Jules Verne

Jules Verne et la télévision

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jules verne et sa femmeOn n’a pas assez souligné la différence qui existe entre les anticipations de  H.G. Wells et celles de Jules Verne. Cependant, il faut noter que celles de Jules Verne se réalisent l’une après l’autre, tandis que Wells restera le maître du conte philosophique, mais a grande chance de n’être jamais reconnu comme l’annonciateur d’une grande invention.En particulier, dans le domaine de la T. S. F, Jules Verne a fait preuve d’une lucidité étonnante. Dans La Journée d’un journaliste américain en 2890, il prévoit et décrit non seulement les aérobus, les aérotrains, mais encore les journaux  projetés au domicile de chaque abonné et donnant, minute par minute, les nouvelles importantes. jules verneJules Verne  décrit aussi, avec une belle précision, le phonotéléphote, remplaçant le télégraphe et transmettant,  en plus de la parole, des images optiques. Or, quel sera pour Jules Verne le principe du phonotéléphote ? Le sélénium, dont les savants ne devaient s’occuper que 16 ans plus tard.

Dans un de ses derniers romans, et non des moins captivants, Le Château des Karpathes, il montre un grand seigneur transylvain, amoureux fou d’une cantatrice italienne, inventant d’étranges appareils qui, du théâtre, captent, à l’insu de tous, l’image et la voix de la cantatrice et les font s’épanouir à des centaines de lieues, dans une salle du château des Karpathes.jules verne cantatriceLa télévision est loin encore de pouvoir nous donner ces réalisations, mais nous sommes sûrs, maintenant, qu’elle y parviendra.

Les sans-filistes doivent célébrer le centenaire de Jules Verne, cet annonciateur de merveilles que nous attendons encore impatiemment.

La Parole Libre.
« Le Peuple : organe quotidien du syndicalisme. » Paris, 1928.

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Les routes ou l’aventure collective

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spirit of saint louisDans quelques années, dans quelques siècles si l’on veut, l’aventure individuelle sera purement intérieure. C’est-à-dire que ses éléments se développeront strictement dans le domaine à peu près illimité de notre imagination.

Le geste du jeune Américain Lindbergh, qui franchit l’Atlantique, ne permet plus, maintenant, aucune spéculation sportive sur le renouvellement de cet exploit. Le geste de Lindbergh fut, cependant, autre chose qu’un geste de « sportif ». Il révéla aux millions de bandits qui troublent le monde de leurs exploits sans pudeur qu’un homme, si pourri qu’il puisse devenir, garde encore en soi-même cette petite lueur délicate et divine qui témoigne d’une dignité presque mystique. Les plus sombres et les plus élégants coquins des deux sexes sentirent, quand l’avion de Lindbergh se posa au Bourget, que quelque chose de très pur existait dans les pensées secrètes et populaires de l’humanité. Ils furent émus pendant quelques heures.

Toutes les routes de l’air sont maintenant conquises, tout au moins celles qui conduisent aux buts qui frappent l’imagination des foules. Un homme digne rachète l’indignité de dix mille autres. Ceux-là ont tous atteint les idéals qu’ils poursuivaient. Il ne reste plus qu’a tenter de réaliser des relations interplanétaires, si cela est possible. Ainsi tous les romans d’aventures de Wells, qui est plus près de nous que Jules Verne, se réaliseront peut-être, à moins que les routes accessibles à notre humanité ne soient désormais suivies jusqu’à leur arrêt brutal par la faute d’un perfectionnement inimaginable de notre propre personnalité et physique et morale. Tous les continents sont explorés. Il n’existe plus de terre inaccessible. Les ciels sont sillonnés par les appareils de l’aviation jusqu’au no mans land que les sans-filistes appellent: la couche d’Heaviside; la mer entr’ouvre ses abysses aux sondes des bateaux chargés d’océanographes et à la gloire sournoise des grands sous-marins qui sentent le poisson frais

Pour un homme, possédé par le démon de l’aventure active, le choix d’un exploit qui peut émouvoir profondément la curiosité de ses contemporains devient singulièrement difficile. La conquête de l’or et des mystères géographiques a livré tous ses secrets. Nous ne pouvons que vaincre le temps en augmentant la vitesse des appareils qui nous transportent, mais la curiosité d’atteindre l’escale s’évanouit pour ne plus reparaître, tout au moins sous la forme que nous avons connue. Une imagination, même ardente, ne peut plus travailler sur des mots encore prestigieux il y a un demi-siècle. Colombo, Shanghaï, Téhéran, le Pays de la Soif, le désert de Gobi, le Vieux Tibet, l’Ouest Sauvage, la Terre de Feu, la Forêt Vierge, le Pôle, autant d’images déjà anciennes qui n’appartiennent plus au roman d’anticipation, mais au roman d’aventures historique.

