légende

Le serpent mangeur d’hommes

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serpent

Près de Kouang Tchéou (Canton) se tenait autrefois, à proximité de la route, un immense serpent qui mangeait les voyageurs.

Le pays en fut délivré par un sorcier nommé Dong-Phung, qui l’exorcisa et le fit mourir. Les ossements humains qui furent extraits de la caverne où se retirait ce serpent étaient en si grand nombre, qu’on en put faire une colline au sommet de laquelle on éleva un temple. 

Tradition populaire sino-annamite.

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Les serpents mangeurs d’éléphants

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elephant-serpentDans les forêts fréquentées par les éléphants, vivent d’énormes serpents dont la gueule est si grande qu’ils peuvent avaler un éléphant.

Ils mettent trois ans à le digérer. Quand on tue un de ces serpents, il faut rechercher avec soin les os d’éléphants qu’il peut avoir encore dans les entrailles, car ces os constituent un remède souverain contre la dysenterie.

Tradition populaire sino-annamite.

Le serpent de mer… jadis 

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olaus-magnusNous n’avons même pas inventé le serpent de mer, puisque Rabelais en parle. Mais existe-t-il réellement ? Où n’est-il  qu’une hallucination des passagers ? Voilà qu’on le découvre, à présent, un peu partout en mer. Et M. Giard vient de nous donner quelques aperçus sur cet étonnant reptile.  

A quel groupe de reptiles faut-il rattacher le serpent de mer ? A aucun des groupes connus. Il n’est point encore classé. Du moins il semble qu’on doive aller chercher parmi les fossiles un animal dont la structure puisse répondre à celle du serpent de mer qu’on aurait aperçu dans la baie d’Along. Il est donc permis de supposer que ce serpent de mer appartient à un des groupes que nous considérions jusqu’ici comme disparus, par exemple : les Mosasaures ou les Ichtyosaures. C’est tout ce que l’on peut dire pour le moment, en attendant qu’une expédition scientifique spéciale permette de connaître mieux le serpent de-mer de la baie d’Along. 

J’ajoute que ces animaux, connus et redoutés des Annamites, doivent avoir fourni l’idée du dragon qui, modifié et amplifié par la légende, s’est héraldisé pour former l’emblème national de l’Annam. C’est l’opinion du lieutenant de vaisseau Lagrésile, auteur du  premier rapport sur le serpent de mer en 1897. 

On trouvait dernièrement, en Afrique, un animal terrien, l’okapi, que nous supposions depuis longtemps disparu. Pourquoi ne pourrait-on retrouver aussi le mosasaure ou l’ichtyosaure qui, s’ils existent encore, ne peuvent vivre qu’à de très grandes profondeurs dans la mer et n’apparaître à la surface que très rarement et comme par accident ?  

Tout cela est bel et bon. mais ne nous fournit que des considérations. Et comme j’aimerais mieux voir le serpent de mer, au Jardin des Plantes ou au Jardin d’Acclimatation 

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

Les bébés salés

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georges-de-la-tourSi saint Nicolas (celui de la légende qui ressuscita en soufflant dessus les trois petits enfants qu’a sept ans qu’sont dans l’saloir, où les a couchés un féroce charcutier), si  ce saint Nicolas, dis-je, se promenait en Arménie, il pourrait y exercer sa thaumaturgie protectrice de l’enfance.

Non que les Arméniens aient coutume de fabriquer des conserves avec les petits enfants qui s’en vont glaner aux champs, mais tout de même ils font subir à leurs nouveau-nés un traitement que j’oserai qualifier de barbare.

Cette coutume se pratique normalement. Dès leur naissance, les nouveau-nés sont entièrement recouverts de sel et restent ainsi pendant trois heures. Après quoi, on les lave à l’eau chaude.

Chez différentes peuplades d’Asie, ce séjour dans le sel se prolonge pendant vingt-quatre heures.

Cette coutume est attribuée à une superstition. Le sel exorciserait les nouveau-nés, leur procurerait la force et la santé, et les soustrairait à l’influence des mauvais esprits.

