légendes

A bas Croquemitaine !

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Petites mamans, renouvelez votre répertoire, trouvez de nouvelles histoires, inventez de belles choses, ayez des idées neuves, des images drôles. Ne parlez jamais à votre petit de cet imbécile de Croquemitainedont la bêtise terrible hante la cervelle de l’enfance depuis le bon vieux temps.

Evitez à la jeune intelligence qui s’éveille l’effroi d’un pareil homme méchant et stupide, évitez que naisse en la tête de bébé l’idée monstrueuse et annihilante de la peur. La peur, voyez-vous, c’est le dernier sentiment à faire connaître à un enfant, c’est le premier que les mamans développent inconsidérément en lui, sans s’en douter bien souvent.

Vous rendez votre enfant, dont l’intelligence exagère vos dires, craintif et pusillanime; le monde pour lui se peuple de fantômes, et voilà qu’à cet âge heureux où la vie ne devrait être qu’épanouissement, vous lui donnez un cadre d’effroi, où se meuvent Croquemitaine et le loup-garou.

Dites-leur plutôt de câlines légendes, où tous les petits bonshommes vivent joyeux.

« Floréal. » Dr. Jane Mille, Paris, 1920.

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Les fées de France

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La France était bien plus belle quand elle avait encore des fées. Nous étions la poésie du pays, sa foi, sa candeur, sa jeunesse. Tous les endroits que nous hantions, les parcs embroussaillés, les pierres des fontaines, les tourelles des vieux châteaux, les brumes des étangs, les landes marécageuses, recevaient de notre présence je ne sais quoi de magique et d’agrandi.

A la clarté fantastique des légendes, on nous voyait passer un peu partout, traînant nos jupes dans un clair de lune, ou courant sur les prés à la pointe des herbes.

Dans les imaginations naïves, nos fronts couronnés de perles, nos quenouilles enchantées, nos baguettes, mêlaient un peu de crainte à l’adoration. Aussi, comme nous donnions le respect de ce qui est vieux, nous, les plus vieilles du monde ! D’un bout de la France à l’autre, on laissait les forêts grandir, les pierres crouler d’elles-mêmes. Mais les siècles ont marché. Les Chemins de fer sont venus. On a creusé des tunnels, comblé les étangs, et fait tomber tant de coupes d’arbres que nous n’avons plus su où nous mettre.

Dès lors, la vertu de nos baguettes s’est évanouie, et, de puissantes reines que nous étions, nous nous sommes trouvées de vieilles femmes ridées, méchantes. Et voilà comment la France a laissé toutes ses fées mourir.

Extrait « Contes du lundi. » Alphonse Daudet.
Illustration : The kelpie de Herbert James Draper.

L’alchimiste et les trois paysans

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L’alchimiste et les trois paysans

Un prétendu historien franc-comtois, maître Jacques Colombiers, qui écrivait au milieu du seizième siècle, donne comme très authentique l’historiette suivante:

Un célèbre alchimiste de Besançon annonça qu’il avait trouvé, à force de recherches et de dépenses :

1° La pierre philosophale, c’est-à-dire l’art de créer de l’or.
2° l’élixir de vie éternelle.
3° la panacée ou remède à tous les maux.
Il guérissait radicalement toutes blessures, et, pour le prouver, il offrit une grosse somme à quiconque voudrait se laisser couper quelque membre; que sous peine de la vie il s’engageait à rétablir.

Trois paysans se présentèrent; l’alchimiste leur compta la somme promise et se disposa à opérer sans douleur, en présence d’une nombreuse assemblée.

A l’un, il coupa la main gauche ; au second, il arracha les yeux; il tira hors du ventre les intestins du troisième; après quoi, il couvrit de son baume les plaies des trois opérés qui dirent n’avoir éprouvé aucune douleur.

L’assemblée s’étant déclarée très satisfaite, le rétablissement des parties enlevées à ces hommes fut remis au lendemain par l’alchimiste, qui confia à une servante les débris des patients qu’il avait posés pêle-mêle dans un grand plat.

Malheureusement, la servante oublia de surveiller le plat; un chat emporta la main du premier opéré, et un chien vint, qui dévora le reste. Tremblant d’être punie, elle voulut réparer le mal. S’emparant du chat, elle le tua et prit ses yeux, qu’elle jeta dans le plat ; elle courut acheter les tripes d’un porc, qu’elle mit à la place de celles de l’homme, et enfin, le soir, elle s’en alla au gibet de la ville couper la main d’un voleur, qu’on avait pendu le matin.

