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Le matelot abandonné

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L’histoire de Robinson Crusoé n’est pas une invention du romancier Daniel de Foe, qui a seulement eu le tort de créer un personnage fictif, le jeune Vendredi, car l’original, le type qui lui a servi de modèle, a vécu quatre ans et quatre mois dans une solitude absolue.

C’était un matelot écossais, Alexandre Selkirk, que son capitaine avait cruellement abandonné, à la suite de quelque démêlé, dans l’îlot désert de Juan Fernandez, en plein Pacifique. Il n’avait que ses habits, un fusil, de maigres munitions, une hache, un couteau, un chaudron, des instruments, une Bible et des livres de marine. Les huit premiers mois furent atroces, mais il finit par trouver du charme à cet isolement.

Deux cabanes faites en branches d’arbres s’élevèrent bientôt : il les couvrit de jonc et les calfeutra intérieurement de peaux de chèvres. Quand ses habits furent élimés jusqu’à la corde, il se tailla un justaucorps et un bonnet à longs poils qui le garantirent à merveille du froid. Les souliers lui furent inutiles, car la corne de ses pieds devint promptement un véritable sabot. Il eut de la peine à se passer de sel. Le bois de piment y suppléa par son arome prononcé. Il obtint du feu en frottant deux morceaux de bois l’un contre l’autre.

Il se nourrit de chèvres dont il tua près de cinq cents. Quand la poudre et les balles lui manquèrent, il les prit à la course, tant il acquit d’agilité. Un jour il tomba dans un précipice et, revenu à lui, il se trouva qu’il était couché sur le corps de la chèvre par lui poursuivie ! Il eut aussi des légumes. Il mangeait dans la plus petite des huttes et dormait et faisait ses dévotions dans l’autre. Son passe-temps fut l’élevage des chats et des chevreaux.

Quand il fut recueilli en 1709 par Woods Rogers, il pouvait à peine parler, il refusa tout aliment, toute boisson.

Alfred Spont. « Les grandes infortunes. »  Paris, 1890.
Lire également : https://gavroche60.com/2015/04/15/le-naufrage/

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Bonté de Walter Scott

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Parmi les traits de caractère que l’on cite, et où se peint la belle âme du grand écrivain, il en est que nous ne voulons pas oublier. Walter Scott posait, un orage vient à éclater, il se lève aussitôt, et, s’excusant envers le peintre dont il retarde ainsi la besogne : 

« Je vous quitte, lui dit-il, lady Scott a peur du tonnerre. »

Un vieux domestique, qui le servait depuis seize ans, était alors dans un état de santé qui faisait prévoir sa fin comme très prochaine. Walter Scott pria instamment Leslie de dessiner pour lui la figure de ce brave homme, qu’il entourait des soins les plus affectueux. Un des résidents d’Abbotsford était un jeune ecclésiastique qu’une surdité irrémédiable semblait condamner à n’avoir jamais d’emploi. On ne pouvait se faire entendre de lui qu’au moyen d’un cornet. Walter Scott ne manquait jamais de le placer à table immédiatement auprès de lui, et si quelque passage de la conversation lui semblait devoir l’intéresser, il le lui transmettait à l’aide de cette espèce de porte-voix. Le peintre Newton, qui voyageait alors en Écosse, étant venu rejoindre à Abbotsford son ami Leslie, celui-ci lui fit un jour remarquer cette manœuvre, en lui disant :

« Voyez, Scott qui glisse son aumône au pasteur. »

 « La Semaine des enfants. »  Paris, 1866.
« Sir Walter Scott »,p
einture de Sir William Allan.

Un auteur bizarre

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Thomas-Edward-Lawrence

L’aviateur Thomas Edward Lawrence, connu sous le nom de Lawrence d’Arabie, est un curieux personnage. Il vit sur le pied modeste de 90 livres par an. Or il pourrait avoir 100.000 livres de rentes s’il consentait à monnayer la fortune qui gît dans son encrier.

Seulement Lawrence est un auteur d’un genre très spécial : il écrit des livres mais ne les publie pas ! Cependant il fit une fois éditer un ouvrage; merveilleux, paraît-il : les sept piliers de sagesse. Mais il le retira aussitôt de la circulation. Un exemplaire de cet introuvable livre vaudrait aujourd’hui 1.000 livres. Les rares personnes qui en possèdent à l’heure actuelle les gardent dans leur coffre-fort. Lawrence a écrit également un livre… terrible, paraît-il : c’est le « journal » de son apprentissage dans l’aviation. Il mit son manuscrit sous les yeux du ministre de l’Air. Celui-ci, après lecture, fut tellement épouvanté de la franchise dangereuse de Lawrence qu’il lui fit jurer de ne jamais publier son livre.

