Lamartine

Entrefilets

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Lamartine indésirable au Canada

fournet-lamartineUn jeune écrivain suisse, M. Fournet, vient de faire paraître un livre charmant, L’Evolution amoureuse de LamartineL’éditeur, sachant l’admiration ardente que le Canada a toujours vouée à la mémoire du  grand romantique français, s’empressa d’expédier à Montréal un colis de cinq cents exemplaires. 

Mais ce colis vient d’être renvoyé à Genève avec la mention suivante : 

« Le gouvernement canadien s’oppose à l’entrée sur son territoire « de toutes les œuvres d’un caractère pornographique ». 

Le titre du livre avait scandalisé les douaniers canadiens. Cette évolution amoureuse
ne leur disait rien de bon.

« Annales africaines. » Alger, 7 mai 1926.

Eternuement opportun

barbierDans un petit village danois, un certain Niels passait de vie à trépas, ces jours derniers, et sa femme, oubliant devant la mort les fréquentes querelles de ménage,manda le barbier de l’endroit, afin que son mari pût s’en aller rasé de frais au cimetière. 

Le figaro ne ménagea point le savon ! Il en mit même dans les narines du défunt qui  éternua bruyamment. La mort n’était qu’apparente. 

Epouvanté, le barbier s’enfuit sans réclamer de pourboire !

« Annales africaines. » Alger, 28 mai 1926.
Photo illustration : « Ville sans loi » de J.H. Lewis, 1955.

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Entre poètes

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lettre-facteurUn jour, vers 1846, il arriva, au bureau principal de la poste, un pli cacheté de cire rouge, venant de l’étranger, avec cette adresse : 

AU PLUS GRAND POÈTE DE LA FRANCE 

On voit d’ici l’embarras du directeur. Le plus grand poète ! qui donc était-ce ? Le fonctionnaire, s’en rapportant aux cent trompettes de la Renommée, envoya la missive chez Béranger. Mais le vieux chansonnier, tressautant sur son fauteuil, rendit le pli en disant :

 Portez ça, sans retard, chez Victor Hugo, place Royale. 

Victor Hugo, même mouvement, se donna à peine le temps de lire la suscription et s’écria : 

Portez ça, tout de suite, rue de la Ville-l’Evêque, chez Lamartine. 

De son côté, Lamartine, repoussant le paquet, donna l’ordre de le porter chez l’auteur d’Hernani. Bref, l’envoi paraissait brûler les doigts de ceux qui le touchaient et personne n’en voulait. Pourtant, Lamartine eut une idée et déclara : 

Le plus grand poète de France, c’est peut-être celui de l’avenir, le poète de demain. 

Au fait, qui pourrait dire s’il n’y a pas, en ce moment, un Homère, un Virgile, un Dante ou un Shakespeare, suspendu au sein de sa nourrice, en Bretagne ou à Gonesse… 

Philibert Audebrand. « Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 3 décembre 1905.

Les œufs de Pâques

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oeufs-pâques.Le luxe s’est étendu et il en coûte cher aujourd’hui d’offrir une marque d’attention dans un œuf de Pâques. Décidément le bon vieux temps est loin de nous, et il est curieux de voir comme l’on détourne facilement les intentions de leur source et de leur but. 

Qu’étais-ce que les œufs de Pâques, dans l’origine ? Rien de plus simple à expliquer : au temps où l’on observait le carême avec plus de rigueur qu’aujourd’hui, alors que l’usage du beurre et surtout des œufs était rigoureusement proscrit pendant les quarante jours, on saluait avec plus d’enthousiasme la venue de Pâques.

Les vieilles chroniques nous renseignent sur ce qui se passait alors. Le Vendredi Saint arrivé, est-il dit, les écoliers et les clercs des églises s’assemblaient sur la place publique, au bruit des tambours, au son des trompettes, au tintement des clochettes. Les uns portaient des étendards sur lesquels étaient peints des œufs, les autres tenaient en mains des lances et des bâtons. Quand ils étaient réunis ils se rendaient en masse à la porte des églises, et, là, ils faisaient bénir, des œufs teints en couleurs diverses, puis ils se rendaient dans la ville pour faire don de ces œufs à leurs parents et à leurs amis. Le saint jour de  Pâques arrivé, on cassait les œufs et l’on en faisait une salade que l’on mangeait en famille avec grande liesse. 

