La Légende dorée

La guérison du prince hindou 

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lourdesAvez-vous lu la triste et touchante histoire de ce prince ceylanais qui quitta son île pour venir se faire guérir en France ? Il avait une maladie incurable, incurable à Ceylan. Sous les palmiers de son île natale, près des fleurs des tropiques, ses jours étaient condamnés. 

Il se décida à venir dans notre maussade climat septentrional pour regagner la santé. Vous croyez peut-être qu’il avait entendu parler de la Faculté de médecine de Paris, qu’on lui avait vanté dans son île lointaine les grands médecins qui opèrent sur les rives de la Seine. 

Non, le prince ceylanais quitta Ceylan pour demander la guérison à Notre-Dame de Lourdes. Le renom des miracles accomplis dans la piscine de Lourdes s’est étendu jusque dans les eaux de l’océan Indien. Le prince apprit que, quand tout était perdu, il restait encore pour les catholiques un espoir suprême, celui d’obtenir la guérison par la grâce de Notre-Dame. 

Sans doute il n’était pas catholique. Il ne savait pas très bien ce qu’était cette puissante Notre-Dame, ni son fils Jésus qui a rempli l’histoire occidentale de son nom. Mais qu’importe ! Notre-Dame peut sauver même un infidèle. Et puis, s’il faut être croyant pour obtenir son intercession, ce prince hindou ne faisait-il pas un acte admirable de foi en quittant ses dieux et son pays pour venir au pied des Pyrénées prier la Vierge ? 

Cette histoire émouvante ne paraît pas être de notre temps. Il semble qu’elle soit détachée d’un livre très ancien avec de belles enluminures, de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Cette histoire n’est pas de notre temps. Aussi le prince hindou n’a-t-il pas été guéri. Il est mort à Béziers après un pénible voyage. 

Dans d’autres temps, il eût obtenu la grâce demandée. Et le peintre aurait fait une belle miniature représentant : La guérison d’un prince hindou

Et les cœurs pieux auraient été édifiés. 

Claude Anet. « Gil Blas. » Paris, 1909.

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La saint Glin-Glin

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saints

Parmi les saints du calendrier, plusieurs ont été inventés de toutes pièces. D’ailleurs, leurs historiens (les hagiographes, comme on les appelait au Moyen Âge) ont été les premiers à en convenir. De leur temps la « Vie des saints » s’appelait La Légende dorée. 

L’origine de ces personnages est curieuse parfois. Ainsi saint Martin vient de aster marinus (astre marin), qui était le génie protecteur des navigateurs romains. Vers la même époque, venu le jour de l’an les Romains se souhaitaient une « perpétuelle félicité » , ce qui, en latin, se dit perpétuam felicitatum. Plus tard, le jour de l’an ayant changé de date et le latin tombant en désuétude, on fit de ces deux mots deux noms propres : Perpétue et Félicité

Quant à saint Glin-Glin… c’est un saint plus récent, mais qui, lui, a été « authentifié » par un jugement si nous en croyons l’anecdote suivante rapportée par un almanach du siècle précédent. 

Il y avait alors un débiteur facétieux qui avait promis à son créancier de le rembourser à la saint Glin-Glin. Ce débiteur, comme beaucoup de ses pareils, se faisant tirer l’oreille, fut cité devant le tribunal compétent. Là le juge, facétieux lui aussi, déclara que saint  Glin-Glin n’était pas un personnage imaginaire. Sa fête tombait le 1er novembre, fête de la Toussaint, c’est-à-dire de tous les saints connus ou inconnus, et le débiteur fut condamné à payer. 

Paya-t-il, c’est moins sûr, mais ceci, comme dit Kipling, c’est une autre histoire. 

« Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1936.