jalousie

Cordiale rivalité

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On a beaucoup exagéré la rivalité entre Michel-Ange et Raphaël, comme le démontre entre autres l’anecdote rapportée par Cinelli à propos des fresques de la Pace.

Raphaël d’Urbin avait peint pour Agostino Chigi à Santa Maria della Pace quelques prophètes et quelques sibylles sur lesquels il avait reçu un à-compte de 500 écus. Un jour il réclama du caissier d’Agostino le complément de la somme à laquelle il estimait son travail. Le caissier, s’étonnant de cette demande et pensant que la somme déjà payée était suffisante, ne répondit point.

Faites estimer le travail par un expert, dit Raphaël, et vous verrez combien ma réclamation est modérée. 

Giulio Borghesi (c’était le nom du caissier) songea tout de suite à Michel-Ange pour cette expertise, et le pria de se rendre à l’église et d’estimer les figures de Raphaël. Peut-être supposait-il que l’amour-propre, la rivalité, la jalousie, porteraient le Florentin à amoindrir le prix de ces peintures. Michel-Ange alla donc, accompagné du caissier, à Santa Maria della Pace, et, comme il contemplait la fresque sans mot dire. Borghesi l’interpella.  

Cette tête, répondit Michel-Ange, en indiquant du doigt une des sibylles, cette tête vaut cent écus !

Et les autres ? demanda le caissier.

Les autres valent autant.

Cette scène avait eu des témoins qui la rapportèrent à Chigi. Il se fit raconter tout en détail, et, commandant d’ajouter aux 500 écus pour cinq têtes 100 écus pour chacune des autres, il dit à son caissier :

Va remettre cela à Raphaël en paiement de ses têtes, et comporte-toi galamment avec lui, afin qu’il soit satisfait, car s’il voulait encore me faire payer les draperies, nous serions probablement ruinés.

« Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël. » Charles Clément, Paris, 1861.

Jalousie (suite)

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Edvard Munch, 1895.
Edvard Munch, 1895.

Un Allemand était jaloux de l’eau dont sa maîtresse se lavait les mains. Un autre ne voulait pas que celle qu’il aimait eût dans sa chambre un tableau représentant la figure d’un homme. Un jaloux chez Plaute convient avec sa maîtresse qu’elle n’invoquera point de dieu dans ses prières, mais seulement des déesses.

C’est par jalousie que des chrétiens de Syrie ont établi cet usage, que les femmes se confesseraient les unes aux autres. Acosta écrit que cette confession de sexe à sexe se pratiquait dans les anciens temps au Pérou, et que le roi ne se confessait qu’au soleil. Un Espagnol, dont on ne dit point le nom, n’était pas si délicat que ces jaloux dont on vient de parler; car il était si peu jaloux de sa femme, et en même temps si bon homme, que quand il lui écrivait, il souscrivait ainsi ces lettres:

« Je suis le moindre de vos maris. »

L’abbé Bordelon, Diversités curieuses.

Jalousie

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Pacha

Il arriva une aventure assez plaisante à certain peintre européen voyageant dans les Indes, qui pourra prouver jusqu’à quel point les Orientaux poussent la jalousie. Un gouverneur de Surate avait une femme charmante, pour laquelle il négligeait toutes les beautés renfermées dans son sérail.

Ayant entendu dire qu’il y avait dans la ville un étranger qui savait parfaitement bien peindre, et rendait au naturel la ressemblance de tous les objets, il résolut de saisir cette occasion pour se procurer le portrait de celle dont il était si passionné, se flattant que cette image adoucirait ses chagrins lorsqu’il serait forcé de s’éloigner de sa bien-aimée. Il manda le peintre, qui se rendit avec empressement à ses ordres, et auquel il fit part de son dessein, en lui promettant une récompense digne du service qu’il en attendait.

L’artiste répondit qu’il s’estimerait trop heureux et trop bien payé, s’il avait le bonheur que son ouvrage fût tel qu’on le désirait.

Travaillez donc, reprit le gouverneur, travaillez avec toute la diligence possible; et quand vous aurez achevé le portrait, apportez-le-moi sans perdre un seul instant.

Vous n’avez, reprit l’artiste, qu’à faire venir la personne dont vous souhaitez le portrait.

Eh quoi ! interrompit brusquement le seigneur indien, vous avez prétendu que je vous fasse voir ma femme ?

Comment voulez-vous donc que je puisse peindre une personne que je n’ai jamais vue ?

Retire-toi promptement, s’écria le gouverneur indien hors de lui. Si je ne puis avoir le portrait de ma femme qu’en l’offrant à tes yeux, j’aime mieux renoncer pour toujours au plaisir que je m’étais promis.

Le peintre ne put parvenir à faire entendre raison au jaloux indien, et faillit même perdre la vie.

Panckoucke.