Joséphine Baker

Le bon temps

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josephine bakerTout n’est pas rose dans la vie des vedettes. Joséphine Baker, qui prépare sa rentrée dans une grande revue, est soumise à un entraînement auquel celui d’un boxeur avant un grand match est jeu d’enfant. 

En l’espèce, l’entraîneur de Joséphine est son mari : un Italien qui ressemble en  beaucoup mieux à Adolphe Menjou. Cet époux est sévère, il a condamné sa femme à un régime strict : nourriture limitée (il faut être mince), exercices quotidiens (il faut être souple), repos, vie à la campagne, bon air (Joséphine habite le Vésinet), coucher de bonne heure, etc. 

Qui nous révélera l’état d’âme de Joséphine devant cette existence austère ? Ses  biographes (il y en eut beaucoup) ne l’ont pas connue à ses débuts, quand elle habitait près de la Place Pigalle, un petit appartement composé de deux pièces et d’une cuisine avec quatre ou cinq de ses camarades de la Revue Nègre. En évoquant cette époque, où elle ne s’habillait pas chez les grands couturiers, Joséphine ne soupire-t-elle pas comme tant d’autres : 

C’était le bon temps !

« Marianne. » Paris, 1932.

Reine des colonies

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M. Sabatier, député de Paris, croyait avoir accouché d’une idée lumineuse en plaçant sur le front de Joséphine Baker la couronne de papier doré de Reine des Colonies françaises.

Voilà, disait-il autour de lui, qui ne peut manquer de faire une réclame inouïe à l’Exposition coloniale ! Le maréchal Lyautey va être content. Et Diagne sera ravi ! 

Las ! Hélas ! Le maréchal refusa d’accorder son patronage à ce qu’il appela une « mascarade ». Quant à M. Diagne il écrivit à M. Sabatier pour lui faire connaître qu’il ne se prêterait pas à une « chienlit ». Au surplus, il s’étonna que le député de Paris ignorât à ce point la géographie pour s’imaginer que les Etats-Unis, pays d’où Joséphine Baker est originaire, fussent une colonie française. 

M. Sabatier, fort ennuyé, a ajourné sa cavalcade au 12 avril, c’est-à-dire après Pâques. Ce ne sera plus la Mi-Carême. Ce sera Carême et demi…

« Cyrano. »  Paris, 1931.

Snobisme

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jeanette-macdonald.

Une des principales vertus du snobisme est l’émulation qu’il prodigue à toutes les personnes qui veulent conquérir une place qu’elles n’ont pas. Montmartre, qui, tout de même après un dîner au Café de Paris, est le cabaret où se croisent les étoiles de la rampe, de l’écran et des salons, a été, la semaine passée, le théâtre d’un demi-scandale.

Chaque table était occupée par des figures connues, Gloria Swanson, Lucienne Boyer, Joséphine Baker, Jeanette Mac Donald que saluèrent d’affectueuses ovations. Le public insista pour que Joséphine Baker exécutât un tour de chant… gratuit. Souriante, celle-ci ne se fit pas prier. Son succès fut énorme et, pour la remercier, des dames lui offrirent un gros bouquet de violettes, que la vedette du Casino de Paris partagea spontanément entre les danseuses du French Cancan. N’est-ce pas là le geste d une véritable étoile et mieux encore celui d’une femme de cœur ?

josephine-baker

Par contre Jeanette Mac Donald qu’on réclama longtemps à son tour, demeura rigide dans sa dignité d’altesse de cinéma, et ne répondit ni par un salut ni même par un sourire, à tel point qu’un « hou » réprobateur succéda bientôt aux cris de « Jeanette ».

La petite Américaine n’a pas encore la manière.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. »  Paris, 1933.

Un chien sentimental

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Maurice Gleize, le sympathique réalisateur de La Madone des Sleepings  fut récemment contraint, pour les besoins du film, d’acheter un lévrier afin de tourner certaines scènes de son film. Ce chien était fort beau, Joséphine Baker, qui tournait dans le studio situé au-dessous de celui dans lequel travaillait Maurice Gleize, l’apprit.

Elle se précipita aussitôt vers l’ascenseur unissant les deux théâtres, monta au grand studio où se trouvait Maurice Gleize.

— Ce chien est-il à vendre, lui demanda-t-elle ?
— Non, madame.
— Je paierai le prix que vous voudrez mais cédez-le moi.

Et sur ses insistances, M. Gleize accéda à sa demande. Le lévrier devait encore tourner une scène. Mlle Baker accepta, mais à condition que l’on mit du collyre dans les yeux de « son » chien.

La scène que l’on tourna était très dramatique, et le lévrier pleurait… grâce aux projecteurs et au collyre ! 

« Comoedia. »  Paris, 1927.