Il est à peine besoin de remarquer que ces petits êtres n’ont pas été consultés et que, s’ils l’étaient, ils seraient très probablement d’un avis différent.

« Nos lectures chez soi. » Paris,  1910.
Peinture de Georges de La Tour.

Le culte du huit-reflets

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aborigène

Le cannibalisme n’existe presque plus qu’à l’état de légende parmi les aborigènes d’Australie.

Mais du temps où ils massacraient les envahisseurs pour les mettre à la broche, ils ont conservé un souvenir curieux. Ils ont le grand respect, le culte, pour ainsi dire, du couvre-chef européen, et principalement du chapeau haut de forme.

Celui-ci est l’apanage des chefs aborigènes, et c’est un spectacle étrange de les voir, le corps presque entièrement nu, partir pour quelque expédition de chasse, la tête recouverte d’un ancien huit-reflets quelque peu fatigué.

Paris, 1910.

La source de Bagnoles

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bagnoles-de-l-orneLa légende populaire attribue la découverte des propriétés de la source thermale de Bagnoles à un fait qui tient du merveilleux :

Vers le milieu du XVIe siècle, un cheval poussif, vieux courrier, victime des détestables chemins d’alors, fut abandonné hors d’haleine et mourant sur la route de Mayenne par son maître, qui allait à la foire de Guibray. Ce pauvre animal, inspiré par un reste d’instinct conservateur, se traîna vers la fontaine de Bagnoles, s’y baigna, s’y désaltéra chaque jour. A la saison suivante, son maître, qui repassait, le retrouva frais, le poil lisse et la respiration facile. Il le reprit.

Suivant une autre vieille histoire, le cheval seul n’aurait pas fait découvrir l’efficacité des eaux :

Il y a près de deux siècles, dit une vieille chronique d’Alençon de 1740, que cette fontaine fut découverte par les habitants de ces quartiers, naturellement attaqués d’une gale affreuse, qui ressemble à la lèpre, et par un cheval poussif outré, hors d’état de servir et abandonné dans les forêts. Les peuples qui les premiers se baignèrent dans cette fontaine, accablés de ces gales affreuses, devinrent sains et propres comme s’ils venaient de sortir du ventre de leur mère, et le cheval poussif, après avoir bu quelque temps de l’eau de cette fontaine, se guérit si parfaitement, qu’il fit l’admiration de ceux qui l’avaient vu hors d’état de servir. 

La même chronique dit que les dames normandes s’y rendaient en grand nombre pour s’y guérir de la stérilité. Enfin, si l’on en croit une vieille légende encore chantée dans le pays, un père capucin, entièrement privé de l’usage de ses jambes, fut apporté à  Bagnoles pour s’y guérir, apercevant l’un des rochers qui se termine par deux pointes ou aiguilles, distantes d’environ quatre mètres :

Mon Dieu, fais que cette eau me rende,
Dit-il, l’élan que je n’ai plus,
Et par ce roc fourchu bizarre,
Je jure de franchir d’un bond
La distance qui le sépare,
Si de mes douleurs je me gare. 

On le prit, on le plongea dans les eaux claires du bassin, et en peu de temps le père capucin recouvra si bien force et santé…

Qu’il prit un jour sa course,
Et, malgré le poids de sa bourse,

sauta d’une aiguille à l’autre du roc. Puis dans ce lieu se fit ermite et vécut, jusqu’à cent ans passés.

De cet endroit, ô jeunes filles,
Il est défendu d’approcher;
Mais, à travers pins et charmilles,
On montre encore deux béquilles
Dans les fissures du rocher.

Depuis, se rocher s’appelle le roc du capucin.

A.-R. de Liesville. « Sources chaudes de Normandie. » Paris, 1858.

