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Rotrou le prudent

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jean-de-rotrouJean de Rotrou, auteur tragique (1609-1650), était joueur, et il avait un expédient singulier pour s’empêcher de dilapider tout son argent en une seule fois.

Quand les comédiens lui apportaient un présent pour le remercier d’une de ses pièces, il jetait ordinairement les pistoles ou les louis sur un tas de fagots qu’il tenait enfermés, et quand il avait besoin d’argent il était obligé de secouer ces fagots pour en faire tomber quelques pièces ; ce qui l’empêchait de récupérer tout son argent d’un coup, et ainsi lui faisait laisser toujours quelque chose en réserve.

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Grand seigneur

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Un grand seigneur, joueur de profession, faisait à Paris un peu trop de dépense. Il devait de tous côtés, et son intendant et son maître d’hôtel ne savaient plus comment y fournir. Ils surent un soir par ses valets qu’il venait de gagner une grosse somme. Ils coururent ensemble à son appartement. Ils le trouvèrent ouvrant son coffre-fort pour y mettre son argent en sûreté.

Monseigneur, lui dit l’intendant, voilà qui nous vient bien à propos; car nous ne savions plus de quel côté nous tourner.

Je vais vous l’apprendre, répondit le seigneur. Tournez-vous du côté de la porte. Il n’y a rien à faire ici pour vous autres.

Ma foi, monseigneur, dit le maître d’hôtel, je ne savais plus comment aller demain au marché.

Ma foi, monsieur le maître , dit le seigneur, c’est un chemin que vous savez par coeur, et que vous faites avec trop de plaisir, pour l’oublier. Tenez, mes enfants, leur dit-il, finissons. 

Il met la main dans sa poche, et il leur donne une pistole. 

Voilà pour boire à ma santé. Pour l’argent du jeu, n’en parlons pas. C’est chose sacrée. Si j’en ôtais seulement dix pistoles, j’en perdrais deux mille demain. Voudriez-vous me porter malheur ? 

« Dictionnaire encyclopédique d’anecdotes modernes. »  Edmond Guérard, Paris, 1872.

Fétichisme

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Edvard Munch
Edvard Munch

Les joueurs sont fétichistes. Ils ont une effroyable tendance à interpréter, en vue de leur passion du lucre ou du jeu, tous les éléments de la réalité et … des rêves. A ce sujet les anecdotes sont innombrables. En voici une qui ne manque pas de saveur.

Un certain colonel américain du nom de Booker, qui depuis plusieurs mois perdait avec une régularité infaillible, se dit un soir:

« Sur quel numéro pourrai-je donc jouer enfin pour faire finir celte guigne noire qui me poursuit ? »

A force de se poser celle éternelle question, le malheureux colonel en fut comme hanté, et quand il s’endormit, il eut tout naturellement un songe qui l’impressionna fortement. Il se vit sortant du théâtre avec une dame en grande toilette … Un homme se précipitait sur lui et lui demandait s’il voulait une voiture et, sur son refus, ce même homme prit dans sa poche un morceau de craie et traça le nombre 11 sur la manche du colonel. Ce rêve était encore un peu plus absurde que beaucoup d’autres, mais le rêveur se dit au réveil :

« Je n’ai qu’à jouer sur le onze ! C’est bien simple et je suis sauvé ! … »

Hélas ! le pauvre homme était irrémédiablement perdu, car plus il s’entêta à jouer ce nombre fatidique, plus ce dernier s’obstina à ne point sortir, et ce fut seulement après avoir vu s’envoler une centaine de mille francs qu’il revint à la raison et se jura de ne plus même accorder une confiance illimitée aux inspirations qui nous viennent en rêve.