Jean-Baptiste Camille Corot

Le chef-d’œuvre imprévu

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corotLes œuvres les plus belles ne sont le plus souvent dues qu’à un heureux hasard de circonstances. Leurs auteurs cherchèrent à exprimer ce qu’ils sentaient dans l’enthousiasme de leur génie et y réussirent.

Le hasard fit naître parfois de la façon la plus imprévue des œuvres parfaites. Témoin, ce chapeau qui fut mis en vente il y a quelques année chez un marchand de tableaux et dont le fond était orné d’une exquise peinture de Corot. Voici comment le maître fut amené à illustrer ainsi l’humble couvre-chef.

C’était un juin 1874, à Ville-d’Avray, Jean-Baptiste Camille Corot peignait un paysage et à ses côtés était assis un acteur de ses amis qui avait posé son chapeau sur le sol. Corot laissa, par mégarde, tomber un de ses pinceaux qui fit une tache sur le satin dont était doublé le feutre. La tache était bizarre, de forme imprévue : le peintre eut alors l’idée de l’arranger. C’est ainsi qu’il décora le chapeau de l’acteur qui en fut enchanté.

Mais où l’histoire devient encore plus plaisante, c’est que cet acteur, Cléophas, devint dans la suite marchand de tableaux. Et voilà aussi comment naît parfois une vocation !

« Agence républicaine d’informations. » Paris, 17 juillet 1917.

Autre dimension

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Etranger à toutes coteries, à toutes conventions, ne considérant que le grand côté des choses, le peintre Corot n’est jamais descendu jusqu’à s’occuper de ce qu’on appelle en France la politique.

Jean-Baptiste Camille Corot laissait dédaigneusement aux imbéciles le soin de trancher ces questions, qui ne se dénouent ici que dans les ruisseaux et sur des pavés de barricades où se font tuer les plus bêtes. C’est ainsi qu’en 1848, après qu’on s’était fusillé pendant trois jours, il descendit de son atelier et dit simplement à son concierge :

« Ah ça, il paraît que l’on n’est pas content ! »

Ce à quoi le concierge lui fit une réponse qu’il n’écouta pas, car au bout de cinq minutes il était remonté chez lui et assis devant son chevalet.

« Le Figaro. »Paris, 1875.

Une histoire de terme

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Corot, le peintre fameux, était copropriétaire, avec sa soeur, d’une maison située faubourg Poissonnière. Un jour, un de ses locataires (un tailleur)  vient le trouver : il ne pouvait pas payer son terme.

Que voulez-vous que je fasse pour vous ? demanda Corot. Je ne peux pas intercéder auprès de ma sœur, cela ne servirait à rien, je suis si mal vu de ma famille !

En effet, si extraordinaire que cela puisse paraître, le grand homme passait auprès des siens, pour « celui qui n a pas réussi ».

Tenez, ajouta le père Corot, voici de  l’argent, quatre cents francs. Mais, surtout, n’en dites rien ; Je me ferais agoniser de sottises.

L’indiscret tailleur, sous un prétexte ou un autre, prit l’habitude de revenir, chaque avant-veille du terme, toucher ses quatre quatre cents francs.

Et Corot avait ce mot exquis :

J’ai l’air d’être généreux, mais, en somme, j’y gagne, puisque sur ces quatre cents francs il m’en revient la moitié.

« Touche à tout : magazine des magazines. »  Arthème Fayard, Paris, 1909.
Illustration : Centre.France. Larep.fr