la poste

Quelques articles

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Un fantôme

eugène_vialaDepuis une quinzaine de jours, les populations qui avoisinent le cimetière d’Ivry étaient sous le coup d’une véritable terreur.

L’effroi était causé par l’apparition nocturne d’un fantôme vêtu d’un suaire et dont la silhouette gigantesque se détachait du mur d’enceinte dès que l’horloge de la localité sonnait minuit. Le revenant avait été, disait-on, aperçu pour la première fois le lendemain de l’exécution de Pranzini.

Prévenu de la légende qui circulait, M. Bulot, commissaire de police, détacha une ronde spéciale d’agents. Pendant la dernière nuit, ceux-ci virent tout à coup le fantôme surgir d’un fossé, et aller et venir dans un champ de pommes de terre. Ils se précipitèrent sur le revenant, le revolver au poing, et en un clin d’œil le déshabillèrent. C’était un nommé Laurent S.., âgé de dix-huit ans, demeurant rue Thiers.

Dans le fossé d’où il était sorti se trouvait une voiture à bras, qu’il était en train de remplir de pommes de terre.

« Le Pays. » Paris, 17 septembre 1887.
Gravure : Eugène Viala.

Retour à l’envoyeur

Philippe_Legendre_KvaterNous savions que le service de la poste laisse souvent à désirer et que les lettres mises dans une boîte ne parviennent pas toujours régulièrement à leur destination. Nous savons aussi, du moins on nous l’a dit, que quelques missives ont pris le chemin des écoliers pour arriver à leur adresse. Voici qu’on nous assure le fait suivant qui, par ce temps d’électricité à outrance, est assez extraordinaire :

Une lettre trouvée dans la boite du bureau central de Saint-Martin-le-Grand fut transmise à son destinataire; celui-ci étant décédé, la missive fut renvoyée à son expéditeur qui, en la recevant, se crut le jouet d’un rêve, la lettre qui lui revenait ayant bien été écrite et mise à la poste par lui, mais… vingt ans auparavant.

« Le Pays. » Paris, 8 octobre 1902.
Illustration : Philippe Legendre-Kvater.

Les mythos

tartarinLe Temps commente les résultats d’une amusante statistique sur les chasseurs :

Un statisticien nous donne la liste des départements où se délivre le plus grand nombre de permis de chasse. Tout le monde eût cru se conformer aux indications les plus élémentaires du bon sens en supposant que c’étaient les plus giboyeux.

La statistique nous apprend que ce bon sens était aveugle et pauvre psychologue. En réalité, parmi les départements où il est fait la plus grande consommation de permis de chasse figurent le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, c’est-à-dire quelques-uns où le gibier est le plus rare.

Il se trouve que ces départements, où il y a si peu de gibier et tant de chasseurs, sont tous situés dans le Midi de la France, et il est impossible que cette statistique n’évoque pas dans toutes les mémoires l’immortelle et impayable figure du grand Tartarin de Tarascon, qui faute de lièvres et de perdreaux à abattre, tirait des casquettes.

Voila le vrai chasseur, celui qui aime la chasse pour elle-même !

« Le Pays. » Paris, 8 octobre 1902.
Illustration.

Plus vite que la lumière !

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facteurDepuis si longtemps que l’on se plaint des retards postaux, l’Administration a sans doute cherché le moyen d’y remédier. L’a-t-elle trouvé ? Oui, elle a trouvé le moyen. Tout au moins le bureau de poste n° 35 l’a trouvé. Ce bureau de poste envoie les lettres et même les imprimés en avance

Comment s’y prend-il ? Oh ! rien n’est plus simple. Vous savez qu’en France on arrange tout au moyen d’un cachet. Et les cachets, vous le savez aussi, ne manquent pas dans les bureaux de poste. Alors, il suffit d’appliquer sur les lettres ou les journaux un cachet qui porte la date du surlendemain. La lettre ou le journal ne seront distribués que deux jours plus tard, selon la règle, mais porteront une date satisfaisante. 

Exemple : je dépose un journal au bureau de poste n° 35, le 29 septembre. L’employé ne sera pas si naïf que d’y appliquer le timbre à date du 29 septembre. Il y applique le timbre à date du 1er octobre, jour où la feuille arrivera à destination. Ainsi tout le monde est content : l’employé, le facteur, qui n’a pas besoin de se presser, et le destinataire qui ne sent pas le retard. 

Malheureusement, l’autre matin, le facteur, animé d’un zèle louable, a distribué sans tarder une lettre qui était datée de deux jours plus tard. Et le destinataire, à sa grande stupéfaction, a vu la date du 1er octobre sur une enveloppe qu’il ouvrait le 29 septembre…

« L’Attaque. » Paris, 1919.

La poste à Paris en 1653

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facteur

Tous ces jours-ci, les journaux enregistrent des plaintes contre la difficulté et les lenteurs postales à Paris où l’on a pourtant des tubes pneumatiques et des téléphones. Il n’est pas sans intérêt à ce sujet de signaler un règlement sur la poste parisienne de 1653. Paris était alors réputé comme la ville la mieux organisée de l’Europe sous ce rapport.

Le règlement vise les lettres écrites d’un quartier de Paris à un autre avec une réponse payée que le facteur rapportait à la personne qui avait écrit. On attachait à la lettre un billet de retour. Un commis apportait la lettre à destination, attendait la réponse et la rendait au premier expéditeur. Le prix de ces billets avec retour port payé était d’un sou marqué; on les vendait au palais, bureau du commis général, chez les tourières des couvents, chez les portiers des collèges et communautés et chez les geôliers des prisons.  

Le règlement du 8 août 1653 porte: « Les solliciteurs sont avertis de donner quelque nombre de ces billets à leurs procureurs et à leurs clercs, afin qu’ils les puissent informer à tous moments de l’état de leurs affaires, et les pères à leurs enfants qui sont au collège ou en religion, et les bourgeois à leurs artisans. »

Voilà un genre de lettres qui n’existe plus aujourd’hui, mais qu’on devrait bien rétablir. Ce serait assurément un progrès d’en revenir à 1653 sur ce point.

 « Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.