Aujourd’hui, on distribue encore aux amis des œufs de Pâques, mais ces œufs ne sont plus ceux des poules. Tout augmente et tout change dans la vie. Les œufs ont subi le sort commun : ils sont devenus des objets de luxe, des boîtes à surprises, et quelles surprises !

Ce sont de puissants personnages qui ont établi l’usage funeste des œufs autres que les œufs de poules. A partir du XIIe siècle, la distribution des œufs de luxe devint à la cour de France une affaire de mode. 

Après la messe de Pâques, on présentait au roi une corbeille remplie d’œufs qu’il distribuait aux seigneurs de sa maison selon la richesse de l’œuf, on se trouvait en plus ou moins grande faveur.

Henri II offrit en cadeau de Pâques, à Diane de Poitiers, un collier magnifique dans deux coquilles de la nacre la plus pure. La chose parut si galante et si jolie que son succès fut immense. Les courtisans s’empressèrent d’imiter le maître et les œufs de Pâques de genre semblable, d’une valeur souvent excessive, s’offrirent tour à tour à la reine et aux dames de la cour. 

Quand Mlle de Vallière se fut retirée du monde, le grand roi lui fit parvenir, dans un œuf de Pâques, un morceau de la vraie croix !!!

Sous Louis XV, le luxe atteignit les dernières limites du raffinement. On en a la preuve  par les spécimens si jolis et si gracieux qui restent de cette époque. On fit ce que l’on n’avait pas encore tenté jusque là. Watteau et Lancret reçurent mission de peindre et dorer de délicieux motifs et de ravissantes scènes, sur de simples coquilles d’œufs de poule. C’est d’un de ces œufs que le chevalier de Boufflers disait : « Si on le mange à la coque, je retiens la coquille. » Mais ce luxe fut encore dépassé quelques années plus tard. Sous la Révolution on continua, entre amis, à s’offrir des œufs de Pâques, mais ces cadeaux représentaient, hélas ! les scènes lugubres que l’on avait journellement sous les yeux. 

Arrivons à une époque récente pour dire que dans certains œufs de Pâques se trouve la marque de ce luxe ruineux, qu’on ne saurait trop condamner : certains détails prouveraient  ce qu’on y découvre de scandaleux, ce que peuvent le désordre et la folie. 

Mais arrêtons-nous plutôt à ce que peut offrir d’agréable et de bon l’emploi que d’aucun savent faire de nos jours, des œufs de Pâques. Il y a réjouissance pour le cœur, à lire certaines anecdotes qui rappellent de quelle aimable et charitable façon ils ont été et sont encore  quelquefois présentés ou distribués. 

On raconte que Lamartine, contemplant un jour, aux approches de Pâques, avec un de ses amis, les étalages des confiseurs et des joailliers, ne pouvait s’empêcher de songer aux tristesses des pauvres enfants, qu’il voyait là, demandant un petit sou, et s’arrêtant devant ces étalages superbes, sans pouvoir se promettre le plus modeste de ces œufs exposés. Par un de ces élans qu’on explique, Lamartine entre dans le magasin et témoigne de sa prodigieuse libéralité : il jette quelques pièces d’or sur le comptoir, prend une corbeille d’œufs de Pâques et la distribue lui-même à tous les enfants que l’excès de joie rendait muets, et comme son ami semblait  lui reprocher cette prodigalité : 

Que Dieu me pardonne, dit-il, ainsi qu’à ma mère, qui m’a toujours appris que faire des heureux était la plus douce des jouissances !

Une autre anecdote, plus récente encore : c’était en 1865 : la supérieure d’un établissement d’orphelines, préoccupée de la situation pénible due à de tristes événements qu’elle n’avait pu conjurer, cherchait par tous les moyens possibles à remonter sa maison. Un jour elle reçut un œuf en sucre gros comme un œuf d’autruche, accompagné de ce simple billet : « Pour vos chères orphelines. » Aussitôt, la bonne mère de réunir ses petites filles pour casser l’œuf devant elles. O surprise de l’œuf en morceaux s’échappent quantité de minces billets dont la totalité forme une somme importante. 