La licorne

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licorne-femmeLa licorne a passé pendant longtemps pour un animal fabuleux, bien à tort puisqu’elle existe au Thibet*. On en trouve beaucoup dans le voisinage d’un grand lac situé non loin  de la petite ville d’Atdza, et les habitants de ce pays n’attachent pas plus d’importance à cet animal qu’aux autres, ne se doutant nullement que son existence a été le sujet de bien des controverses. Voici les détails qu’a donnés sur la licorne M. Klaproth, un célèbre orientaliste anglais :

La licorne du Thibet  s’appelle, dans la langue du pays, séroum, tou-kio-cheou en chinois et keré en mongol. La licorne se trouve mentionnée pour la première fois chez les Chinois dans un ouvrage qui traite de l’histoire des premiers siècles de notre ère. Il y est dit que le cheval sauvage, l’argali et le kiotouam sont des animaux étrangers à la Chine, qu’ils vivent dans la Tartarie, et qu’on se servait des cornes du dernier pour faire des arcs qu’on nommait arcs de licorne

Les historiens chinois, mahométans et mongols parlent tous de la tradition suivante : En 1224, Tchinggiskhan se préparait à aller attaquer l’Indoustan. Ayant soumis le Thibet, il se mit marche pour entrer dans l’Enedkek (l’Inde). Comme il gravissait le mont Djadanaring, il vit venir à sa rencontre une bête fauve de l’espèce appelée sérou, qui n’a qu’une corne sur le sommet de la tête. Cette bête se mit trois fois à genoux devant lui comme pour témoigner de son respect. Tout le monde fut étonné de cet événement et le monarque s’écria :

« L’empire de l’Indoustan est, à ce qu’on assure, le pays où naquirent les majestueux Bouddhas et Baddhisatvas ainsi que le puissant Bogdas ou prince de l’antiquité. Que peut donc signifier que cette bête privée de la parole me salue comme un homme ? »

Cela dit, il rebroussa chemin et retourna dans sa patrie. L’Indoustan fut sauvé par une licorne. Ce fait, pour être fabuleux, ne démontre pas moins l’existence d’un animal à une seule corne dans les hautes montagnes du Thibet. 

Il y a dans ce pays des endroits qui tirent leur nom du grand nombre de licornes qui y vivent par troupeaux, tel que le canton de Sérou-dziong, c’est à-dire village de la rive des licornes, il est situé dans la partie orientale de la province de Kham et tout près des frontières de la Chine. licorneLes licornes hantent de préférence les pays qui ont des lacs salins, elles lèchent le sel qui est déposé sur les terres environnantes, elles ont une forme gracieuse qui rappelle celle de l’antilope, elles ont de grands yeux expressifs et fort beaux, elles sont d’une couleur rougeâtre à la partie supérieure du corps et blanche dans les parties inférieures, elles sont très farouches dans l’état sauvage. Il est impossible de les approcher, car elles s’enfuient au moindre bruit. Attaquées, elles font face à l’ennemi et elles résistent courageusement. Blessées, elles poussent des cris qui se rapprochent des cris humains. 

Le mâle et la femelle ont la même apparence. 

Les caractères distinctifs de la licorne sont d’abord une corne noire longue et pointue, ayant trois légères courbures avec des anneaux circulaires vers la base, ils sont plus saillants sur le devant que sur le derrière de la corne qui a généralement cinquante centimètres de longueur et dix centimètres de circonférence. 

Second signe distinctif, la licorne a deux touffes de crins qui sortent du côté extérieur de chaque narine. Beaucoup de soie autour du nez et de la bouche. Son poil très dur est creux comme celui de tous les animaux qui habitent le nord de l’Himalaya, il a environ cinq centimètres de longueur, il est si touffu qu’il fait l’effet au toucher d’une masse solide. En dessous de ce rude poil, la licorne a sur le corps un duvet fin, doux. Ceci est un trait distinctif propre à tous les quadrupèdes qui vivent dans les régions des monts Himalaya, et les fameuses chèvres dites kachemir le possèdent aussi, et c’est avec ce duvet  qu’on fait les châles cachemir. 

Il est probable que l’antilope-licorne du Thibet est l’oryx capra des anciens, elle se trouve aussi dans les déserts de la haute Nubie. Les Nubiens la nommant ariel, les Hébreux la nommaient reèm et les Grecs monokéros

*Thibet ou tibet : les deux transcriptions orthographiques sont possibles. Cela s’explique suivant qu’on accepte l’étymologie chinoise ou thibétaine du mot.

Louis De Vorth. « Les Deux mondes. » Paris, 1880.