Japon

Moyen de grandir

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Un des derniers numéros de la Gazette du Japon contient le décret suivant : 

« Les jeunes habitants du pays sont invités à s’appliquer dans l’art de grandir. Ceux qui, parvenus à l’âge de vingt ans, n’auront pas atteint le terme de croissance convenable, recevront la bastonnade jusqu’à ce qu’ils grandissent. » 

Ce singulier décret nous remet en mémoire une anecdote qui peut lui servir de pendant. On faisait remarquer à une dame que ses enfants avaient l’air triste et malheureux.  

— C’est bien vrai, répondit-elle avec un gros soupir, je les fouette toute la journée pour leur faire perdre cet air-là, et je ne puis y parvenir. 

Gazette parisienne, 1833.
Spaarnestad Photo/Het Leven.

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Le chi-fou-mi

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chifoumi

Ce jeu a l’avantage d’entraîner sans fatigue l’esprit des enfants à penser très vite. Il tire son nom des trois mots Chi, Fou, Mi qui, en japonais, signifient : un, deux, trois. Le jeu se joue en 20, 50 ou 100 points. Des enfants se réunissent deux par deux. Voici les règles du jeu : 

Le poing fermé signifie la pierre, l’index et le majeur ouverts veulent dire ciseaux, et la main entièrement ouverte : papier. Les ciseaux gagnent le papier, puisqu’ils peuvent le couper. Le papier gagne la pierre, puisqu’il peut l’envelopper. La pierre gagne les ciseaux, puisqu’elle ne peut être coupée par eux. 

Supposons que Jacques et Lili jouent ensemble au Chi-Fou-Mi. Jacques s’écrie : Chi-Fou-Mi ! autrement, dit : un, deux, trois. 

Au même instant, il ouvre au hasard la main toute grande : c’est le papier, et Lili ouvre deux doigts. Qui a gagné ? C’est Lili. Pourquoi ? Parce que les ciseaux coupent le papier. Mais, la seconde fois, c’est Jacques qui ouvre deux doigts. Lili a fermé le poing. A-t-il gagné ? Pas le moins du monde, car les ciseaux ne peuvent couper la pierre. 

Avec un peu d’habitude, on arrive à jouer très vite. On peut organiser un concours entre les groupes. Quel est celui qui aura gagné le premier cinquante points ? Ce jeu, au fond, est beaucoup plus spirituel qu’on ne penserait de prime abord et nous avons vu souvent de grandes personnes s’en divertir. Essayez donc. Si vous ne vous amusez pas autant que vous l’espériez, vous aurez au moins appris à compter en japonais jusqu’à trois, et cela peut toujours servir.

Choix chinois

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guangxu

On décapite ferme en Chine !

Plusieurs officiers de marine convaincus d’avoir « lâché le pont » devant les Japonais sont condamnés à des peines variées, telles que empoisonnement, suicide, strangulation, décapitation, dont le choix leur est généreusement laissé.

Comme il n’est question que de leur mort, là dedans, le choix importe peu. Néanmoins il paraît que c’est la décapitation qui est le plus  « recherché » des modes proposés. Il parait de plus que toutes les condamnations capitales doivent être sanctionnées par l’Empereur, qui, avant de les examiner, jeûne pendant trois jours.

A en juger par la situation, il est à peu près probable que le malheureux Fils du Ciel ne pourra pas manger avant l’année prochaine.

« Le Journal amusant. »  Paris, 1894.

Les Aïnos

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 ainos

Sa Majesté impériale nippone n’a pas uniquement pour sujets les petits hommes jaunes qui viennent d’infliger aus Russes de si sanglantes défaites. Le nord du Japon et la partie septentrionale de Sakhaline sont habités par les Aïnos, qui diffèrent totalement des Japonais, dont ils semblent avoir été les prédécesseurs dans ce pays.

Bien que l’on ait écrit beaucoup de choses sur les Aïnos, le grand public connaît généralement assez mal ce peuple, qui, d’ailleurs, est en voie de disparition, et tout ce que l’on sait d’eux, le plus souvent, c’est qu’ils ont un système pileux extrêmement développé, et qu’ils sont plus qu’à demi-sauvages.

