kummer

Sur l’écume de mer

Publié le Mis à jour le

Beaucoup de personnes sont persuadées que ces belles pipes dites d’écume de mer, si prisées des fumeurs, sont fabriquées avec une écume particulière recueillie sur les rivages mystérieux de quelque île perdue dans l’immensité de l’Océan. La vérité est que la mer ne fournit aucune écume qui puisse se solidifier et se laisser travailler.

La prétendue écume de mer n’est autre chose qu’une terre grasse et douce, que les minéralogistes appellent magnésite, et que les chimistes regardent comme un silicate de magnésie. Cette terre se trouve dans plusieurs pays, mais la variété que l’on emploie à la fabrication des pipes provient presque exclusivement des environs de Kiltschick, dans l’Anatolie.

Quant au nom vulgaire sous lequel on la désigne, on n’en connaît pas positivement l’origine. Quelques auteurs disent bien que c’est une corruption de celui d’un artiste allemand, Kummer, qui se serait acquis, on ne sait quand, une grande habileté à travailler la magnésie, de telle sorte que l’expression de pipes d’écume de mer ne serait qu’une altération de celle de pipes de Kummer, mais cette opinion n’est appuyée par aucune preuve. Il est plus probable, et c’est ce que pensent les auteurs sérieux, que la magnésite a reçu sa dénomination populaire à cause de l’espèce de ressemblance que présentent sa couleur et sa légèreté avec celles de l’écume que la mer produit en se brisant sur les rochers de la côte.

Les pipes de magnésite étant très chères, l’idée est venue aux fabricants d’en faire des imitations De là est née l’industrie de la fausse écume ou écume artificielle. Il existe plusieurs recettes pour obtenir cette substance. Une des meilleures consiste à incorporer intimement ensemble dix parties de caséine, six de magnésie calcinée et une d’oxyde de zinc.

P. Maigne.  » Revue de France  » Paris, 1871.