L’auteur de cet inoubliable bienfait avait un nom : Georges de La Rochefoucauld, dont la mort a laissé d’unanimes regrets. 

On comprend de tels cadeaux, comme aussi on ne peut que tolérer ces petits souvenirs affectueux qu’on s’offre entre amis. Il y a mille manières de s’y prendre pour être agréable. Les œufs de Pâques sont les occasions pour une foule de surprises plus ou moins réjouissantes. Comme le 1er Avril, jour des attrapes, se présente presque à la même époque, il arrive que l’œuf contient seulement quelquefois un petit poisson ou un petit rien-du-tout

« Le Messager de l’Ouest. » Bel-Abbès, 1894.

Les petites dettes d’Alphonse

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lamartineNous sommes à Saint-Point, et nous ne pouvons résister à la tentation de conter un trait au sujet de l’illustre poète, qui dirigeait si mal ses affaires. 

A cette époque déjà, Lamartine était criblé de dettes. Il devait surtout beaucoup de petites sommes à des gens du pays, passablement besogneux pour la plupart. On y mettait tout le respect possible, mais on le harcelait de demandes auxquelles il était incapable de satisfaire. Parmi ces petits créanciers se trouvait une vieille paysanne des environs. Lamartine lui devait une centaine de francs, pour prix d’une pièce de vin. 

Quand il était au château, la bonne femme, un panier au bras, venait lui faire hommage de gaufres qu’elle avait préparées pour lui. Le grand poète prenait les gaufres, donnait vingt francs à la paysanne et se confondait en remerciements. 

Ah monsieur notre maître, disait alors la vieille d’une voix gémissante, ce n’est pas, sauf votre respect, pour vous causer de la peine, mais la vie est bien chère et l’année n’a pas valu grand’chose. Il faut donc que je vous rappelle cette affaire des cent francs, vous savez bien… Non pas que je vous les demande seulement, voyez-vous, quand ça viendra, ça viendra bien 

Ma pauvre mère Bonnichon, répondait Lamartine, j’ai le cœur navré de ne pouvoir m’acquitter envers tous les braves gens qui, comme vous, ont eu confiance en moi. Mais je travaille, j’ai le meilleur espoir, et bientôt, peut-être. 

Faut pas que ça vous cause du chagrin, monsieur notre maître, reprenait la mère Bonnichon en se levant, ce que j’en dis, c’est pour dire. Je viendrai vous apporter des gaufres pas moins, puisque vous les aimez.

Et elle revenait elle revenait tous les mois et recevait vingt francs pour ses gaufres qui valaient cinq sous. 

Plusieurs années se passèrent ainsi. 

A chaque visite, la créancière et le débiteur se lamentaient de ne pouvoir en finir avec cette misérable dette de cent francs. 

Cette dette existe encore, et ni Lamartine ni la paysanne ne se doutèrent jamais qu’elle était éteinte depuis longtemps. 

Elie Berthet. « Histoires des uns et des autres. » Paris, 1878.

Lamartine et la taxe sur les chiens

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On sait que Lamartine, qui menait de front la politique et la poésie, ne dédaignait pas les questions de finance et d’administration. Il a laissé des discours, des rapports, des adresses et des correspondances officielles moins célèbres sans doute que les Harmonies, mais où il reste poète et où son génie met encore un merveilleux écho.

Le Conseil général de Saône-et-Loire, dont le chantre de Milly. faisait partie, avait à délibérer, le 24 septembre 1845, sur cette question posée par le Ministre : Faut-il imposer les chiens ? Inutile de dire que Lamartine se prononça avec véhémence contre l’imposition. « Ce qu’il y a de meilleur dans l’homme, c’est le chien ! », a dit Charlet. Personne n’ignore à quel point Lamartine partageait l’opinion de son contemporain.

« J’aime les chiens, cela est vrai. Il ne faut pas rougir de ses amis dans l’occasion, mais ce ne sont pas les chiens que je veux défendre, ce sont les principes ».