Le docteur Michaut, de Yokohama, dans un intéressant mémoire adressé à la Société d’Anthropologie, fait tout d’abord remarquer que, si les Aïnos se distinguent au premier abord par cette particularité d’être couverts de longs poils sur tout le corps, cette pilosité accentuée ne leur est pas absolument spéciale, bien qu’elle soit rare parmi les « races humaines ». Dall, par exemple a fait connaître la tribu des Ekogmuts, vivant dans l’extrême nord-ouest du continent américain, et dont le corps serait entièrement velu. Il en est de même des Kubus qui habitent l’intérieur de Sumatra et de Bornéo, ainsi que des Todas, étudiés aus Indes par Quatrefages, et des Monboutous, dont Stanley, qui les a rencontrés au centre de l’Afrique, décrit l’aspect simien et le corps entièrement couvert de poils frisés, Exceptionnellement aussi, on trouve dans la « race blanche » des hommes vêtus, et le docteur Félix Regnault signale, entre autres, qu’il a observé à Paris un homme qui, non seulement avait les oreilles et tes joues couvertes de poils, mais était encore forcé de se raser le nez, ainsi que deux femmes portant de larges placards de poils longs et bruns à la partie inférieure des omoplates et à la base des dernières côtes.

La surabondance du système pileux qui caractérise les Aïnos est expliquée par les Japonais d’une façon tout au moins originale. Ils prétendent qu’autrefois vivait chez eux un certain prince Kamouï, qui avait pris l’habitude de faire partager son lit à ses filles aussitôt qu’elles atteignaient l’âge adulte. L’une d’entre elles, pourtant, qui était parée (?) d’une épaisse forêt de poils, lui déplut si fort qu’il l’exila de ses Etats. La princesse se réfugia dans une barque, qui, poussée par le vent, prit le large. Elle emmenait avec elle un gros chien, à l’aspect terrifiant, et qui, couvert de poils longs et raides, ressemblait à un ours. Il est probable que la princesse ne manquait pas de tempérament, car elle écouta les aboiements galants de son compagnon, et quand, après de longs mois, la barque aborda dans une île sauvage, elle mit au monde un fils et une fille velus comme des bêtes, qui furent les ancêtres des Aïnos.

Les anthropologistes, gens peu enclins à croire aux légendes, estiment, par contre, qu’il faut surtout se souvenir que les enfants venus avant terme sont, le plus souvent, couverts de poils et qu’il est possible d’admettre une persistance de la pilosité chez quelques sujets, lesquels ont pu fixer par mariage cet accident pour en faire un caractère de « race ».

Les Aïnos se marient toujours entre parents. Cette insouciance de la consanguinité ne se retrouve que chez des peuples « sauvages », comme les Andamanites, les Vedahs, certains Polynésiens, etc. Les unions avec les Japonais sont extrêmement rares, et, contrairement à l’opinion de Quatrefages, il est exceptionnel de trouver des métis de ces deux « races ».

Sur le chapitre de la pudeur, les femmes aïnos sont d’un rigorisme absolu. Elles rendraient des points aus Européennes les plus farouches, et font tout le possible pour dissimuler leur corps à tous les regards. C est au point même que, lorsqu’elles ont à allaiter leurs enfants, elles ne manquent jamais de couvrir leur sein d’un épais morceau d’étoffe. C’est là un fait qui les différencie nettement des Japonaises, qui, elles, n’éprouvent aucun embarras à sortir la poitrine nue et à se baigner en commun avec les hommes. Du reste, le mot pudeur n’a pas d’équivalent dans la langue nippone.

Les Aïnos sont surtout un peuple de pêcheurs et de chasseurs, et, chez eux, l’agriculture n’est que médiocrement en honneur. Ils se nourrissent des animaux et des poissons qu’ils capturent, de fruits sauvages, de racines qu’ils font bouillir ou cuire sous la cendre. Leurs repas ne se font jamais à des heures réglées, mais chacun mange quand il en éprouve le besoin et quand il en trouve l’occasion. D’après le docteur Regnault, ils sont, de plus géofages, à l’exemple de certains « sauvages » de l’Amérique du Sud, et mangent une sorte de terre blanche et graisseuse à laquelle ils font subir, au préalable, une assez longue macération.

