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Le marchand de jouets mécaniques

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camelotC’est un camelot, me direz-vous, mais il y a camelot et camelot, comme il y a fagot et fagot. Où commence le camelot ? où finit-il ? Ce n’est  pas bien déterminé. Celui-ci, en tout cas, est un camelot plutôt chic. On peut dire qu’il appartient à l’aristocratie du camelotage

Il se promène lentement sur le boulevard. Il est assez bien vêtu. Derrière le dos, il porte une sorte de sac en toile qui fut verte mais que le vent, la pluie et le soleil ont faite grise,  et qui lui sert de magasin. A la main il tient une ficelle qui n’a l’air de rien et qui cependant joue pour lui un rôle considérable. 

Regardez-le. Il juge l’endroit favorable. Il prend dans son magasin quelque chose qu’on ne distingue pas bien. Il passe sa ficelle dans une ouverture, l’enroule en quelques tours rapidement donnés. Puis il se baisse, d’un mouvement rapide, tenant d’une main le jouet qu’il pose par terre, et de l’autre tirant vivement la ficelle. 

Et voilà, sur le trottoir, courant en une course folle, un petit soldat de fer blanc criardement coloré, remuant les jambes tant qu’il peut, secouant les bras… 

Cependant l’homme se baisse de nouveau, et voici un petit lapin, battant éperdument de la grosse caisse, qui se met à la poursuite du soldat. Puis, c’est une brouette que pousse un bonhomme, un papillon énorme battant des ailes, une petite voiture attelée d’un cheval… que sais-je encore ?… Tout cela marche, court… Les roues tournent, les membres remuent en gestes saccadés,dépêchés… Tout cela décrit sur le trottoir des arabesques bizarres, des ronds autour d’une piste imaginaire. Et les piétons qui se hâtent, s’arrêtent et se détournent, pour ne pas bousculer et écraser ces jouets fragiles et encombrants… 

Le marchand surveille tous ses sujets. A mesure que l’un d’eux s’arrête, il le remonte et le remet en mouvement. Les enfants s’extasient, ouvrent des yeux ravis devant ces jolies choses, ces personnages, ces bêtes qui marchent toutes seules. Ils s’émerveillent devant de pareils prodiges. 

Parfois quelque passant inattentif, quelque vieux monsieur qui s’en va plongé dans son journal, trébuche sur le lapin à grosse caisse, ou sur le pioupiou minuscule, qui est plus ou moins endommagé. Le marchand se précipite au secours, ramasse le blessé sans rien dire. Rien ou presque rien, car en somme il a si peu le droit d’embarrasser le trottoir et de lancer ses petites machines dans les jambes des piétons !

J’ai vu une fois un chien qui voulait absolument jouer avec un de ces bibelots mécaniques. Le marchand eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre que ce n’était pas pour lui. 

Tous ces jouets sont frais, pimpants, luisent au soleil de toutes leurs couleurs éclatantes. Ils doivent exiger pas mal de travail des ouvriers qui les fabriquent. Et pourtant ils sont si bon marché… Pour quatre sous on a quelque chose de très bien, vous savez !… Et si vous y mettez cinquante centimes… Oh alors ce sont des articles de luxe… vous avez tout ce qui se fait de mieux… 

Et avec chaque jouet on vous donne la ficelle nécessaire pour la mise en marche, la ficelle motrice. 

C’est surtout aux environs du nouvel an que l’on voit le marchand de jouets mécaniques sur les boulevards. En temps ordinaire sa clientèle est peu nombreuse, toutefois à l’époque des vacances il trouve de nombreux acheteurs parmi les élèves des écoles. Plus d’un parmi ceux-ci se réjouit à l’idée de la surprise qu’il causera à ses camarades en leur montrant, au jour de la rentrée, le nouveau jouet dont il a fait emplette en passant sur le boulevard.

« Le Petit Français. » Paris, 1898.

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Statistique des jouets d’enfants

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A Paris, il se fait, par an, pour 1,208,950 fr. de poupées, et les jouets militaires, fusils, sabres, canons, tambours, ne représentent qu’une somme de 757,764 fr.

Ce qui prouve qu’il en coûte plus cher pour amuser les petites filles que les petits garçons; ou que les petites filles jouent encore à la poupée quand elles cessent d’être petites filles; ou bien encore qu’il reste plus de poupées sur le champ de bataille que de canons, de sabres et de fusils, après une campagne sous le soleil de la Petite-Provence. Il est vrai que le petit garçon se rattrape sur les bilboquets, les toupies et les quilles, et qu’il ne s’en fabrique pas pour moins de 50 ou 40,000 fr. par an. En 1848, le tambour fut en hausse; il s’en vendit pour 54,700 fr. C’était une époque tapageuse, mais il ne fallut qu’un coup de baguette pour crever tous ces tambours-là.

Aujourd’hui, à quel jeu jouent nos enfants ? Le Moniteur, après avoir passé en revue tous les jeux qui furent successivement à la mode, depuis la sarbacane et le bilboquet des mignons de Henri III, sans oublier les pantins de 1747, l’émigrette du Directoire, le diable de 1812, arrive à l’époque des pistolets pneumatiques, dont il fallut fabriquer une telle quantité, que le zinc en renchérit tout à coup; puis aux toupies de cuivre, puis aux parachutes en papier et en mousseline qui comptèrent pour 300,000 fr dans les recettes des fabricants de jouets d’enfants.

Aujourd’hui, ajoute M. Edouard Fournier qui nous fait cette amusante énumération, ces chances de vogue sont moins grandes pour les jouets, et quand elles arrivent, elles ne peuvent plus s’étendre sur une aussi grande échelle. Les gens du monde, beaucoup trop affairés, ne se mettent plus de la partie, comme en ce bon temps d’oisiveté qui vit fleurir la mode des bilboquets et des pantins. On laisse le hochet aux enfants.

M. E. Fournier voit les choses de la bimbeloterie bien en noir. Qu’il se rassure, les pantins et les bilboquets n’ont pas cessé d’être à la mode, et les toupies creuses qui tournoient en bourdonnant se heurtant de tous côtés et tout à coup meurent et se taisent, n’ont pas encore dit leur dernier mot.

« Encyclopédie populaire : journal de tout le monde… »  Sous la direction de M. l’abbé Mullois  Paris, 1856.
Dessin
:Firmin Bouisset.

Jouets ridicules et dangereux

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jeu-enfantsVous avez tous croisé de très jeunes gens et même de tout petits bonshommes qui, brusquement, braquent un browning-joujou dans votre direction, et font mine de vous trucider pour leur plus grande joie.

Cette manie tend à se généraliser, et l’on se demande, non sans inquiétude, comment ces enfants, habitués de bonne heure à ces jeux imbéciles, se comporteront plus tard. Aussi, avons-nous lu avec un certain plaisir le fait divers suivant:

Un adolescent, croyant faire une excellente farce, menaça, l’autre soir, un passant avec son revolver-postiche. Le passant, nullement intimidé et ne voyant pas là une plaisanterie, saisit son pseudo-agresseur par les épaules et vous l’envoya proprement dans le canal Saint-Martin. Il l’en tira, d’ailleurs, quelques instants plus tard. Mais vous pouvez être persuadés que le jeune garçon ne recommencera pas de si tôt.

Et serait-il impossible, en attendant, d’interdire la vente de ces jouets ridicules, plus dangereux qu’ils n’en ont l’air ?

Les Annales politiques et littéraires.  Adolphe Brisson, Paris, 1927.