knock-out

La légende du fer à cheval

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boxeLes boxeurs sont sur le ring, dans leur coin respectif. Le moment est venu de « chausser les mitaines ».

Mais avant, chaque manager va vérifier les bandages et les gants de l’adversaire, afin de s’assurer qu’ils ne contiennent aucune partie métallique susceptible de décupler la force des coups assénés. C’est pour éviter, comme disent parfois en plaisantant les Américains, le « fer à cheval ». Cet examen est une mesure de prudence. Mais il est aussi la suite normale d’une vieille habitude qui remonte aux premiers âges de la boxe à mains gantées.

Comment naquit cette habitude ? Quel pugiliste, dans les temps lointains, se rendit coupable, le premier, d’introduire une pièce de métal dans ses gants ? Plusieurs journalistes sportifs d’outre-Atlantique ont tenté d’éclaircir ce mystère. Mais aucun d’entre eux n’est parvenu à découvrir une explication satisfaisante. Il est hors de doute en effet qu’il serait absolument impossible à un boxeur de glisser subrepticement un fer à cheval dans son gant.

Il est vraisemblable toutefois que la méfiance s’est accrue depuis un match mémorable qui se déroula à New York, une quinzaine d’années avant la guerre.

La rencontre opposait (pour une bourse de dix dollars !) Fiddler Neary à Johnny Files. Au cours d’un vif échange Johnny décocha à toute volée un swing à son antagoniste. Sous la violence du coup le gant de la main droite s’ouvrit, un morceau de plomb s’en échappa et alla atteindre l’arbitre à la paupière. Le pauvre referee absolument knock-out s’abattit sur le tapis. On l’emporta. Il demeura sérieusement malade pendant plusieurs semaines, et on crut longtemps qu’il resterait borgne.

Cette fin de combat inattendue souleva, comme on peut le penser, un scandale énorme. Les autorités de l’Etat de New York parlèrent même d’interdire la pratique du « noble art ». Mais, graduellement, tout rentra dans le calme et l’on oublia ce honteux incident.

Reconnaissons d’ailleurs que c’est là un cas isolé et que les boxeurs témoignent toujours, à ce point de vue, d’une loyauté à laquelle il convient de rendre hommage.

F. Estèbe. « Almanach des sports. » Paris, 1926.
Illustration : salle de l’Albert Hall de Londres. Match entre Tommy Burns et Joe Beckett. Agence Rol, 1920.

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