Le lendemain, le peuple s’étant assemblé de nouveau, et les trois paysans étant revenus, l’alchimiste remit au premier la main du pendu; les yeux du pauvre chat furent ajustés dans la tête du second, et les intestins du porc prirent place dans le ventre du troisième.

Toutes les plaies disparurent, et les paysans s’en allèrent au grand ébahissement du peuple.
Un an après, les trois Savoyards se rencontrèrent dans une foire :

C’est singulier, dit l’un d’eux, la main qu’on m’a raccommodée ne peut s’empêcher de prendre ce qu’elle rencontre.

Moi, dit le second, depuis qu’on m’a remis les yeux, j’y vois plus clair la nuit que le jour.

Moi, ajouta le troisième, mon aventure m’a donné des goûts singuliers : je ne peux voir une auge à porcs sans être tenté d’aller y manger. 

 Et ils se séparèrent, après s’être ainsi communiqué leur nouvelle façon d’être; mais, au demeurant, l’on ne vit jamais trois gaillards mieux portants.

La légende des Anges protecteurs de Mons

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La légende des Anges de Mons est une légende urbaine selon laquelle un groupe d’anges seraient apparus aux soldats de l’armée britannique, au début de la Première Guerre mondiale, lors de la bataille de Mons en Belgique. Elle fut particulièrement connue à l’époque, surtout dans le monde anglo-saxon, et elle continue à faire parler d’elle aujourd’hui encore grâce à Internet et au New Age.

Les origines et fondements de cette légende sont multiples. En effet, il est courant, qu’en temps de guerre, face à la violence des combats, les soldats soient empreints d’une certaine spiritualité qui répond à des interrogations logiques, et interroge le fondement même de l’individu plongé dans une guerre qui le dépasse. La proximité de la mort et les conditions de vie stressantes constituent un terreau propice à la propagation de légendes, dans un monde dans lequel les moyens de communication entre le front et l’arrière sont maigres et dans lequel les rumeurs se multiplient.

Grâce à saint Georges ?

La Grande Guerre connaitra de nombreuses légendes qui raconteront qu’en différents endroits du front, des soldats auraient obtenu l’aide de figures célestes. En fonction du contexte, ces figures prendront la forme de personnages religieux (le Christ, la Vierge Marie), de personnages légendaires ou de héros nationaux (Saint-Georges, Jeanne d’Arc, …). Ces derniers témoignent du fait que ces apparitions dépassent la simple recherche de spiritualité, mais s’ancrent dans un inconscient collectif et dans un phénomène plus complexe touchant à la légitimation de la guerre. De multiples facteurs entrent en jeux dans la propagation de ces légendes. Pour les anges de Mons, un élément important est l’intervention d’Arthur Machen, écrivain fantastique britannique. Le 29 septembre 1914, il publie dans le London Evening News, une nouvelle qui raconte qu’un soldat britannique, lors d’une bataille contre des soldats allemands, invoqua saint Georges. Aidés d’archers revenus directement de la bataille d’Azincourt, le Saint-Patron de l’armée britannique mit en déroute l’armée allemande. Le ton est celui du témoignage et non de la fiction, ce qui sema la confusion dans la perception de l’histoire. L’auteur stipula, peu de temps après la parution de son œuvre, qu’il s’agissait d’une pure fiction qu’il avait écrite afin de soutenir le moral de ses compatriotes.

Et la fiction devint légende

La rumeur se propagea rapidement en Angleterre. Durant les mois qui suivirent, de nombreux articles ou ouvrages parurent relayant les témoignages de soldats ayant participé à la Grande Retraite. La légende prit des formes diverses. Les anges qui apparurent aux troupes britanniques étaient présentés de différentes manières : nuage lumineux, cavalier, chevalier ailé, etc… Des revues spiritualistes s’emparèrent du phénomène, tout comme l’Eglise. Des sermons racontant la légende et l’intervention divine furent diffusés sur le front comme à l’arrière. Des artistes peignirent le phénomène et des œuvres musicales furent composées. La légende avait véritablement imprégné la société britannique, avec le soutien probable des autorités qui y voyaient un moyen de soutenir l’effort de guerre.

