant son état d’esprit, le docteur était un savant distingué, ou un monstre inhumain et sans pitié.

Pour sauver les apparences, on simula sa mort; un cercueil vide, qui est supposé renfermer la dépouille mortelle d’un grand médecin de Londres, mort prématurément, et regretté par tous, repose maintenant dans le caveau de famille d’un cimetière londonien.

Les gardiens de l’asile d’Islington ignoraient que ce fou furieux, qui se ruait d’un mur à l’autre de sa cellule matelassée, et rendait si terrifiante la longue nuit de garde par ses sinistres hurlements, était le fameux « Jack l’Eventreur ». Gardiens et inspecteurs ne le connaissait que comme le « Numéro 124 ».

Le Daily Express eut le privilège de révéler que « Jack l’Eventreur » était un Docteur Jekyll et Mr. Hyde, médecin estimé dans la journée, créature démoniaque la nuit venue. Il n’aurait jamais été découvert, telle était son habileté diabolique, et la police n’en serait jamais venue à bout si Robert James Lees n’était intervenu avec ses extraordinaires pouvoirs clairvoyants. Pour les Spirites, c’est un des aspects les plus intéressants de ce terrible mystère qui resta jusqu’à maintenant une énigme insoluble. Les sceptiques ne peuvent plus répéter que les dons psychiques n’ont aucune utilité, puisqu’en la circonstance, ils purent seuls mettre un terme à l’incessante menace de crimes qui pesa pendant plusieurs années sur les quartiers populaires de Londres.

(1) Le Daily Express, organe du « Labour Party » en Angleterre.
(2) Dans Bond Street se trouve le Quartier Général de la Police Municipale
de Londres.

Traduit avec l’autorisation de « The International Psychic Gazette » (Londres) numéro d’Avril 1931.

« L’Astrosophie. Revue d’astrologie ésotérique et exotérique. » Carthage & Nice, 21 juin 1931.

Jack l’embrasseur

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oeil-espion.Si les Anglais ont leur Jack l’éventreur, les Américains avaient depuis quelques temps leur Jack l’embrasseur.

Tout bien pesé, celui-ci est moins macabre que celui-là, mais n’empêche qu’il était la terreur des jeunes femmes et des jeunes filles d’Astoria, de Long Island City et des environs, et que, comme son homonyme l’éventreur, il avait su jusqu’à présent déjouer toutes les recherches, pourtant très actives, dont il était l’objet de la part de la police. 

Or, Jack l’embrasseur, nous dit le Courrier des Etats-Unis, vient d’être appréhendé.

L’embrasseur a été pris en flagrant délit, de sorte qu’il ne lui a pas été possible de nier son identité. Miss Bell Ryan, une jeune et jolie fille de dix-neuf ans, institutrice dans une des écoles publiques de Long Island City, traversait un terrain vague de Nott avenue, vers huit heures et demie du matin, pour se rendre plus vite à l’école, lorsque Jack, qui l’attendait probablement au passage, lui a sauté au cou et l’a embrassée à bouche que veux-tu, avant même qu’elle ait pu pousser un cri ou se rendre compte de ce qui lui arrivait. 

Mais le capitaine de police Kavanagh, dont la maison est située tout près des terrains vagues et dont la fille avait été elle-même récemment victime d’une mésaventure du même genre, ayant aperçu de chez lui Jack embrassant miss Ryan, s’est élancé à sa poursuite et n’a pas tardé à l’arrêter. 

Traduit peu après devant un juge de police, le prisonnier a déclaré se nommer Rudolph Wolf, et être âgé de dix-neuf ans. Il a prétendu ne pas savoir à quel propos il avait embrassé miss Ryan, disant qu’il avait obéi à « une impulsion spontanée, inexplicable et irrésistible » … mais il n’en a pas moins été condamné à six mois de prison, sans plus de formalités. 

Ce Jack l’embrasseur était assez bien mis et se disait peintre en bâtiments de son métier; mais « il avait plutôt l’air, ajoute la feuille américaine, d’un de ces jeunes gens dont la  santé et la raison sont compromises par l’abus effréné des cigarettes« . 

Recommandé à la société contre l’abus du tabac.

« L’Impartial. » Bône, 1891.