Et Lamartine repousse l’impôt sur les chiens parce que c’est un impôt somptuaire. Il fait longuement le procès des lois somptuaires, qu’il examine à travers les âges. Il fait en passant l’éloge des impôts de consommation, véritable forme, à ses yeux, de l’impôt  proportionnel. Et les chiens ne sont-ils pas des consommateurs ?…  il s’attache à démontrer ensuite-que l’impôt sur les chiens atteint le peuple plus que les autres et que c’est en quelque sorte une taxe sur la misère. Le morceau mérite d’être cité, ne fût-ce qu’à titre d’exemple de littérature :

Où avez-vous vu le plus de chiens ? Est-ce dans les salons, ou dans les chaumières ? C’est dans les demeures du peuple que les chiens se comptent en plus grande masse. C’est sur le peuple surtout que porterait l’impôt. Comment distingueriez-vous le chien utile, serviable, ou le chien inutile, parasite ? Cette distinction serait pleine d’erreurs et de réclamations. Est-ce un chien de luxe que le chien de l’aveugle ou du mendiant, à qui l’on confie tout le jour les pas du vieillard, et qui quête l’aumône pour lui ? Est-ce un chien inutile que le chien de garde, qui, à la porte ou dans l’intérieur du logis, avertit le maître du rôdeur de nuit, ou qui le défend contre les brigands sur la route ? Est-ce un  chien  inutile que le chien de berger, qui remplace, à lui seul, deux ou trois serviteurs dans la ferme ? Vous ne trouverez guère dans les huit ou dix catégories de chiens qui peuplent nos villes et nos campagnes que deux catégories de chiens de luxe : les chiens de chasse et les chiens domestiques.

Qu’est-ce que cela produira quand les possesseurs de ce petit nombre d’animaux, menacés par l’impôt, les auront réduits ou sacrifiés à l’économie ? Déduction faite des frais de perception et des fraudes, presque rien ! Et encore, combien, en frappant les chiens du foyer, les chiens domestiques dont le seul service est d’aimer leurs maîtres et d’en être aimés, combien n’aurez-vous pas froissé, blessé, contristé d’affections, d’habitudes, de sociétés devenues pour ainsi dire des intimités ? Que de solitaires, que de pauvres femmes travaillant en chambre, que de vieillards sans famille et sans amis, repoussés dans leurs infirmités par tout le monde, excepté par cet animal qui n’abandonne jamais, le seul être peut-être qui s’attache à l’homme en sens inverse de sa fortune, plus dévoué aux plus misérables, plus assidu autour des plus abandonnés ! Que d’enfants à qui leur père sera obligé de retrancher le chien du foyer ! Véritable calamité domestique, véritable dommage moral fait à l’enfance, car le chien a une fonction auprès de l’enfant. Le chien apprend à aimer ! Il enseigne l’amitié à l’homme !

Eh bien! il faudra, après votre impôt, que tout cela paye ou se prive du chien, du compagnon, du gardien, du serviteur, du consolateur, de l’ami ! Il faudra que toute cette partie solitaire, infirme, indigente de la population tue son chien ou se retranche sur le nécessaire une partie du morceau de pain qui la nourrit, et qu’elle partage généreusement avec cet ami du pauvre, pour pouvoir payer les 15 ou 20 francs par an dont vous proposez de frapper non pas seulement les services que le chien rend à l’homme, mais encore l’instinct qui l’attache à nous ! Impôt presque immoral, impôt sans intelligence, sans miséricorde et sans entrailles ! Véritable impôt sur le sentiment qu’on pourrait appeler, sans vous faire injure, une dîme sur le cœur du peuple !