Il n’y a plus rien à découvrir dans la partie du ciel qui nous est ouverte, plus rien à découvrir sur une mappemonde, dans une steppe, dans une forêt, sur une mer; il ne reste plus rien à découvrir, si ce n’est la pensée d’un petit homme un peu énigmatique, qui déjeune modestement dans un restaurant très vulgaire, au coin d’une rue pleine de paix parisienne. Tel était Lénine chez Baty, à Montparnasse, avant la guerre; tel est encore l’inconnu, pour la plupart d’entre nous, qui guette dans l’émouvant mystère de la modestie son heure et, par extension, la dernière d’une tradition sociale.

C’est encore la conquête de l’homme qui reste à faire, de siècle en siècle, chaque fois que l’humanité subit une extraordinaire secousse qui la rapproche de ce grand but dont l’image nous échappe à tous.

L’aventure n’est pas tant dans le décor que dans l’intime activité d’un cerveau humain. Il n’y a plus d’aventure possible en ce temps, que l’aventure sociale qui est la plus féroce, la plus épouvantable et qui ne peut se comparer qu’aux grands cataclysmes naturels dont les hommes furent longtemps à se demander s’ils n’étaient pas un châtiment.

Cette profonde attraction, cette curiosité et cette inquiétude, qui sont le cortège familier de l’Aventure, nous les ressentons aujourd’hui encore plus qu’autrefois, quand le monde offrait aux explorateurs le Jardin des Hespérides et le gouffre où fut englouti A. Gordon Pym. C’est que l’aventure sociale frappe à nos portes, qu’elle gronde au loin et mêle à nos conversations familières la clameur encore confuse de ses extraordinaires menaces.

Les idées les plus abstraites ne peuvent se traduire pour la majorité des hommes de notre temps, habitués aux réalisations rapides, que par des formes associées en images. L’aventure sociale offre ces images. Il ne s’agit plus là d’explorer une terre vierge dont les habitants, déjà soumis, viennent apporter au navigateur les plus beaux fruits de leur verger, mais bien de pénétrer à travers une haute vague qui déferle sur l’humanité.

Personne ne peut savoir l’intérêt véritablement humain de cette grande aventure qui semble asservir à ses caprices tous les peuples de la terre. Les plus sinistres drames de cape et d’épée ne peuvent soutenir la comparaison avec les drames, mis au point, de l’aventure sociale. Pendus et fusillés, soldats étendus sur les champs en friche, tout cela compose une singulière horreur que le vent transpose en gémissements harmonieux et perfides.

En ce moment, les grands peuples sont immobiles et écoutent attentivement un bruit de l’extérieur qui n’est pas une rumeur de leur imagination. Ils craignent, comme les Gaulois, que le ciel ne vienne à tomber sur leur tête. Ils s’abritent derrière la protection enfantine d’un fétiche, souvent grotesque. Et pour ne pas se laisser émouvoir par la force incomparable qui mène l’humanité par les chemins de l’aventure vers un état inimaginable, ils tuent tant qu’ils peuvent tuer, en s’affolant eux-mêmes devant les libertés d’une folie peut-être passagère.

Pierre-Mac-OrlanPierre Mac Orlan. « Les Annales politiques et littéraires. » Adolphe Brisson, Paris, 1927.

Des ondes mortelles au mariage

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walska-matthewsLa superstition n’a aucune prise sur les savants. Harry Grindell Matthews le sait. En août 1924, n’occupait-il pas la première page des quotidiens du monde entier, pour y annoncer la naissance du rayon mortel ?

Treize ans après, treize, chiffre fatidique, M. Matthews à la même place qu’il eut dans la presse, nous dit son mariage avec Mme Ganna Walska. Curieuse coïncidence que ce chiffre mêlé à la vie de l’ingénieur, maître des ondes invisibles et mortelles qui va s’unir avec celle dont les ondes de la voix nous enchantent et nous charment !

Mais, au fait, qu’est devenu ce fameux rayon mortel ? Plus rien depuis quelques années ne nous a été communiqué sur les projets ou les réalisations du savant anglais. Silence que rompent seulement l’annonce d’un mariage prochain et cette phrase sèche, hypocrite, relevée dans un journal : M. Matthews qui fut l’inventeur d’un rayon mortel… méchanceté voulue, hypocrisie volontaire dans cette épithète évoquant un passé révolu, ou simplement indifférence provoquée par ignorance presque totale des résultats obtenus ? Qui le dira ? 

