Jean-Philippe Rameau

L’architecte

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Le célèbre musicien Jean-Philippe Rameau faisait répéter, par l’orchestre de l’Académie royale de musique, son premier opéra, Hippolyte et Aricie.

Soudain, à un passage enharmonique qui se trouvait dans le trio des Parques, les exécutants s’arrêtèrent net, reculant devant une difficulté toute nouvelle pour eux. 

— Ayez la bonté de faire recommencer, dit Rameau au chef d’orchestre. 
— Monsieur, cela est inexécutable, répondit celui-ci. 
— Peut-être à première vue, dit le compositeur, mais essayons. 

La seconde épreuve n’ayant guère été plus heureuse que la première, les musiciens murmurèrent quand on les pria de recommencer. Finalement, le chef d’orchestre, jetant de dépit son bâton de mesure sur le théâtre, entre les jambes de Rameau, déclara qu’il ne se chargeait pas de faire exécuter une pareille musique. Rameau, qui avait conservé un grand calme, faisant rouler du bout du pied le bâton jusqu’à la portée du musicien, lui dit avec dignité : 

— Apprenez, monsieur, que vous n’êtes ici que le maçon, et que moi je suis l’architecte. Je vous ordonne de recommencer. 

Cette fermeté en imposa aux récalcitrants, qui se remirent à l’oeuvre, et triomphèrent cette fois des difficultés que présentait le passage que chacun avait déclaré inexécutable. 

Photo d’illustration extraite de « Jean-Philippe Rameau, l’incompris magnifique. » Olivier Simonnet, 2014.

Oreille musicale

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L’illustre compositeur Jean-Philippe Rameau  (« l’Euclide-Orphée », ainsi que l’a baptisé Voltaire), déambule, et marche de long en large dans son salon.

Le compositeur de tragédies lyriques et d’opéras-ballets ressasse à l’évidence quelque échafaudage harmonique. 

Rameau, tel un somnambule, tout à ses mesures et altérations musicales, piétine malencontreusement la patte du carlin de son épouse. Le pauvre animal, en guise de protestation, ne peut que laisser échapper un hurlement de douleur. Le musicien de s’écrier :

« Ah misérable ! tu chantes faux !« 

Sur ces mots il empoigne le quadrupède et le propulse par la fenêtre….

Quelle oreille fine et délicate ! Quelle aversion de la fausseté des sons !