jury

Vice de forme

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tribunalLa forme est une belle chose, surtout en matière judiciaire. Mais est-il vraiment bien nécessaire de la pousser jusqu’au ridicule ? 

Depuis toute une semaine, la cour d’assises de la Loire-Inférieure jugeait le notaire Gasnier, d’Angers, et son caissier Chéruau, accusés d’une série interminable de faux et d’abus de confiance. Gasnier était défendu par Me Demange, du barreau de Paris, et Chéruau, par Me Faire, député d’Angers. 

Le réquisitoire et les plaidoiries terminés, le jury est entré dans la salle des délibérations à onze heures et demie. Il avait à répondre à plus de 200 questions.  Après une délibération de trois heures et quart, il a rapporté un verdict reconnaissant. Gasnier coupable de 236 abus de confiance, avec circonstances atténuantes, et Chéruau coupable par complicité de 61 abus de confiance, sans circonstances atténuantes. 

Le chef, du jury a oublié les mots : « A la majorité. » Le président a voulu les lui faire dire, mais Me Démange lui a fait observer qu’il était trop tard et il a déposé des conclusions de cassation. 

La cour a condamné Gasnier à trois ans d’emprisonnement et Chéruau à quinze mois de la même peine. Mais on prévoit déjà que l’arrêt sera cassé. 

Je demande en quoi les intérêts de la défense ont bien pu être lésés par l’omission des mots « à la majorité. » On se rappelle d’ailleurs que la cour de cassation a cassé un arrêt parce que le président du jury avait écrit « à la magorité ». 

C’est le délire de la formalité, positivement.

« La Joie de la maison. » Paris, 25 août 1892.

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Un don redoutable

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Stéphan- Ossowiecki

Je ne voudrais pas être à la place de M. Stéphan Ossowiecki. Cet ingénieur polonais, qui vient à Paris pour soumettre son cas à l’examen d’un jury de savants spécialisés dans l’étude des phénomènes métapsychiques, a reçu au berceau, de la fée Karabowska, la clairvoyance ou « métagnomie », c’est-à-dire le don de lire le contenu des lettres cachetées.

Je plains, très sincèrement, M. Ossowiecki. Sans doute, sa fortune est assurée. Quelque music-hall va lui faire un pont d’or. Mais quelle triste destinée ! Ce malheureux n’aura jamais d’amis. Qui donc oserait se lier avec un homme doué de double-vue ? Sait-on où peut s’arrêter ce mystérieux pouvoir, et si l’oeil capable de traverser une enveloppe n’est pas également habile à sonder les pensées ? Nous supportons, patiemment, l’indiscrétion des rayons X, parce qu’ils ne pénètrent que notre corps. Mais notre âme, elle, n’a pas le moindre goût pour la translucidité. Pour habiter une maison de verre, il faut être un sage, c’est-à-dire une espèce de dingo assez rare sans doute, car je n’ai jamais vu de maison de verre dans mes promenades à travers la vie.  

J’ajoute que M. Ossowiecki devra se résigner à demeurer célibataire. Car aucune femme ne consentirait à vivre, seulement huit jours, en compagnie d’un monsieur pour qui les pneumatiques les mieux clos n’ont pas de secrets, et qui lit dans les coeurs fermés, à livre ouvert. 

« L’Européen. » Paris, 1929.

Le compte est bon

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Jean-Louis-Forain

Le jury de la cour d’assises d’Angers vient de rendre un curieux  verdict. Un sieur Quindier, de Saint-Ellier, âgé de soixante-quatorze ans, accusait les époux Girault de lui avoir extorqué une somme de 1,608 francs.

II avait été attiré chez eux, laissé seul avec la femme, et surpris ensuite par le mari, qui, en le menaçant de mort, lui fit donner la somme en question. Les époux, n’ont pas nié. Mais Girault a dit que Quindier avait perdu l’honneur de sa femme, et qu’il évaluait cet honneur à 1,600 francs.

Le jury a trouvé que la somme n’était pas exagérée, et a acquitté purement et simplement les deux époux.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : Jean-Louis Forain.

 

Le douzième juré

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tribunal.

Selon l’ancienne coutume anglaise, un accusé ne pouvait être condamné que sur l’accord unanime des membres du jury. Un fait affirmé par nombre d’auteurs témoigne hautement en faveur de cette loi.

Un anglais était accusé d’avoir assassiné un de ses voisins. Des témoins séduits ou abusés le chargeaient de cet assassinat. Le crime était, évident aux yeux de onze jurés sur douze. Le douzième s’obstinant à dire que l’accusé était innocent, lui sauva la vie.

Or le douzième juré, comme cela fut reconnu plus tard, était lui-même l’assassin.

« Musée des familles. »  Paris, 1897.

Les jurys mixtes aux assises anglaises

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tribunal

Les femmes sont admises, en Angleterre, à siéger comme jurés. Les premières expériences furent, dit-on, fâcheuses. Evanouissements, nervosité, questions inopportunes indisposaient le tribunal, gênaient l’accusation et paralysaient la défense.

Les jurées anglaises se sont ressaisies. Un laitier, accusé d’avoir empoisonné sa femme et jugé à , vient d’en faire l’expérience. Les trois femmes appelées à se prononcer sur son cas, ont voté la mort du coupable. Ce dernier, en quittant la salle d’audience, s’est écrié:

« Si ma femme m’avait empoisonné, vous l’auriez acquittée ! »

« Le Petit journal illustré. »  Paris, 1920.