légendaire

Victor, Charles, Alice et la côtelette

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victor-charles-alice-ozy.

Victor Hugo, dont l’avarice était légendaire, ne se permettait que 1.000 francs par mois pour l’entretien de sa maison. Aussi, son fils Charles était-il vêtu d’une façon misérable. Quand il devint l’amant d’Alice Ozy, il émit la prétention de mettre chaque jour une chemise blanche.

Mais une détermination en apparence si simple, ne pouvait s’accomplir sans amener quelque fracas. Le noble poète objecta à son fils que la vie était chère, et que cette dépense outrepassait le cadre de leurs moyens. Plutôt que de renoncer à sa chemise, Charles, afin de payer des frais de blanchissage, trop onéreux pour la bourse paternelle, fit le sacrifice de sa côtelette quotidienne. C’était là une belle preuve d’amour, car à vingt ans, l’appétit est un maître tyrannique !

Victor, cependant, n’avait pas abandonné l’espoir de supplanter son fils dans le cœur de la belle. La cour qu’il lui faisait n’en devint que plus assidue. Un jour que le génial poète se montrait particulièrement entreprenant, Alice le laissa s’emballer et exprimer sa passion en des termes qui devaient être charmants, puis, choisissant le moment où Victor, à bout de souffle, attendait la récompense ardemment désirée, elle se pencha vers lui en murmurant:

Rendez à Charles sa côtelette !…

Lucy Augé . Une Muse romantique (extrait). « La Revue des lettres. »  Paris, 1925.
Illustration : montage perso.
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