La Goulue

Charmante vulgarité

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Même la vulgarité, assaisonnée d’un zeste d’insolence et de séduction, peut avoir du charme.

Un soir, au bal des Champs-Elysées, le prince de Galles, le futur roi Edouard VII, est là, dans la salle, bouche bée et le regard fixe. La Goulue le reconnaît, le fixe, poings aux hanches, et lance :

Eh Galles ! Tu payes l’champagne ? C’est toi qu’invites ou c’est ta mère qui régale ?…

La réplique du Prince deviendra célèbre :

Mademoiselle La Goulue, vous êtes l’esprit parisien perché sur de bien jolies jambes !

Clarisse Nicoïdski. »La bible de l’humour féminin(iste). » Ramsay, Paris, 1996.

Le Moulin-Rouge en justice

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Nous venons d’avoir, à la 9e chambre, un petit procès fort drôle, à propos d’un chien qu’on avait saisi, en même temps que le mobilier de la célèbre Rayon d’Or, une des héroïnes chorégraphiques du Moulin-Rouge, lequel chien appartenait, paraît-il, à sa bonne.

Et à propos de ce procès très simple, nous avons vu défiler, devant le tribunal, tout le personnel des étoiles de ce lieu célèbre où triomphe la danse fin de siècle. Nous avons appris, en même temps, le vrai nom de ces dames qui portent, sur la scène de leurs ébats, des surnoms d’emprunt tellement inattendus !

Et d’abord La Goulue, de son vrai nom Louise Wébert ; puis Grille d’Égout, qui s’appelle sur son état civil légal Mlle Beuze ; quant à Rayon d’Or, elle se nomme tout simplement Chrétiennot. Mais sa femme de chambre, celle qui réclame son chien, se nomme Élisa Haussepied. Et cependant elle ne danse pas, malgré ce nom prédestiné. Mais elle est jolie fille, jeune encore, et l’aurore de sa gloire chorégraphique peut un jour se lever.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. » Librairie Marchal et Billard, 1891, Paris.

Paris qui danse

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La Goulue et Grille d'Egout
La Goulue et Grille d’Egout

Sous ce titre, M. Louis Le Boucq passe en revue dans le Figaro le monde des danseurs et danseuses de bals publics.

Mesdemoiselles Grille-d’Egout et la Goulue sont les étoiles de cette pseudo-chorégraphie. Rien de plus piquant que le contraste offert par ces jeunes personnes.

Grasse, la Goulue, et maigre, la Grille.

La Goulue est une Pompadour du règne de M. Grévy: une Pompadour canaille, rose et joufflue, qui vit pour manger. Elle a de l’appétit, des appétits et elle est appétissante. Sa frimousse est comme barbouillée de confitures.

Née à Montmartre, elle a contracté, au vent qui souffle là-haut, une fringale que les boudinés d’après le krach ont peine à satisfaire. Sans conviction et sans principes, elle lève la jambe comme d’autres lèvent le pied, parce que ça rapporte.

Quand cette caillette personne entre en scène, elle a l’air d’une dinde qui cherche des truffes. La Grille, au contraire, aime son art, (c’est le mot dont elle se sert),  comme l’aimait la Taglioni.

Ardente, chétive, transparente comme une Parisienne à son petit lever, elle vit par un miracle de nervosisme qui ne pouvait se produire qu’en notre temps. Quand elle passe du côté cour au côté jardin, dans un élan, mince comme un fil d’acrobate, et souple comme une danseuse d’Orient, on a peine à croire qu’elle existe en réalité: elle n’est femme que par la grâce.

Un malicieux hasard l’a fait naître, pour achever le contraste, aux antipodes de la Goulue: à Montrouge. Et quand on lui demande où elle a appris à danser, elle répond avec une mélancolie de Gavroche :

Devant le buffet.

La Revue des journaux et des livres.  Paris, 1885.