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Les nains dans la caverne aux loups

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Arthur Rackham
Arthur Rackham

Non loin de Férette on voit de grands et larges rochers dans lesquels se cache une caverne très étendue. Là demeurait, il y a quelques centaines d’années, une peuplade de nains. Ils étaient petits et gracieux, mais ils portaient de longues robes allant jusqu’à terre, si bien qu’on ne pouvait apercevoir leurs pieds. Ils ne connaissaient pas la mort et restaient éternellement jeunes. Leurs voix étaient très claires et leurs yeux brillaient comme des étoiles. Leurs ustensiles de ménage resplendissaient de même, car ils étaient faits d’argent.

Quelquefois ces nains sortaient de leur caverne pour aider les hommes dans leurs travaux. Cela se passait surtout lors de la fenaison et de la moisson. Ils se répartissaient par couples dans chaque maison, et apportaient eux-mêmes leurs outils. Ils étaient les plus assidus au travail.

En quittant les hommes ils leur laissaient toujours de riches cadeaux. Aussi les habitants des villages les aimaient-ils bien et se réjouissaient-ils de leur venue. Ils se montraient reconnaissants et les invitaient a toutes leurs fêtes. Une seule chose leur déplaisait, c’était de ne jamais apercevoir les pieds de ces nains.

Pour en connaître au moins l’empreinte, des fillettes allèrent un jour, avant le lever du soleil, répandre du sable sur le sol à l’entrée de la caverne. Elles pensaient qu’en allant se promener dans la forêt, les nains devraient infailliblement laisser l’empreinte de leurs pieds sur le sable.

Dès que les nains eurent passé, les fillettes regardèrent le sable et y virent l’empreinte de pieds de chèvres. En voyant cela, elles rirent si bruyamment que les nains les entendirent. Ils se fâchèrent et rentrèrent dans la grotte.

On ne les revit plus jamais à partir de ce moment.

« Légendes d’Alsace. »   Robert Wolf,  M. de Monté-Lénès, Paris, 1922. 

La malédiction des grenouilles et des canards

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ermite

On raconte qu’il y avait dans le village d’Avort (commune de Louerre), à une époque fort ancienne, une chapelle desservie par un ermite dont le nom ne nous est point parvenu. D’aucuns prétendent qu’il mourut en odeur de sainteté. Sa demeure de solitaire était au bord d’un ruisseau dont les rives sont restées charmantes.

Le saint homme passait fort souvent le jour et la nuit en prières, mais il avait presque toujours à se plaindre du chant des grenouilles et des canards, fort nombreux sur le petit cours d’eau. A bout de patience, l’ermite conjura les grenouilles et les canards. Depuis ce temps les grenouilles ne chantent plus; les canards sont privés de postérité et ont les pattes effroyablement torses.

Les paysans qui m’ont conté cette histoire affirment que l’anathème du saint porte encore ses fruits. Je ne parle pas des canards, dont l’élevage a été fort abandonné à Avort. Les grenouilles chantent fort peu, peut-être parce que les eaux du ruisseau d’Avort sont très froides et leur plaisent peu pour cette raison.

Il reste à Avort quelques pans de murs très informes qui passent pour être les restes de l’ermitage.

Lionel Bonnemère, 1886.