Quant à ceux qui ne voient dans cet impôt qu’un moyen indirect de diminuer le nombre des chiens sans maîtres, et de réduire par là les cas d’hydrophobie, je demanderai avec eux que tout chien ait un maître responsable, et soit assujetti à des précautions de police prudentes et sévères, pourvu qu’elles ne dégénèrent pas en ces empoisonnements atroces, en ces pièges et en ces immolations en masse dont nos regards et nos cœurs sont attristés ici tous les jours, et qui donnent des leçons de cruauté publique au peuple dans nos rues. Le meilleur préservatif, c’est qu’on ne persécute pas ces animaux. C’est qu’au premier bruit d’un chien suspect, c’est qu’au premier aspect d’un chien hagard qui a perdu son maître et qui hurle pour le rappeler, on ne le traque pas de rue en rue, de village en village, et que les sévices et l’imagination publique ne multiplient pas le mal en l’exagérant. Dans l’état présent, soyez-en sûrs, la police fait plus de chiens enragés que la nature.

Le poète termine en repoussant la taxe sur les chiens « comme un mauvais impôt et comme une mauvaise pensée » et supplie le Conseil général de rejeter l’avis de la Commission.

L’avis de la Commission, qui concluait à l’adoption du projet, fut repoussé.

On peut supposer que les observations si lyriquement développées dans le morceau qu’on vient de lire ne furent pas étrangères aux raisons qui déterminèrent le législateur à donner à la taxe un caractère local, à en limiter le taux et à la percevoir d’après deux tarifs, selon qu’elle porte sur les chiens que Lamartine appelait « les chiens parasites » ou sur « les chiens utiles et serviables » dont le poète exaltait si éloquemment les humbles mérites.

« Bulletin des contributions directes et du cadastre. » Paris, 1906.

Merci à FranceFougère qui a inspiré ce billet 🙂

Lamartine au pouvoir

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Lorsque, en 1848, M. de Lamartine parvint au pouvoir, relate Charles Pogaret, il fut assailli de tant de sollicitations et de recommandations, qu’il dut se borner à inscrire sur son calepin tous les agents diplomatiques de l’avenir. 

Vint le grand jour des nominations. Le poète dépouilla son mémento, et chaque nom choisi par lui trouva place aussitôt dans un décret. Toutes les ampliations (copies d’actes officiels qui ont les mêmes valeurs que les originaux) furent bientôt dans les mains des élus, toutes, moins une, qui demeura sur le bureau du citoyen directeur des Affaires étrangères. Il n’avait point l’adresse du titulaire, et personne ne le réclamait.

Après quinze fours d’attente, on recourut au ministre pour savoir où gîtait « le citoyen. David, nommé consul de France à Brème ». 

Ce nom ne rappelant rien à M. de Lamartine, il eut recours à son carnet et vit, en effet, le nom de « David » inscrit en grosses lettres au milieu d’une page. Il se rappela alors que, quelques jours avant les événements de février, il avait pris cette note pour se rappeler un passage des psaumes du roi hébreu. 

— Mais, malheureux ! s’écria le ministre en riant, vous avez fait un consul républicain  du roi David. 
— Quel roi ? balbutia le directeur du personnel interloqué. 
— Parbleu ! celui qui dansait devant l’arche!… 

Le lendemain, on lisait dans Le Moniteur

Le citoyen X… est nommé consul de France à Brème, en remplacement du 
citoyen David, « décédé ». 

L’honneur des bureaux était sauf. 

« Lisez-moi Historique. » Paris, 1935.

Etalages

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enfants-pâques

On raconte que Lamartine, contemplant un jour, aux approches de Pâques, avec un de ses amis, les étalages des confiseurs et des joailliers, ne pouvait s’empêcher de songer aux tristesses des pauvres enfants, qu’il voyait là, demandant un petit sou, et s’arrêtant devant ces étalages superbes, sans pouvoir se promettre le plus modeste de ces oeufs exposés.

Par un de ces élans qu’on explique, Lamartine entre dans le magasin et témoigne de sa prodigieuse libéralité : il jette quelques pièces d’or sur le comptoir, prend une corbeille d’oeufs de Pâques et la distribue lui-même à tous les enfants que l’excès de joie rendait muets, et comme son ami semblait  lui reprocher cette prodigalité : 

Que Dieu me pardonne, dit-il, ainsi qu’à ma mère, qui m’a toujours appris que faire des heureux était la plus douce des jouissances !

« Le Messager de l’Ouest. » Bel-Abbès, 1894.