Les idées religieuses ont beaucoup de force chez eux. Ils implorent la divinité pour lui demander la guérison des maladies qui frappent leurs proches, et toute leur médecine consiste en des prières et en des incantations. Quand une femme accouche, elle se rend au bord de la mer, immédiatement après sa délivrance, et y lave longuement son enfant. C’est à cela que se bornent les soins post partum; aussi la mortalité infantile est effroyable.

Ces quelques détails montrent que les Aïnos sont demeurés dans un état vraiment sauvage. C’est un peuple qui n’a pas eu d’histoire, mais qui, pour cela, n’en a pas été plus heureux. Repoussés par les Japonais d’une part, par les Russes et les pêcheurs américains de l’autre, ils voient d’année en année leur nombre décroître, et le consul allemand d’Hakodaté estimait dernièrement à 20 000 au plus le nombre actuel des hommes velus de Sakhaline.

Francis Marre. « Revue du traditionnisme français et étranger. » Paris, 1906.

Anecdote japonaise

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Dans un jardin se trouvait un oranger qui donnait habituellement des fruits d’une grosseur inusitée. Une année, deux de ses fruits atteignirent des proportions vraiment extraordinaires, et, à titre de curiosité, on les laissa sur l’arbre très longtemps.

Un jour, cependant, le propriétaire de l’arbre se décida à couper les oranges. Lorsqu’il les ouvrit, il en sortit deux vieillards qui se dirigèrent vers une table de go qui se trouvait là, par hasard, et entamèrent une partie.

Après avoir joué un certain temps, un des sages tira de sa robe une racine qui avait la forme sommaire d’un dragon et en donna un morceau à manger à toutes les personnes qui se trouvaient dans le jardin. Puis, ayant demandé de l’eau, il en but un peu et, avec le reste, aspergea le sol d’où surgit un dragon, sur le dos duquel les vieillards s’envolèrent vers le ciel.

« Ko-ji Hô-ten : dictionnaire à l’usage des amateurs et collectionneurs d’objets d’art japonais et chinois. »  Victor-Frédéric Weber, Paris, 1923

Avantages nippons

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Voici le chef-d’œuvre de la réclame. C’est un prospectus publié récemment par un libraire japonais de Tokyo.

Avantages de notre maison.

1°: Prix aussi bas que dans les loteries.
2°: Livres aussi élégants que des jeunes filles chanteuses de concert.
3°: Impression aussi claire que le cristal.
4°: Papier aussi épais qu’une peau d’éléphant.
5°: Clients traités aussi poliment que dans les compagnies de bateaux à vapeur, quand il y a concurrence.
6°: Abondance d’articles aussi grande que dans une bibliothèque.
7°: Envois expédiés aussi vite qu’un boulet de canon.
8°: Paquets arrangés aussi délicatement et soigneusement que ceux que fait une jeune femme pour son mari qu’elle adore.
9°: Tous les défauts, tels que la paresse et la dissipation, seront guéris chez les jeunes gens qui voudront faire de fréquentes visites à notre maison, et ces jeunes gens deviendront des hommes de valeur.
10°: Et nous offrons encore d’autres avantages en trop grand nombre pour que la langue puisse tous les exprimer.

« La Revue politique et littéraire. » Germer Baillière, Paris, 1892.

 

Les étrennes : une coutume qui date de loin

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Il est une heure de la matinée qui, à elle seule, est souvent plus agréable, en hiver surtout, que les vingt-trois autres. C’est l’heure qui suit le réveil. Heureux ceux qui peuvent de temps en temps dérober cette heure à leur travail, et plus heureux ceux qui, tous les jours, dans un bon dodo, ont le doux plaisir de savourer ce moment où l’esprit, frais et dispos, parcourt les régions merveilleuses enfantées par l’imagination.

Malheureusement, à cette époque de l’année, il est bien difficile de jouir en paix de cette heure délicieuse.

Pan ! pan ! pan !
— Qui est là ?
— Le facteur.

A la pensée qu’une lettre chargée arrive peut-être, on se précipite, on ouvre.

  Bonjour, m’sieu.
— Bonjour, mon ami.
— Le facteur vous la souhaite bonne et heureuse, m’sieu, et vient chercher ses étrennes.

Après le facteur ; le charbonnier ; après le charbonnier, un autre, etc., etc.

