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Les Visteapiera

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On interdit le vin, la viande, les légumes crus ou ceux qui sont trop cuits, les sucreries parce qu’elles échauffent, les farineux parce qu’ils engraissent…

norwins

Je ne puis écouter un médecin ni entendre un ami expliquer son régime, sans penser à ce médecin que la malice d’un duc avait attaché à la personne de Sancho devenu gouverneur d’île, d’île en terre ferme, et que Cervantès a nommé plaisamment le docteur Visteapiera; en français Va-t’en de là. Chaque fois que le malheureux écuyer s’assied à sa table, le médecin apparaît, armé d’une gaule magistrale et discute les mets qui peuvent être nuisibles à la santé du pauvre diable. Après avoir successivement fait passer sous le nez de l’affamé un salmis de perdreaux, des lapins fricassés, du veau, de l’olla-podrida nationale, il lui conseille gravement à la fin un cent de fines oublies ou trois ou quatre lèches (pâtes) de coing.

Il y a beaucoup de Visteapiera de par le monde et ce ne sont pas les doctes membres de la Faculté qui sont les plus sévères pour ordonner des régimes; ce sont les malades, les malades imaginaires, qui se les imposent eux-mêmes. J’en ai vu se priver, sans ordonnance du médecin et de gaieté de cœur, des mets ou des boissons qu’ils préfèrent, simplement parce qu’ils ont lu un livre de médecine, une réclame de pharmacie, ou écouté une conversation où tel ou tel traitement était prôné. Et, ce qui est fort amusant, c’est que ce sont souvent les mêmes qui rougiraient à l’idée de faire maigre le vendredi ou une vigile de fête et haussent les épaules quand on parle du jeûne religieux.

« Revue hebdomadaire. »  Paris, 1906.
Illustration : Norwins.

L’âge avancé

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femme

Blanche Vogt raconte dans l’Intransigeant le curieux procès que voici :

Un monsieur vient de mourir en laissant toute sa fortune à sa cuisinière, sous la réserve d’une condition. Ce patron a stipulé sur son testament que pour jouir de ses biens, quand il mourrait, Julie devait être dans un âge avancé.

Un neveu intéressé, comme il s’en trouve quelquefois, attaque le testament sous le prétexte que Julie n’ayant que 49 ans à la mort de son maître, cet âge ne constitue pas un « avancement » suffisant pour justifier la nécessité d’hériter.

La question est portée devant un tribunal de province. Les juges seront sans doute bien embarrassés pour la trancher. Une femme de quarante-neuf ans est-elle une femme d’un âge avancé ? Julie, la cuisinière, l’assure d’une voix forte. Et c’est peut-être la première femme qui mette tant de franchise et si peu de coquetterie à cet aveu.

Le neveu, en galant chevalier, va partout clamant qu’à 49 ans une femme est à la fleur de l’âge, voire même qu’elle participe encore de l’adolescence. On dit que cette rare délicatesse semble suspecte à certains experts en toge.

Comment se comporteront les magistrats français ? Peut-être laisseront-ils la question indécise, de sorte que les femmes de 49 ans conserveront le bénéfice du doute.

« La Revue limousine. »  Limoges, 1927.