la reine Obéréa

Tahiti, ou la nouvelle Cythère

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Louis-Antoine de Bougainville, le célèbre navigateur, a été le premier français qui ait entrepris un voyage autour du monde.  

Arrivé dans les îles de la Polynésie, sous le règne de la reine Obéréa, il fut si frappé des mœurs voluptueuses des habitants de Tahiti, qu’il nomma cette île la nouvelle Cythère. Aujourd’hui, la nouvelle Cythère est française, et le Parisien pourra se payer un voyage à Cythère et aller prouver à nos nouveaux compatriotes que ce n’est pas que chez eux que les mœurs sont légères.

Un antique usage de cette île voulait que lorsqu’un voyageur demandait l’hospitalité dans une case, le propriétaire mît à sa disposition tout ce qu’il possédait, même sa femme. Les Anglicans y ont établi des missions en 1815, et ils se sont efforcés, au nom de la morale, de faire comprendre aux Tahitiens qu’on doit tout prêter, sauf sa femme. Pourtant ils n’ont point réussi complètement à leur inculquer ces sages préceptes d’honneur (sic), et les marins français étaient toujours heureux de faire escale à Cythère. carte bougainvilleCette île, la plus grande de celles dites de la Société, est située par 152° de longitude, 17°19 de latitude sud. Elle est formée de deux presqu’îles ayant, l’une 137 kilomètres de tour et l’autre 47 kilomètres. Sa ville principale est Papeete, qui offre une excellente rade aux bateaux du plus fort tonnage; dans le centre on y trouve la montagne Orohéna, dont les cimes atteignent 2,237 mètres de hauteur. 

Cette île, qui semble être une production volcanique, possède un climat délicieux, son sol est très fertile; le poivre, la canne à sucre, le coco, le pesang et l’arbre à pain y poussent très bien. On y trouve de la belle nacre en abondance, et les récifs qui l’entourent sont remplis de bancs de corail; la nacre, le corail et le bois de construction constituent le commerce des Tahitiens. 

Elle compte à peu près dix mille habitants, qui appartiennent à une belle race; ils sont vigoureux, beaux de formes, leur peau est légèrement olivâtre, très doux de caractère et très accueillants pour les étrangers; ceci a fait que cette île a été pendant longtemps le lieu de la Polynésie le plus fréquenté par les Européens, aussi les Tahitiens ont-ils fini par adopter le costume et la religion de ceux qui venaient les visiter.bougainville_tahitiPedro Fernandes de Queirós, le célèbre navigateur espagnol, ayant obtenu deux vaisseaux de Philippe III, se mit à la recherche d’un continent austral, dont il soupçonnait l’existence, et il découvrit en 1606 les îles de la Polynésie. 

Samuel Wallis, continuant les explorations du commodore Byron, visita Tahiti en 1768 et découvrit une île dans l’archipel du grand Océan équinoxial dans la Polynésie. C’est celle qui a reçu le nom d’île Wallis. 

Bougainville y vint en 1768, et le premier il la visita avec soin, étudia les mœurs et la religion de ses habitants, et il publia le compte rendu de son voyage. 

En 1822, l’Angleterre voulut imposer son pavillon à Tahiti et y placer une garnison, mais les Tahitiens protestèrent. En 1842, l’île accepta le protectorat de la France. En 1843, l’amiral Dupetit-Thouars voulut l’occuper complètement, mais il fut désavoué par le gouvernement français, Voici comment les Tahitiens furent amenés en 1842 à se placer sous la protection française. stele-bougainville-tahitiLe prince Pomaré Ier accueillit bien en 1803 les missionnaires anglais, ce qui déplut à ses sujets et causa plusieurs révoltes, que le souverain réduisit grâce aux armées anglaises. Pomaré II, son fils, lui succéda, et continuant la politique de son père, il donna -toute sa confiance aux Anglais, ce qui exaspéra si bien ses sujets, qu’il dut s’enfuir dans l’île Huahine pour ne point être massacré; là, libre et loin des révoltés, il se fit chrétien. Ceci se passait en 1807; dix ans après, ses sujets le prièrent de revenir les gouverner; il avait le caractère bien fait, il se rendit à leur désir, il cumula le rôle de roi avec celui de prédicateur, et il prêcha la religion chrétienne à ses sujets, il fit une traduction de l’évangile en langue tahitienne. A sa mort, sa fille Pomaré III lui succéda. Cette princesse voulut continuer la politique anglaise, mais cinq chefs, puissants dans l’île, la forcèrent à s’exiler, elle aussi, dans une île voisine, et ils placèrent Tahiti sous le protectorat de la France. On voit que le bon petit peuple tahitien nous aime depuis longtemps autant qu’il hait l’Angleterre (re-sic). 

La reine Pomaré ayant fait bonne connaissance avec nos officiers de marine, apprécia l’amabilité et la puissance françaises, et en 1842 elle revint à Tahiti et accepta franchement la protection française. Enfin, lassée du pouvoir, elle abdiqua, en 1852, en faveur de son fils Tamatoa. 

On le voit, nos frères de Tahiti méritent toute notre sympathie. 

Olympe Audouard. »Les Deux mondes illustrés : journal des grands voyages. » Paris, 1880.