Pendant vingt-cinq jours, à partir du 15 décembre, tous les matins, on nous la souhaite bonne et heureuse. Ce qui ne nous empêche pas, notez bien, de passer le plus souvent une mauvaise année. Et je ne compte pas les souhaits que nous adressent dans la journée les garçons coiffeurs en vous plaçant devant la légendaire petite corbeille, où les pièces d’argent sont artistement disposées ; pas plus que ceux des garçons de café qui ont un talent particulier pour nous faire payer fort cher de mauvais cigares enrubannés.

Les étrennes sont tellement entrées dans nos moeurs que tous les gens susceptibles d’en recevoir les considèrent aujourd’hui comme une chose due. L’usage des étrennes a toujours existé, et son origine, se perd dans la nuit des temps, Il n’en est pas de même du mot, qui nous vient des Romains. Cette coutume fut introduite à Rome, paraît-il, sous le règne de Tatius Sabinus, qui reçut le premier la verveine du bois sacré de la déesse Strenia, en signe de bon augure de la nouvelle année. Du nom de strenia, on fit strena, qui veut dire étrenne.

A cette époque, on se contentait d’offrir des rameaux cueillis dans le bois sacré ; mais on ne tarda pas à donner des figues, des dattes et du miel, comme pour souhaiter qu’il n’arrivât rien que de doux dans le reste de l’année. Plus tard on. en vint à offrir des médailles et monnaies d’argent, car on s’était aperçu de la naïveté de ceux qui croyaient que le miel était plus doux que l’argent.Sous les empereurs, le peuple, qui n’était pas malin, venait pendant sept ou huit jours souhaiter la bonne année à son maître, et chacun apportait un présent qui servait au tyran, soit à acheter des idoles d’or, soit à payer des courtisanes.

L’empereur Tibère, trouvant qu’il fallait faire trop de dépenses pour prouver au peuple sa reconnaissance par d’autres libéralités, défendit les étrennes passé le premier jour de l’année. Son successeur, Caligula, qui était d’une ladrerie peu commune, en rétablit l’usage, mais se contenta de recevoir sans rien donner en échange, ce qu’on trouvera d’un bon goût douteux.

La mode des étrennes a été conservée dans tous les pays et sous tous les régimes. Cependant, en 1793, un édit eut la prétention de la supprimer en France. Inutile de dire que l’édit tomba dans l’eau.

Cette mode est si bien établie qu’il faut avoir une bonne, dose d’avarice ou d’énergie pour encourir les sarcasmes que les désappointés font   pleuvoir sur ceux qui ne donnent rien. Exemple, le quatrain suivant qui eut sa célébrité :

Ci-gît, dessous ce marbre blanc,
Le plus avare homme de Rennes ;
S’il est mort la veille de l’an,
C’est pour ne pas donner d’étrennes.

Le fameux cardinal Dubois, qui était très avare, comme on sait, voulant une fois se soustraire à la règle, répondit, à son maître d’hôtel qui lui demandait ses étrennes :

« Je vous donne tout ce que vous m’avez volé dans le courant de l’année. »

On ne trouverait pas beaucoup de serviteurs aujourd’hui capables de se contenter de ce raisonnement.

En Chine, comme en Europe, les étrennes sont en honneur. En Angleterre, on s’y prépare dès la Noël (christmas), en mangeant des quantités incommensurables de boudins. Au Japon, les choses se passent d’une façon assez drôle. Voici ce que dit M. Aimé Humbert à ce sujet :

« L’épouse a déposé sur les nattes du salon les étrennes qu’elle offre à son mari. Aussitôt qu’il se présente, elle se prosterne à trois reprises, puis, se relevant à demi, elle lui adresse son compliment, le corps penché en avant et appuyé sur les poignets et sur les paumes de ses mains, dont les doigts restent allongés dans la direction des genoux. La pose n’est pas des plus gracieuses, mais ainsi le veut la civilité japonaise. L’époux, de son côté, s’accroupit en face de sa compagne, les mains pendantes sur les genoux jusqu’à toucher le sol du bout de ses doigts, inclinant légèrement la tête, comme pour prêter d’autant mieux l’oreille. Il témoigne de temps en temps son approbation par quelques sons gutturaux entrecoupés d’un long soupir ou d’un sifflement étouffé. Madame ayant fini, à son tour, il prend la parole et, de part et d’autre, on échange solennellement les cadeaux. »

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1887.