Juvénal

Trente et une perruques pour une tête

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perruque

Juvénal raconte que Messaline, de légère mémoire, couvrait, pour courir la prétentaine, sa noire chevelure sous une perruque blonde, flavo crinem abscondente galero. L’art des postiches qui remonte à une haute antiquité, est arrivé aujourd’hui à un degré de perfection qu’il lui sera, croyons-nous, difficile de surpasser. Cependant, la grande lutte du tissu végétal contre le tissu animal est loin d’être terminée, et il en sortira peut-être quelque révélation nouvelle qui reculera les limites de l’art. 

A propos de perruques, une anecdote se place sous notre plume. Lord B…, un riche Anglais qui vit depuis de longues années à Paris, avait vu tomber sous l’implacable faux du Temps les boucles soyeuses de sa chevelure. Il avait eu recours au postiche mais, n’ayant pas abdiqué toute prétention de jeune homme, il tenait beaucoup à ce qu’on ignorât le secours que les défaillances de la nature l’avaient contraint de demander à l’art. Voici l’ingénieux système qu’il avait imaginé dans ce but : 

Un artiste capillaire émérite, bien connu de toutes les calvities parisiennes, lui confectionna trente et une une perruques d’un blond cendré parfait. Chacune de ces perruques était affectée à un jour du mois. Mais, là est le trait de génie, les cheveux de ces perruques différaient en longueur. La perruque du 2 était d’un millimètre plus longue que celle du 1er. Celle du 3, d’un millimètre plus longue que celle du 2, et ainsi de suite. Il y avait entre la perruque du 1er et celle du 30 une différence de 31 millimètres. 

Quand on arrivait au 29, lord B… disait négligemment à ses amis : — C’est singulier, comme mes cheveux poussent vite. Il faut que j’aille me les faire couper.

Le lendemain, lord B… disait : — Décidément, j’irai me faire couper les cheveux demain. 

Enfin le 31, il disait : — Je vais de ce pas me faire couper les cheveux.  

Et il reparaissait le 1er avec la perruque plus courte de 31 millimètres que celle de la veille. Lord B… a payé ses trente et une perruques 50,000 fr.

« L’Argus et le Vert-vert réunis. » Paris, 1859.

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Bain et propreté

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Fyodor-Bronnikov

Le bain était, à Rome surtout, une nécessité de propreté, car, le linge de corps n’étant pas encore connu, l’amplitude de la toge donnait un accès facile à la poussière. Les diverses classes de la société se trouvaient réunies dans les mêmes bassins. Il y régnait une liberté parfaite, sans distinction de rangs, ainsi que le prouve l’anecdote suivante, rapportée par Spartien .

L’empereur Adrien, qui aimait à se baigner avec la foule du peuple, aperçut un jour à côté de lui un vieux soldat qui, n’ayant pas de strigile, y suppléait en se frottant le dos contre la muraille. Adrien, qui l’avait connu au milieu des camps, lui demanda pourquoi il en agissait ainsi.

C’est, répondit le vieillard, parce que je n’ai pas le moyen d’acheter une strigile. 

L’empereur aussitôt lui donna la sienne et, de plus, le gratifia d’une pension. Mais, le lendemain, quelle ne fut pas sa surprise de voir le bain envahi par bon nombre d’individus qui, dans l’espoir d’une même aubaine, usaient du procédé de frictions imagine par le vieux soldat ! Adrien, cette fois, se contenta de leur faire distribuer quelques stigiles sans valeur, en les engageant a se les prêter mutuellement. 

Dans les premiers temps, hommes et femmes prenaient leur bain dans des compartiments séparés, et on n’y était admis qu’en costume. Ce costume consistait en une espèce de tablier de peau, appelé subligar, qui s étendait de la ceinture aux genoux. Mais bientôt, par suite du mélange des sexes et de la nudité des baigneurs, les Thermes devinrent des lieux de débauche comparables aux plus infâmes lupanars. « C’est là, dit Ovide, que se cachaient en sûreté les maris de contrebande. »

Celant furtivos balnea tuta viros.

« C’est là également, dit Martial, qu’on allait dans les ténèbres se mêler à la tourbe honteuse des courtisanes. »

Cum te lucerna balneator extincta
Admittat inter bustuarias moechas.

Comprend-on que les choses en vinrent au point que « ce furent les femmes qui remplacèrent les masseurs, promenant sur le tronc et les membres leur main habile ! » 

Percurrit agili corpus arte tractatrix
Manumque doctam spargit omnibus membris.

De pareils excès portèrent une égale atteinte à la morale et à la santé publiques. « Ce sont les bains, dit Pline, qui amenèrent la décadence de l’empire (in his pertere imperu mores) ». C’est a eux, si l’on en croit Juvénal, qu’il faut rapporter « tant de morts subites frappant les vieillards intestats. »

Hinc subitae mortes atque intestata senectus

Ces bains disparurent par l’influence du christianisme, et ce fut même une de ses premières reformes. Cela se comprend. Si tel fut, en effet, le langage de certains écrivains profanes pour en signaler les abus, quel ne dut pas être celui des auteurs catholiques pour les flétrir ?

« Guide pratique aux eaux minérales, aux bains de mer et aux stations hivernales. » James Constantin (1813-1888).