Joseph Caillaux

Le crâne indicateur

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joseph-caillauxNe cherchez pas plus longtemps : c’est celui de M. Caillaux. Car chacun sait que Joseph Caillaux n’a pas de cheveux ou prou. Et on n’ignore pas davantage que sa suave calvitie est sujette à des changements de couleurs impressionnants. 

Tous les sentiments de M. Caillaux se reflètent sur son crâne : c’est mal dire qu’ils se reflètent : avouons plutôt que les sentiments reflètent des colorations du crâne. Les journalistes de la Chambre sont bien fixés là-dessus. Quelques minutes avant que M. Caillaux intervienne dans un débat, le sang lui vient à l’occiput. 

M. Caillaux sera-t-il aimable ? Son crâne devient rose tendre, cuisse de nymphe. Joseph Caillaux sera-t-il acerbe, colérique ? Son crâne devient rouge vif, sang de bœuf; dans les grandes occasions, il tirera sur le violet. Point de plus sûr informateur des intentions de M. Caillaux n’existe que son crâne.

Et ses ennemis prétendent qu’à cause de ce crâne éminent, M. Caillaux ne sera jamais un bon diplomate car, quelques instants auparavant, on peut télégraphier aux extrémités du monde quel est le sens d’une intervention de M. Caillaux.

« La Renaissance : politique, littéraire et artistique. » Paris, 1914.

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L’assiette

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A la bibliothèque du Sénat, pendant une suspension de séance qui a pour but de permettre à un texte amendé par les hôtes du Luxembourg de retourner au Palais-Bourbon, plusieurs honorables de tous partis bavardent ensemble.

« On a raison, dit l’un d’eux, de blaguer dans la presse nos façons de parler. Ainsi cette « assiette de l’impôt » qui revient à chaque instant dans nos discussions, qu’est-ce que c’est ? L’assiette au beurre, oui, nous la connaissons ! Mais l’assiette de l’impôt, où est-elle ? Qui est-ce qui l’a vue ! Ça n’existe pas. »

Soudain M. Joseph Caillaux, toujours pressé, et dont les récentes interventions ont impressionné ses collègues, traverse la bibliothèque, entend le propos et s’arrête.

« Erreur ! s’écrie-t-il. Non seulement l’impôt a une « assiette », mais si elle n’était pas entourée d’autant de pique-assiettes, elle serait peut-être moins souvent vide. »

« Lectures pour tous. » Hachette, Paris, 1937.