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La légende de Bagnoles-de-l’Orne

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Hugues, seigneur de Tessé, et autres lieux, était arrivé à soixante ans, fatigué de son existence passée à la guerre et à la chasse. Son fidèle coursier, rapide, vieux compagnon d’armes, était épuisé. Le comte Hugues ne voulant pas faire tuer son cheval favori, l’abandonna près de la gorge d’Andaine, lieu ombragé où on n’osait pas s’aventurer.

Quelque temps après, à la grande surprise de son maître, Rapide, revint au château, tout fringant, hennissant, et qui semblait avoir retrouvé sa vigueur et sa souplesse d’antan. Le comte Hugues, malgré ses appréhensions, suivit son coursier jusqu’au bord d une source dont les eaux bouillonnantes remplissaient l’air de vapeurs acres et troublantes. Rapide, d’un bond, plongea dans la source et but joyeusement. Se fiant à l’instinct de son vieux cheval de bataille, le comte Hugues se baigna dans les eaux mystérieuses et fut agréablement surpris de leur pouvoir. Il continua l’expérience et retrouva en peu de temps une souplesse qu’il croyait avoir perdue pour toujours.

Ainsi découvrit-il, grâce à son vieux coursier, les vertus magiques de la source de Bagnoles.

Le mystère et la légende de la Marie Céleste

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Je crois bien qu’on ne saurait trouver une plus mystérieuse aventure. Contentons-nous de rappeler, aussi brièvement que possible, les faits. Ils se suffisent à eux-mêmes. Voici donc :

Le 2 septembre 1872, un splendide vaisseau, la Marie-Céleste, quitte le port de New York, toutes voiles dehors, à destination de Gênes. Il y a à bord le capitaine, un certain Benjamin Griggs, sa femme, sa fille, huit hommes d’équipage (dont un marin faisant fonction de second : Henri Bilson), enfin deux passagers. Les gens superstitieux ne manqueront pas de frémir en considérant ce total : oui, mon Dieu, oui, il y avait treize personnes à bord !

Les jours passent, les mois. Aucune nouvelle de la Marie-Céleste. Le capitaine Griggs n’en était pas à son premier voyage, il avait la réputation d’être un marin prudent, expérimenté, sérieux. L’armateur du voilier continuait à ne pas s’inquiéter. Au reste, quatre mois de navigation pour traverser l’Atlantique ne paraissaient pas, à cette époque, quelque chose de vraiment anormal. En vérité, ce, furent les premières nouvelles qu’on eut de la Marie-Céleste qui devaient faire frémir ses propriétaires. Elles consistaient en une dépêche, envoyée le 9 février 1873 par le consul américain à Gibraltar aux propriétaires du brick. Et que disait cette dépêche ? Elle signalait que, le 3 janvier, un petit voilier anglais, le Dei-Gratias, commandé par le capitaine Morhouse, avait rencontré en plein océan la Marie-Céleste, que la navigation de cette dernière avait attiré l’attention, que des signaux avaient été adressés au voilier, étaient restés sans réponse, que finalement une barque avait été détachée du Dei-Gratias, avait réussi à aborder le trois-mâts et que les marins anglais, montés à bord, avaient eu la stupeur de ne trouver, sur la Marie-Céleste, aucune trace d’homme vivant.

Le problème était exactement posé : personne à bord de la Marie-Céleste, et (c’est ici que les choses s’enveloppent de mystère) et cependant le bateau était resté en parfait état. On ne relevait aucune trace d’avarie, mieux, on ne relevait à bord aucune trace de dispute, de rixe, d’émeute, de drame. Le capitaine Morhouse avait fait la seule chose qui était en son pouvoir : il avait ramené le voilier au port le plus proche : Gibraltar, et avait rédigé son rapport.

L’enquête, on le pense bien, ne s’en tint pas là. Gibraltar connut des heures terriblement émouvantes : qu’étaient devenus les treize passagers de la Marie-Céleste ? Accident ? Un accident, aussi, si l’on peut dire, collectif, était vraiment bien improbable. Crime ? De qui, et pourquoi ? Quel bénéfice le ou les criminels avaient-ils bien pu retirer de leur crime ? Tout était intact à bord. Pas trace de pillage. L’ordre le plus parfait. Et pas la moindre goutte de sang.

Bien mieux : il semblait que l’équipage, le capitaine, sa famille, les passagers eussent quitté le navire depuis quelques minutes à peine. Sur la table du capitaine, un œuf était placé dans un coquetier, la coquille à demi-brisée. Mieux encore : quand le capitaine Morhouse aborda le vaisseau, il constata que, les fourneaux de la cuisine, éteints, étaient encore chauds et que, dans la cabine des passagers, deux tasses étaient pleines d’un thé resté tiède. Les sacs de l’équipage étaient parfaitement à leur place, rien n’y manquait. La soute aux vivres était pleine, rangée. Dans le salon, sur l’harmonium, une partition était ouverte. Des jouets d’enfant traînaient sur le pont. Enfin, au haut d’une armoire, dormait paisiblement, seul être vivant à bord, un petit chat noir.

