Légion d’honneur

Décoré

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Nous venons de rencontrer un ami qui figure, si nous osons dire, parmi les nouveaux chevaliers.

Congratulations d’usage.

Et l’ami de nous dire, en manière d’excuse :

Il y a des gens qui disent qu’ils ne l’ont pas demandée. C’est des farceurs ! Moi, je dis que, non seulement je ne l’avais pas demandée, mais que j’avais supplié le ministre de ne pas me la donner. Et puis, il me l’a donnée tout de même pour me contrarier. Alors, je la porte, exprès pour faire croire au ministre que ça ne me contrarie pas. Comme ça, c’est le ministre qui est embêté ! 

A quoi-on en arrive tout de même par ces temps de chaleur…

« Chantecler : littéraire, satirique, humoristique. »  Hanoï, 1933.
Peinture illustration : Lucien Simon.

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La Madelon

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La récente promotion de la légion d’honneur compte parmi tant de noms celui de M. Camille Robert, professeur et compositeur de musique. Depuis trente-huit ans, Camille Robert fait partie de l’orchestre de l’Elysée dont il est chef depuis 1927.

Mais son plus grand titre de gloire, c’est d’avoir composé la « Madelon ». Bien des légendes ont couru sur cette chanson, qui nous était très familière dans notre pays. Voici sa vraie histoire :

Camille Robert avait déjà composé pas mal de chansons et même des marches militaires, quand un jour il reçut la visite de l’acteur et comique troupier Bach (charles-Joseph Pasquier) , bien connu maintenant par le cinéma, et de Bousquet éditeur de musique. Ils voulaient un air très entraînant et très gai pour une chanson de soldat honnête et qui puisse être chantée partout.

L’air fut vite composé et au mois de mars 1914, à Paris, Bach créait la  « Madelon », qui, dans la suite, devait rencontrer un énorme succès.

Faut-il le dire, la « Madelon » n’a pas enrichi son auteur, mais il n’en est point navré.

 
« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. »  1933.
Illustration : Camille Robert, compositeur de la Madelon, chef d’orchestre de l’Elysée. Agence Mondial. 1933.

Décès de l’écrivain et académicien Alain Decaux

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L’écrivain Alain Decaux, qui a incarné pendant près de 50 ans l’histoire à la radio et à la télévision, est décédé dimanche à l’Hôpital Georges-Pompidou à Paris, à l’âge de 90 ans.

Élu à l’Académie française en 1979, ministre de la Francophonie du gouvernement Rocard (1988-1991), ce grand conteur et vulgarisateur a créé et animé plusieurs émissions devenues cultes. En 1951, il crée «La tribune de l’histoire» à la radio (diffusée de 1951 à 1997). En 1956, c’est le tour de la télévision avec «La caméra explore le temps» (avec Stellio Lorenzi et son complice André Castelot), qui ne s’arrêtera que dix ans plus tard. De 1969 à 1987, dans «Alain Decaux raconte», «Alain Decaux face à l’histoire», puis «Le dossier Alain Decaux», il occupe le petit écran chaque mois pendant une heure, traitant d’un personnage ou d’un événement historique.

Né le 23 juillet 1925 à Lille, ce fils d’avocat a étudié le droit à Paris et suivi des cours d’histoire à la Sorbonne, sans se soucier d’obtenir un diplôme. Il publie son premier livre, «Louis XVII retrouvé», en 1947 et est couronné par l’Académie française, trois ans plus tard, pour son second ouvrage, «Letizia».

En 1960, il fonde la revue Histoire pour tous, et va collaborer à de nombreux journaux et revues. Dialoguiste du film «Les misérables» (1982) de Robert Hossein, avec qui il aura une intense collaboration artistique, il est aussi biographe de Victor Hugo et admirateur d’Alexandre Dumas, à qui il consacre en 2010 un «Dictionnaire amoureux», et de Sacha Guitry, dont il était l’ami intime. On lui doit aussi «Alain Decaux raconte la Bible aux enfants», «C’était le XXe siècle» (en quatre volumes), «Le Tapis rouge», sur son expérience ministérielle, ou au théâtre, «N’ayez pas peur» sur le pape Jean Paul II.

Alain Decaux a été en 1973 le premier président, élu au titre de la télévision, de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. En 1989, il a été nommé coordonnateur de la politique télévisuelle extérieure française. Depuis 1999, il existe un prix Alain Decaux de la francophonie.

