Jutland

De l’utilité de la popularité d’un acteur

Publié le Mis à jour le

Poul-Reumert-acteur.

Un ingénieur des chemins de fer danois, M. J. Esmarck, villégiaturait cet été à Kandestederne, petit hameau au bord de la mer du Nord, non loin de Skagen. Un soir, comme il venait avec les siens d’ascensionner une haute dune, espérant, du sommet, jouir à la fois de la beauté du crépuscule sur la mer et d’un repos paisible, il vit arriver une bande d’élèves d’une école municipale de Copenhague, en excursion au Jutland.

Que faire pour éviter cette joyeuse horde, trouble paix ? M. Esmarck eut une idée.

Regardez, dit-il à un des jeunes garçons, la grande dune là-bas, elle est beaucoup plus haute que celle-ci. Elle s’appelle la colline macabre; on y enterrait autrefois les cadavres des naufragés. Vous devriez aller les visiter.
Non, dit l’enfant, c’est trop lugubre. Peut-être y a-t-il des revenants.

Et il faisait semblant de trembler.

J’eus alors une autre idée, conta M. Esmarck. La petite maison là-bas, dis-je, c’est la villa de Poul Reumert, le célèbre acteur. Vous le connaissez, n’est-ce pas ?
— Mais oui., nous l’avons entendu par radio.
Eh bien ! allez l’acclamer sous ses fenêtres.

Et toute la troupe enfantine partit en courant, laissant à M. Esmarck la paix sur la dune.

Les écoliers reçurent de Poul Reumert le meilleur accueil, agrémenté de friandises, et le grand comédien danois leur remit cinq couronnes pour en acheter d’autres. Et M. Esmarck, que les enfants remercièrent plus tard de l’indication donnée, conclut avec humour :

Vous le voyez, Poul Reumert a payé cinq couronnes et une boîte de chocolat pour que je puisse jouir en paix sur ma dune de la douceur crépusculaire.

« Comoedia. » Gaston de  Pawlowski, Paris, 1er octobre 1927.
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