Le livre de, bord, il est vrai, était arrêté à la date du 4 décembre et (seule note qui parût se rapporter au mystère) sur l’ardoise du maître d’équipage, au-dessous d’une note de service, étaient inscrits ces mots : « Etrange, ma chère femme ! »

Tels étaient les faits. Tels sont les faits. Car l’énigme n’a pas été percée. En vain, les meilleurs policiers anglo-américains, en vain les maîtres du roman policier (Conan Doyle en tête) s’efforcèrent-ils de percer le mystère. Les seules explications auxquelles parvinrent les romanciers ne tenaient pas debout : Conan Doyle supposait qu’un mulâtre, d’une force extraordinaire, avait successivement jeté par-dessus bord ses douze compagnons de voyage, par haine de la race blanche, puis s’était suicidé, en les suivant.

La seule solution sensée (mais en ces matières sensé ne veut pas dire vrai) vient d’un écrivain anglais : il y aurait eu complicité du navire Dei-Gratias. Morhouse et Griggs, d’accord, auraient trouvé un ingénieux moyen de se partager la prime de sauvetage accordée à tout capitaine de bateau qui ramène au port une épave. Et, en effet, la Marie- Céleste était devenue la propriété des marins du Dei-Gratias.

Mais cette explication suppose le silence total, durant de longues années, d’une telle quantité de complices ! N’est-ce pas, cela, aussi, bien invraisemblable ?

La Robertie. « Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1932.
Peinture : Charles Temple.

Le père Noël existe…

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Un sénateur du Kansas, M. Robinson, est l’auteur d’un projet de loi qui rend passible d’une amende de trois mille francs les pères de famille qui révéleraient à leurs mioches que le père Noël n’existe pas.

Les légendes sont indispensables au bonheur des enfants, dit M. Robinson, les en priver devient un véritable crime.

M. Robinson a bien raison. Laissons à nos enfants leurs illusions, le plus longtemps possible. Ils connaîtront toujours assez tôt les tristes réalités de la vie.

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1911.

Le chasseur noir

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On le voit près du château d’Entre-deux-Monts, commune de Concœur tout vêtu de noir, monté sur un cheval noir, et entouré d’une meute couleur d’ébène. Il chasse toutes les nuits, qu’elles soient claires ou sombres.

Les habitants de Pagny racontent que leurs ancêtres, chaque nuit qui précédait la fête de Noël, entendaient très distinctement, dans la direction du bois de Chassagne, l’amiral Chabot chassant le cerf dans ses forêts. Chacun pouvait parfaitement distinguer le son du cor, la voix des chiens, et même le galop des chevaux. Cette chasse nocturne était une punition divine infligée à l’amiral parce qu’assistant une fois à la messe de minuit dans sa chapelle de Pagny, et ayant appris qu’un cerf venait de passer près de là, il quitta le service divin pour aller le chasser.

Si le même bruit ne se fait plus entendre aujourd’hui à pareille époque, c’est que le temps que devait durer ce châtiment est expiré. Il a eu lieu, dit-on, pendant 140 ans.

Source : Marcel-Hilaire Clément-Janin. « Traditions populaires de la Côte-d’Or. » Dijon, 1884.
Peinture de Gustave Courbet.

Fantômes russes

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Des légendes commencent à courir, chez le peuple russe, au sujet de la mort de Tolstoï. On parle déjà d’apparitions sur la tombe du grand écrivain.

Des paysans qui la gardaient, une des nuits dernières, assurent qu’un vieillard à longue barbe blanche, entièrement vêtu de noir, soudain se montra près d’eux, et que, s’étant agenouillé, il pria longuement. Puis il dit : « N’ayez aucune, crainte ! » et il s’effaça. Ensuite, ce fut une petite vieille, toute ridée, qui descendit du ciel en volant. Un moujik tira des coups de fusil dans sa direction. Mais la petite vieille se mit à rire, d’un rire très doux, frappa trois coups dans ses mains, et l’ombre s’évanouit.

Allons-nous revoir sur le tombeau de Tolstoï les convulsionnaires du diacre Pâris, et se renouveler, à Yasnaïa-Poliana, les miracles du cimetière de Saint-Médard ?

« Eclaireur de l’Est. » 1911.

Vaisseaux énigmatiques

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Le vaisseau-fantôme n’est pas une légende. On peut même assurer qu’il existe plusieurs vaisseaux fantômes qui se promènent abandonnés et désemparés de par l’immensité des océans.

Ces jours derniers, un télégramme de Queenstown (Irlande) annonçait que le vapeur américain Narragansett avait rencontré, à 160 milles au large, le vieux cuirassé français Richelieu, qu’on croyait coulé au large d’Ouessant. Et ce n’est pas un exemple unique des vaisseaux abandonnés et qui continuent à flotter sur les eaux.

L’impressionnante gravure en illustration, représente la rencontre émouvante que des pêcheurs français firent dernièrement dans la mer du Nord, d’une de ces dangereuses et fantastiques épaves. Il s’agit d’un voilier danois que son équipage avait abandonné il y a plusieurs mois à la suite d’une collision et qui, depuis lors, erre, lamentable et terrible au gré des courants et des vents.

« Le Petit journal. » Paris, 1911.