le Titanic

Le diamant bleu

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diamant_hopeLes journaux anglais annoncent que parmi les trésors entraînés par le Titanic dans les profondeurs de l’Atlantique, se trouvait le fameux diamant bleu, dit diamant Hope. Si le fait est vrai, cette pierre a terminé dignement une carrière dont toutes les étapes sont marquées par des crimes, des morts, des désastres, des calamités de tous genres. L’Écho l’a rappelé déjà.

Elle fut rapportée de l’Inde, dit M. J. Arren, en 1688 par le fameux voyageur Jean-Baptiste Tavernier. Celui-ci la vendit à Louis XIV qui la paya un bon prix et anoblit le marchand dont il fit un baron d’Aubonne. Mais cette prospérité ne devait pas durer longtemps; le nouveau baron d’Aubonne employa toute sa fortune à équiper un navire pour une croisière aux Indes, et il en confia le commandement à son neveu Pierre, à qui il remit un million de livres pour faire la négoce en Orient. Le neveu, dépositaire infidèle, alla se fixer en Perse, où il vécut joyeusement avec l’argent de son oncle. D’Aubonne lui-même voulut entreprendre un nouveau voyage pour reconstituer sa fortune, mais à Moscou il attrapa une mauvaise fièvre et mourut.

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Entre temps, le diamant bleu était devenu un des joyaux de la couronne de France. Mme de Montespan tint à le porter et elle l’obtint facilement de Louis XIV; mais, de ce jour, la faveur dont elle jouissait déclina ; le diamant rentra dans les écrins de la couronne, Mme de Montespan mourut abandonnée de tous.

La première fois que Louis XIV porta le diamant Hope, ce fut le 7 février 1715 pour recevoir un ambassadeur du Shah de Perse qu’il voulait éblouir par ses pierreries : pendant l’été de la même année le grand roi mourut.

Ce fut Marie-Antoinette qui, la première, retira ensuite de son écrin le diamant bleu; la princesse de Lamballe, son amie, le vit souvent, l’admira et obtint de la reine qu’elle le lui prêtât. Marie-Antoinette elle-même porta le diamant bleu à plusieurs bals de la cour : peu d’années après, la populace promenait la tête de la princesse de Lamballe au sommet d’une pique et Marie-Antoinette mourait sur l’échafaud.

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Le diamant bleu avait été avec les autres joyaux de la couronne porté au garde-meuble; un voleur l’en enleva, et pendant quelque temps il disparut.

C’est chez un tailleur de diamants que nous le voyons reparaître. Lorsque Tavernier le rapporta de l’Inde, il pesait 112 carats; après avoir été taillé pour Louis XIV, il en avait encore 76; c’était son poids lorsqu’il fut volé. Le larron le donna à retailler à un diamantaire d’Amsterdam, nommé Guillaume Fals. Le fils de Fals le vola à son père; celui-ci en mourut de chagrin; le jeune Fals, après l’avoir vendu à un Français de Marseille, nommé Beaulieu, se suicida, pris de remords.

Beaulieu arriva à Londres avec le diamant bleu; il n’avait pas un sou, en dehors de cette pierre, et redoutant d’être volé, il hésita longtemps à la vendre, si longtemps qu’il mourut de faim le lendemain du jour où il l’avait cédée à un diamantaire Daniel Eliason. Eliason fit couper la pointe du diamant, qui était triangulaire, et le réduisit à 44 carats. La pointe donna un diamant de 13 carats qui fut vendu au duc de Brunswick, chassé peu après de ses États.

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Georges IV d’Angleterre acheta le gros diamant d’Eliason pour 550.000 francs; il le porta le jour de son couronnement; en quittant Westminster il tomba malade et faillit mourir. Il se rétablit cependant, mais peu de temps après il devint fou, incapable de signer les papiers officiels et neuf ans après il mourait.

Il avait vendu le diamant fatal à un riche collectionneur de pierres précieuses, Henry Hope.

Lord Henry Francis Hope le vendit en 1901, et il devint la propriété du prince russe Kanitovski, qui le prêta à une actrice parisienne qu’il tua en scène d’un coup de revolver le premier jour où elle le portait.

Il passe ensuite entre les mains d’un financier qui devient fou, d’un joaillier grec qui tombe dans un précipice avec sa femme et se tue.

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Le Hope est acheté par Abdul-Hamid, dont on connait la chute, puis par un riche marchand, M. Habib, qui périt dans un naufrage, près de Singapour : on croyait même que le diamant avait sombré avec lui, mais il était resté en France.

Enfin, en janvier 1911, il était acheté par un millionnaire américain, M. Edward Mac Lean, pour un million et demi.

Espérons que le diamant Hope a bien fini sa fatale carrière et ne causera plus de nouveaux malheurs.

J. Arren.

De mauvaises langues assurent que le bruit qui court n’est qu’un bruit artificieux, que plusieurs fois déjà on signala sa perle dans de terribles catastrophes, mais que chaque fois il reparut plus précieux que jamais. Après tout, ne peut-il y avoir plusieurs diamants bleus ?…

J. Arren. « L’Echo du Merveilleux. » 1er mai 1912.

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