Marié deux fois, père de trois enfants, il a été élevé en 2014 à la dignité de grand’croix de la Légion d’honneur.

http://www.courrier-picard.fr/region/deces-de-l-ecrivain-et-academicien-alain-decaux-a-90-ans-ia201b0n748985

Palmes et rubans

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On les a distribués les rubans violets par milliers, lors du 14 juillet, mais assez honnêtement. Il faut reconnaître que l’administration, cette année, a réagi contre la facilité déplorable avec laquelle on distribuait les palmes, et dont voici un exemple :

A Nîmes, M. Gaston Doumergue fit accorder un jour les palmes au gardien du Jardin de La Fontaine, parce que celui-ci se plaignait de ne pas les avoir.

Comment ! s’écria M. Doumergue quand il connut le désir de cet excellent homme, j’ai été cinq fois Ministre de l’Instruction publique et il y a encore des Nîmois qui n’ont pas les palmes ? Ce n’est pas admissible ! Vite, qu’on les donne au gardien de La Fontaine.

Souhaitons que si l’on met bon ordre au gaspillage des palmes académiques, on veille aussi au respect dû à la Légion d’honneur. On jase fort, à ce propos, de la déception d’un poète qui usa en vain de ses relations à la préfecture et à la mairie, paraît-il, pour avoir un ruban rouge au titre « Régionalisme…. » Il y a des gens qui ont tous les toupets !…

Nous espérons bien que l’ opinion publique dénoncera ces petites intrigues. La mendicité est interdite. Il ne suffit pas de s’être fait nommer par un groupe d’amis président de quelque petit club ou d’avoir montré (dans un dessein bien personnel) une vague activité lyrique, pour mériter ce que d’autres ont acquis par leur génie, leur dévouement ou leur courage.

Si l’on veut honorer le Régionalisme en Limousin, qu’on décore Jean Nesmy, qui vient d’être couronné par l’Académie française; qu’on décore René Farnier, véritable artisan de la renaissance du terroir.

Ceux-là d’abord. On verra plus tard, pour les mendiants…

« La Revue limousine. » Limoges, 1926.

Histoire d’un ongle

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Aux premiers temps de la Restauration, le secrétaire du maréchal Macdonald, alors grand chancelier de la Légion d’honneur, vit un jour entrer dans son cabinet un individu assez pauvrement vêtu. Comme il était porteur d’une recommandation de l’aide de camp d’un prince du sang, le secrétaire lui fit pourtant bon accueil.

Monsieur, dit le solliciteur, je viens vous exposer mes titres à recevoir la décoration de la Légion d’honneur; après m’avoir entendu, je ne doute pas que vous ne fassiez droit à ma demande.

Je vous écoute, dit le secrétaire.

L’autre, avant de parler, retira alors de sa poche une petite boîte en chagrin, doublée en velours noir, et en sortit un objet enveloppé d’un papier de soie : il déploya le papier avec précaution, saisit délicatement entre le pouce et l’index l’objet qui y était enfermé et le présenta.

Le fonctionnaire s’attendait à voir un diamant, une pierre précieuse d’un grand prix.

Mais, monsieur, finit-il par dire, au comble de l’étonnement, ce que vous me montrez là est un ongle, si je ne me trompe. Cela ressemble furieusement, permettez-moi de vous le dire, à une plaisanterie ou à une mystification.

Monsieur, répondit le solliciteur, ce n’est ni une plaisanterie ni une mystification.

Et il raconta l’histoire de cet ongle.

C’était en août 1793. La Convention venait d’ordonner l’ouverture des tombeaux de Saint-Denis. Le quémandeur de croix avait alors suivi la foule, et, s’étant approché du cercueil de Louis XIV, avait dérobé l’ongle du gros orteil du pied droit du « grand roi». Il l’avait conservé et gardé…  jusqu’au moment où il pourrait faire valoir cet acte de « dévouement», comme il disait.

Le secrétaire était fort embarrassé. Intérieurement, il avait grande envie de rire, mais ne pas tenir compte de cette action « méritoire », c’était peut-être s’exposer à ne pas attacher assez d’importance aux souvenirs de la dynastie ! Et l’on sait si, en ce temps-là, les royalistes faisaient preuve de zèle !  Il prit le parti le plus sage : celui d’en référer à son supérieur. 

Celui-ci, qui, malgré son royalisme, était demeuré un soldat et estimait que l’ongle de Louis XlV n’était qu’un ongle comme les autres, se trouva très perplexe à son tour.

Louis XVIII fut consulté et n’hésita pas à déclarer que le fait d’avoir sauvé du désastre une pareille épave méritait les plus grands honneurs. Notre homme fut donc fait chevalier, comme il le désirait ! Le précieux ongle lui fut, en outre, acheté très cher.

Mais on n’osa jamais approfondir si l’on n’avait pas eu affaire à un simple farceur… très ingénieux, du reste.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.