L’apparition des Anges: entre mythe et réalité

La lecture de la presse cléricale était, au début du XXe siècle, très importante et très influente. Ainsi en mai 1915, le révérend Gilson, rédacteur en chef d’All Saints et prédicateur influent et populaire de Manchester, sera vite débordé lors de la réimpression de l’histoire de Machen. L’histoire est diffusée en grand nombre. D’autres éditions ou réécritures de Machen vont apparaître sur tout le territoire anglais. L’histoire d’une infirmière, ayant prétendu avoir soigné des soldats ayant vu les Anges, va aussi voir le jour et sera rapidement diffusée dans les revues paroissiales et utilisée dans les sermons de toutes les églises protestantes du Royaume-Uni.

Dieu du côté des Alliés?

En août 1915, Arthur Machen réédite son ouvrage, il y ajoute une préface claire en y indiquant que son histoire était fictive et qu’il n’y a aucun fondement avec la réalité. Cependant, le déni de Machen ne va pas changer la donne, la population croit encore ardûment à l’apparition des Anges. Une des conséquences de cette nouvelle édition est la publication d’une vaste série d’ouvrages prétendant fournir la preuve de leur existence. Dès 1915 une enquête de la Society for Psychical Research [1] indique qu’il n’existe pas de témoignage de première main. Elle indique que les Anges s’avèrent, après enquêtes être fondés sur la seule rumeur et ne peuvent être rattachés à aucune source sérieuse.

En fait, les Anges de Mons ont souvent été cités comme la « preuve » que Dieu était du côté des Alliés. À la fin de l’été 1915, il aurait été antipatriotique, voire presque une trahison, d’en douter. Cela va même perdurer jusque dans les années 60 car un historien britannique indique dans l’un de ses ouvrages qu’une intervention surnaturelle a été observée, plus ou moins fiable, du côté britannique, en effet, les Anges de Mons étaient le seul fait surnaturel reconnu de la guerre par les autorités supérieures.

L’Etat britannique préfère y croire

Nous avons dès lors l’impression que l’État britannique n’intervient pas dans cette histoire. Deux conceptions voient le jour : la première est la non-intervention du Gouvernement dans l’expansion de la légende et la seconde est qu’il l’aurait encouragée secrètement. Cette deuxième tendance semble à privilégier. En effet, le Gouvernement n’interagit pas officiellement, aucune déclaration ne concerne cette apparition mais cette vision des Anges a donné un regain patriotique. Les Autorités voulaient que les hommes s’enrôlent dans l’armée et attendaient le soutien des populations civiles dans leur effort de guerre. Cette apparition arrive au bon moment, car cette reconnaissance de l’aide de Dieu dans le premier conflit mondial permet ainsi d’avoir une opinion publique ralliée à la cause du Gouvernement. Mons devient dès lors le lieu cette vision car c’est le lieu du premier conflit des Britanniques et l’apparition des Anges devient le signe tangible de la victoire future des armées alliées.

Les Autorités possèdent un système de censure assez considérable où l’importance est donnée à la propagande, la désinformation et la rumeur. Le seul moyen d’obtenir de l’information est uniquement possible à partir des soldats, des connaissances, des journaux et des magazines. Ces derniers possèdent leurs informations uniquement à partir des rapports que l’armée veut bien donner. La population a besoin de recevoir des nouvelles du continent. Ainsi, par exemple, en 1914, une rumeur se propage rapidement : des soldats russes seraient arrivés en Angleterre avec encore de la neige sur leur bottes. Dès lors, nous constatons un flou entre la rumeur et l’information véridique. La légende des Anges et la rumeur de l’arrivée des soldats russes sur le front ouest sont clairement bénéfiques à la cause alliée et dès lors, les Autorités laissent l’information se diffuser. L’organe de censure aurait pu arrêter la diffusion de ces affirmations grâce à son important arsenal de gestion de l’information. Il permet non seulement la suppression des nouvelles préjudiciables issues des lettres de soldats mais également la rétention des informations jugées utiles.