Les hommes-loups

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hurlements-joe-danteOn va nommer incessamment quelques lieutenants de louveterie. Il ne faudrait pas en conclure que le nombre des loups a grandi dans ces dernières années. Bien au contraire, ces animaux sont devenus très rares en France, alors qu’autrefois ils y étaient un objet de terreur pour les campagnards, en raison de leur audace et de leur férocité. L’Orléanais, le Poitou, le Berry, la Normandie avec ses vastes forêts, l’Artois, l’Anjou, presque toutes nos vieilles provinces avaient à compter avec les loups, terribles pour les bêtes domestiques, et ne craignant pas de s’attaquer aux enfants, aux femmes, et même aux hommes, lorsqu’ils étaient trop pressés par la faim.

Il faut voir dans cette frayeur générale que causaient les loups, la source de mille légendes singulières, de contes épouvantables, sombres histoires, qu’on racontait au coin du feu dans tous les villages, et particulièrement de cette croyance au loup-garou,  acceptée comme exacte depuis les temps les plus reculés, mentionnée par Virgile, Pline et Strabon, plus tard par saint Jérôme et saint Augustin, et confirmée d’une manière solennelle dans l’assemblée de théologiens consultée à cet effet par l’empereur Sigismond.

Inutile de dire que le moyen âge accepta le loup-garou avec empressement et lui donna une place fort honorable à côté du diable, des sorcières, des revenants, des fantômes et des vampires. Cette conviction était si forte qu’elle survécut à ces temps de naïve crédulité. Je ne voudrais pas assurer qu’elle existe encore aujourd’hui dans quelques hameaux isolés, mais il est certain qu’au moment de la Révolution elle possédait toute sa force. On assassina la châtelaine de la Lande-de-Lougé, dans l’Orne, en 1796, parce qu’on la croyait sorcière et meneuse de loups.

J’ai dit, tout à l’heure, que la croyance au loup-garou remontait à la plus haute antiquité. Hérodote nous en fournit la preuve « II parait, dit-il, que les Neures sont des enchanteurs s’il faut en croire les Scythes et les Grecs établis en Scythie, chaque Neure se change une fois par an en loup, pour quelques jours, et reprend ensuite sa première forme. » En effet, le loup-garou n’est point un loup, c’est un être humain qui, pour un temps plus ou moins long, a pris l’apparence d’un animal.

Les vieilles chroniques d’Auvergne rapportent qu’un chasseur de ce pays, s’en allant à la recherche du gibier, fut appelé par un gentilhomme, comme il passait devant la demeure de ce dernier, lequel lui demanda de lui montrer au retour ce qu’il aurait tué. Le chasseur promit. Un peu plus loin, il vit venir de son côté un loup de forte taille, le tira et le manqua. Attaqué par la bête féroce, il saisit son couteau de chasse et lui trancha la patte droite. Le loup, alors, prit la fuite en hurlant. Le soir, cet homme raconta son aventure au gentilhomme, et celui-ci voulut voir la patte coupée. Au grand effroi des deux amis, il se trouva que cette patte s’était changée en une main de femme, portant au doigt un anneau que le seigneur reconnut pour appartenir à son épouse. Il se rendit aussitôt auprès de cette dernière, l’obligea à dégager son bras droit, qu’elle tenait caché, et vit qu’elle avait, en effet, la main coupée. Livrée à la justice, cette femme loup-garou  fut brûlée vive.

Ici, nous sommes dans le fantastique, mais nous revenons à la réalité avec l’histoire du malheureux Jules Garnier, condamné à mort comme lycanthrope, en 1591, par un arrêt du Parlement de Dôle, arrêt qui figure dans les Archives curieuses de l’Histoire de France.

Ce Garnier se croyait changé en bête féroce. C’était un fou. Au vignoble de Chastenay, à un quart de lieue de Dôle, il étrangla une fillette de douze ans et la déchira avec ses dents. Un mois plus tard, il recommença, mais l’arrivée de trois cultivateurs l’empêcha de dévorer sa victime. Quinze jours après, au vignoble de Gredisans, il mit en lambeaux le corps d’un jeune garçon, et, proche le village de Porouse, il allait en faire autant du cadavre d’un petit berger, lorsque des gens survinrent, qui l’arrêtèrent.