Lawrence a tenu serment. Il a renoncé, par loyalisme, à la fortune que n’aurait pas manqué de lui rapporter l’ouvrage en question. Lequel de nos auteurs en vogue serait capable d’un tel désintéressement ?…

« Écoutez-moi.. »  Marthe Hanau. Paris, 1934.

Un mort vivant

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sauterelles

Presque tous les journaux ont gémi et nous ont fait pleurer sur le triste destin de M. Künckel d’Herculais, aide naturaliste au Muséum. Chargé d’une mission en Algérie, il s’était endormi dans un champ, et avait été étouffé par une nuée de sauterelles qui était venue s’abattre sur lui.

Le récit de cette cruelle aventure était agrémenté d’horribles détails à faire dresser les cheveux sur la tête. Mais, tout compte fait, il s’est trouvé que cette nuée de sauterelles n’était qu’un canard, une fausse nouvelle répandue par de mauvais journaux… Le canard est fils du serpent de mer !

Nous sommes, du reste, en veine de canards, et, en même temps que celui de l’homme tué par les sauterelles, est venu s’abattre sur nous celui du chemin de fer bloqué par des chenilles. On a télégraphié, en effet, de Charlotte (Caroline du Nord), que la ligne du Carolina Central Railroad était presque bloquée depuis quelques jours par un amas de chenilles qui, sur un viaduc en bois, cachaient complètement les rails et les traverses.

A qui le tour, maintenant ?

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : bidouillage perso.

Un hôtel en Amérique

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hotel

Paul Courty, du Journal amusant, a un ami de retour d’Amérique qui affirme y avoir lu dans un hôtel le règlement suivant :

Les messieurs sont priés de ne pas mettre leurs pieds, en hiver, sur le manteau de la cheminée; en été, sur l’appui des fenêtres.

Les dames sont priées de ne pas écrire leurs noms sur les glaces et les vitres avec le diamant de leurs bagues. Si elles se servent de souliers en caoutchouc, elles devront les nettoyer elle-mêmes.

Elles sont, de plus, invitées à ne pas sonner toutes les cinq minutes la femme de chambre, et à ne pas laisser leur porte ouverte la nuit, quand elles logent à côté d’un gentleman.

Le gentleman célibataire s’abstiendra de jouer du trombone; il ne doit pas peigner ses favoris à table, ou du moins ne pas laisser le peigne à côté de son assiette.

Les dames sont priées de ne pas mettre le nez dans les plats qu’on leur passe, à moins qu’elles n’aient la vue basse, et de ne pas tremper les doigts dans la sauce pour la goûter.

On ne doit pas se battre pour la croûte du gâteau de maïs.

Si une dame est pressée de quitter la table avant la fin du repas, elle est priée de le faire sans dire aux convives le motif qui l’oblige à sortir.

Conditions très libérales. La pension est invariablement payée d’avance, au commencement de chaque semaine.

Tout n’est peut-être pas prévu dans cet original règlement; mais il est curieux à conserver au point de vue des mœurs locales.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891. 

Trial of intent

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Un journal du Midi cite cette réponse inattendue, faite à Aix, en 1926, par une jeune candidate au baccalauréat :

L’examinateur la questionnait en histoire de France. Les réponses de l’élève étant dans l’ensemble correctes, il voulut quand même savoir si la jeune fille ne se fiait pas uniquement à sa mémoire et si elle était capable de réfléchir à quelque question ne se basant ni sur des dates, ni sur des faits précis :

Mademoiselle, maintenant, pouvez-vous me dire pourquoi l’empereur Napoléon Ier haïssait les Anglais ?

La candidate eut un moment d’hésitation; puis, triomphante, elle répondit :

Parce qu’ils le firent mourir à Sainte-Hélène.

Le rédacteur de l’article ne précise pas si l’élève fut reçue pour cet excellent sophisme.

Un journal bien renseigné

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crime

Nous lisons dans un journal de la région bordelaise ce court chef-d’oeuvre de précision. La province cette fois donne l’exemple à Paris. Quand donc les petits et grands échos seront- ils aussi ponctuellement rédigés dans la presse européenne et transatlantique ? Voici cet extrait authentique :

Un crime épouvantable et qui fait frissonner encore toute la population a été commis la nuit dernière dans notre paisible localité.

Un douanier après avoir frappé sa femme de trente-cinq coups de couteau, a traîné sept fois le corps autour de sa chambre. La malheureuse a poussé dix-neuf cris; après quoi l’époux parjure lui a broyé la tête entre deux pierres et l’a achevée en lui enfonçant vingt-cinq allumettes dans les yeux. 

Cela se passait à deux heures vingt-six du matin.

Dès huit heures douze, le procureur de la république de Bordeaux s’est présenté à la maison d’arrêt, accompagné de trois gendarmes et d’un secrétaire. Il a interrogé l’assassin onze minutes.

« Le journal universel. » Paris, 1903.