Instrumentalisation des Anges

Le général de brigade Charteris va jouer un rôle important dans cette histoire. Officier du renseignement, il participe, entre autres, à la retraite de Mons. Il était conscient de la puissance et de l’utilité de la désinformation. Son implication dans la diffusion de la rumeur de l’arrivée des troupes russes ne peut pas être confirmée, par contre, une autre histoire légendaire a bien été créée et définie par Charteris. Elle concerne l’histoire de l’usine de cadavres. Il aurait été l’initiateur de la rumeur prétendant que les Allemands utilisent les corps des soldats morts pour en faire des munitions ou des aliments pour animaux. Celle-ci va perdurer durant toute la première guerre pour être démentie en 1925. Lors d’une conférence aux Etats-Unis, Charteris explicite la création de cette histoire par l’Intelligence britannique afin de rallier la Chine aux Alliés. Connaissant son implication dans la diffusion de rumeurs durant la guerre, il paraît évident qu’il a joué un rôle dans l’expansion de l’apparition des Anges. Il aurait rédigé l’histoire dans une lettre destinée à son épouse où il aurait traité des Anges lors de la retraite de Mons. Cependant, ce document, censé se retrouver dans l’ensemble des lettres envoyées à sa femme, plus de 1200 pièces, n’est pas retrouvée. Pourrait-on parler de coïncidence ? Il serait plutôt la preuve de l’implication du service de Renseignement britannique dans la propagation du mythe.

L’ouvrage de Machen peut avoir eu un rôle dans la création du mythe ultérieur mais il semble probable qu’il fut assisté de façon constante par l’Intelligence britannique. Si cela est correct, les Anges de Mons peuvent être considérés comme une pièce intéressante de l’histoire sociale, mais aussi comme un exemple magistral et durable au début de la désinformation et de la propagande.

Peut-être des hallucinations

Après la guerre, de nombreuses personnes vont se lancer à la recherche de l’apparition des Anges de Mons. Résultat de ces recherches : l’apparition n’aurait aucun lien avec l’expérience réelle. Les origines des Anges de Mons ne se trouveraient pas dans les événements de la bataille elle-même mais plutôt au moment où l’armée entre dans une nouvelle phase noire de la guerre des tranchées entraînant de ce fait une souffrance incessante. La seule preuve réelle des visions apparue au cours des débats vint de soldats véritablement en service qui ont déclaré qu’ils avaient eu des visions de cavaliers fantômes, pas d’anges ou d’archers, et ceci s’était produit durant la retraite plutôt qu’au cours de la bataille elle-même. Puisque pendant la retraite beaucoup de soldats étaient épuisés et n’avaient pas dormi correctement depuis des jours, il se peut que ces visions furent des hallucinations.

L’histoire d’une intervention divine a pu donc se développer dans ce contexte sombre. Le Gouvernement a certainement dû agir pour remonter le moral de l’opinion britannique suite aux nombreuses défaites et à l’enlisement de la guerre, alors que l’on pensait que tous les soldats seraient rentrés pour Noël. De plus en plus de soldats décèdent sur le champ de bataille et plusieurs légendes et mythes se développent de façon considérable sur le territoire anglais. L’histoire des Anges de Mons va prendre une dimension plus importante grâce à l’ouvrage de Machen. Même s’il indique que cette aventure est pure invention, cela déclenche un mouvement populaire de croyance impossible à désamorcer. Tout cela se traduit par la création d’une légende durable, survivant bien au-delà de la courte histoire qui l’a créée. Ainsi, l’histoire a été absorbée par la mémoire populaire britannique.


[1]
La Society for Psychical Research est une association à but non lucratif britannique fondée en 1882 dont l’objectif est d’étudier d’un point de vue scientifique les phénomènes décrits comme paranormaux.

http://www.mons.be/decouvrir/histoire/1914-1918/les-anges-de-mons

Les nœuds de sorcière

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Ces figures, qui donnent l’impression de n’être que des éléments de décoration voulus par un ébéniste, possèdent en réalité une fonction magique bien précise. Elles sont censées soit représenter l’esprit tordu du démon, soit être des amulettes destinées à protéger les lieux.

Tout maléfice étant par définition entrave à la vie, celui-ci se traduit souvent dans l’imaginaire par des nœuds effectués par des sorcières. Leur opposer une figure qui représente elle-même un nœud, c’est combattre le mal par le mal. Selon une autre croyance, ces nœuds sont supposés interdire l’entrée de la maison aux mauvaises gens; ou encore être destinés à l’esprit malin, à charge pour lui de passer son temps à essayer de le dénouer plutôt qu’à faire le mal …

« A la découverte de la France mystérieuse. », p.11, Sélection du Reader’s Digest,