En présence des déclarations formelles d’aliénés de cette espèce, comment être surpris de la croyance universelle au loup-garou? C’est pourquoi Claude Prieur, en 1596, Beauvoys de Chauvincourt, en 1599, et Nynaud, en 1615, écrivirent tour à tour sur la Lycanthropie ou transformations d’hommes en loups, vulgairement dits loups-garous. De son côté, l’Angevin Le Loyer et Bodin, hauteur de la Démonologie, firent une large place à ces êtres fantastiques dans leurs absurdes ouvrages, produits d’une imagination délirante. Les gens instruits reconnaissaient, d’ailleurs, que les lycanthropes étaient des malades, qu’il fallait traiter comme tels. Dans son Traité de la guérison des maladies, l’ancien auteur Donat de Hautemer l’explique avec la simplicité pleine de saveur de sa curieuse époque

« Il y a, dit-il, des lycanthropes en lesquels l’humeur melancholique domine tellement qu’ils pensent véritablement estre transmuez en loups; ceste maladie est une espece de melancholie, mais estrangement noire et vehemente, car ceux qui en sont atteints sortent de leurs maisons au mois de fevrier, contrefont les loups presques en toute chose, et toute nuict ne font que courir par les cœmetieres et autour des sepulchres tellement qu’on descouvre incontinent en eux une merveilleuse altération de cerveau.« 

Donc, pour les savants de jadis, le loup-garou n’existe pas. C’est un misérable insensé qu’il faudrait enfermer. Tel ce villageois qui, se croyant loup, en 1541, blessa ou tua plusieurs de ses voisins. A la fin, on le maîtrisa, et comme on lui disait qu’il n’avait point l’apparence d’un animal, il expliqua que les loups-garous étaient velus entre cuir et chair, au contraire des vrais loups.  Les autres, tranquillement, se mirent à l’écorcher pour s’en assurer, « puis, conoissant leur faute, et l’innocence de ce melancholique, le commirent aux chirurgiens pour le penser, entre les mains desquels il mourut quelques jours après« .

Le mois de février était celui des lycanthropes. A cette époque de l’année, toujours au moyen âge, la maladie devenait quelquefois épidémique. C’est, du moins, la conclusion qu’il faut tirer de certains récits, consignés de bonne foi par des écrivains sincères, et en particulier de l’étrange cas de folie collective qui se produisait en Livonie, où les gens des villages se rassemblaient, à un mystérieux appel, et, se croyant tous changés en loups,  parcouraient les campagnes en hurlant, jusqu’au moment où ils tombaient épuisés sur la terre.

Ailleurs, le loup-garou sautait sur les épaules de l’homme isolé, et le forçait à prendre sa course à travers les champs. Au Salon de 1857, Maurice Sand exposa une scène de ce genre, un paysan surpris dans un large chemin de pâture par l’animal fantastique, et, fou de terreur, s’élançant devant lui avec des gestes éperdus. Cette oeuvre, pleine de force, et où règne un sentiment de mystère, provoque chez les plus sceptiques une impression de malaise, et fait comprendre à quel point la croyance au loup-garou devait démoraliser les habitants des campagnes.

Nous n’en sommes plus là, heureusement. Avec les véritables loups, le loup-garou s’en est allé et ne reviendra pas. Cependant, les lycanthropes n’ont point cessé d’exister. De temps à autre, un de ces sinistres fous se montre parmi nous. C’est Jack l’Eventreur, à Londres, Joseph Vacher, en France, épouvantables bêtes féroces qui, dans les siècles de jadis, eussent été rangés parmi les démoniaques.

Jean Frollo. « Le Petit Parisien : journal quotidien du soir. » 1911.

L’Amérique a aussi ses sadiques

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A Bridgefort dans le Connecticut les jeunes filles et les jeunes femmes n’osent plus se risquer dans les transports en commun, ni même dans les églises. Un personnage dont l’on sait seulement qu’il est très brun et de petite taille s’amuse à y jouer le rôle de Jack l’éventreur.

Il n’éventre que les vêtements, mais continue avec son canif à taillader les chairs qu’il a ainsi libérées et nombre de jeunes personnes de Bridgefort, endommagées par le couteau du sadique ne peuvent plus s’asseoir sans souffrances. On a surnommé l’individu cruellement maniaque le « fantôme assassin », bien qu’il n’ait encore à proprement parler tué personne jusqu’ici.

Mais ce fantôme donne de sa présence de terribles preuves palpables… si l’on ose dire !

« Comoedia. »  Paris, 1928.
Illustration : capture You Tube.