Evidemment, Harry Grindell Matthews avait beaucoup promis… Le voici parlant à un journaliste du Sunday Express :rayon-mortel

« Mes travaux, disait-il, ont pour buts : 

1° De perfectionner un système détecteur de la présence de sous-marins à une distance de cinquante kilomètres. 
2° De découvrir un rayon capable de tuer les germes de maladie. 
3° De créer une nouvelle défense aérienne de Londres. 
4° D’inventer des avions-fusées susceptibles de voyager à la vitesse de 10 kilomètres à la seconde et grâce auxquels l’homme pourrait atteindre la lune.
5° Enfin, préparer un rayon de la mort doué de la vitesse de la foudre et capable tout aussi bien d’arrêter des avions, des moteurs et machines à combustion que de tuer. » 

« Je pourrai donner à l’entente cordiale le moyen d’imposer la paix au monde entier, concluait-il. » 

S’il y a beaucoup de promesses, il y en a peu de tenues. Cependant, Matthews ne trouvera jamais de meilleures occasions que celles, nombreuses, qui se présentent sur notre pauvre terre humaine. Voici la guerre d’Espagne, voici, celle de Chine. Mais où est la paix ? rayon-mortDans tout homme, il y a un Wells, il y a un Jules Verne qui sommeille. L’imagination créatrice d’épopée, s’entoure, dans la pénombre de nos rêves, de monstres humains et d’êtres dont elle se joue, pour en être, à la fin, maîtresse : rien n’existe pour elle, ni la distance, ni la durée. Mais le songe fini, la réalité humaine naturelle, bornée, réapparaît. 

Je ne crois pas que M. Matthews soit un Jules Verne ou un Wells. Certains savants accueillirent en 1924, sa découverte, avec beaucoup d’espoir et suivirent des expériences au cours desquelles de la poudre a brûlé, une cartouche a éclaté, une petite souris est morte sous l’action du rayon ardent. Tout cela, c’est du positif (sauf pour la petite souris !), et possède un germe, une science nouvelle. g-matthiewsMais Marconi, maître des ondes hertziennes, à la recherche du fameux rayon de la mort, a révélé à ses intimes qu’il en était resté au domaine des expériences infimes, mais le Dr Esaü, de l’Institut physico-technique de l’Université d’Iéna, n’a pas renouvelé ses déclarations qu’il faisait en 1925, annonçant qu’il tuait des insectes et-même de petits animaux. Mais M. Charbonneaux, ingénieur français, en 1924, annonçait qu’il en savait et faisait autant que Matthews. Mais, le Français Garbarini-Benedictus, en 1917, avait déjà fait des essais. 

Que de sciences réunies pour trouver, en fin des expériences, la mort de l’homme !

Triste sort de l’intelligence humaine et du génie de quelques-uns.

Matthews l’a-t-il compris qui, désormais, veut consacrer ses jours à l’amour, régénérateur du genre humain. 

Denis Lucas. « Le Monde illustré. » Paris, 1937.
L’US Navy a testé un canon laser.

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Lorsque Jules Verne publia le Tour du Monde en 80 jours, en feuilleton dans le journal le Temps, le monde entier s’intéressait à ce point aux péripéties du voyage de Philéas Fogg que les correspondants des journaux américains et anglais allaient jusqu’à câbler à leurs journaux, chaque jour, la traduction de ses feuilletons.

A la fin, Philéas Fogg, obligé de brûler le pont du bateau pour activer la vitesse, afin de pouvoir rentrer le jour convenu, fait chauffer à blanc les machines du bateau. Savez-vous que Jules Verne reçut des compagnies de navigation françaises, anglaises et américaines les propositions les plus alléchantes pour l’engager à faire choix d’un de leurs steamers qui ramènerait son héros en Europe ? Jules Verne resta inébranlable devant ces offres plus magnifiques les unes que les autres et ne répondit pas.  

Quant au vrai tour du monde, en suivant ou en serrant de très près l’Equateur, il est impossible, ou à peu près. Il faudrait trois ou quatre ans, beaucoup de bonheur et un sérieux cortège de carabines. On devrait, en effet, traverser Bornéo et Sumatra, l’Afrique de Kismay ou au cap Lopez et l’Amérique de l’embouchure des Amazones à Quito.

« Mercure de France. »  Paris, 1901.
Illustration: Bernd Wagenfeld.

Jules Verne et George Sand

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Bien que la plupart des oeuvres de Jules Verne aient été couronnées par l’Académie française, le prodigieux conteur ne brigua jamais un fauteuil à la noble Compagnie. Cependant, il ne refusa pas de faire partie de l’Académie d’Amiens. Le 28 juin 1872, il y était élu à l’unanimité. Et comme il n’avait pas le temps matériel de préparer son discours de réception, il prit séance en lisant à ses collègues, charmés, les bonnes feuilles du Tour du Monde en Quatre-Vingts Jours.

Il était aussi membre de la Société d’Horticulture de Picardie et, détail assez ignoré, président d’honneur du groupe espérantiste de sa région.

Quand Jules Verne commença sa fameuse collection des « Voyages Extraordinaires », il dédicaça les deux premiers ouvrages à George Sand, qui lui cria son enthousiasme.

« J’espère, lui écrivit-elle, que vous nous conduirez bientôt dans les profondeurs de la mer et que vous ferez voyager vos personnages dans ces appareils de plongeurs que votre science et votre imagination peuvent se permettre de perfectionner

Jules Verne retint la suggestion de l’illustre romancière et, quelques années plus tard, il publiait Vingt Mille Lieues sous les Mers.

« Les Annales politiques et littéraires. »  Paris, 1928.