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Le fascisme contre les huit heures

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otto-griebelC’est une attaque généralisée qui se dessine dans le monde contre les réglementations du travail conquises pendant la guerre.

L’année 1919 avait été une année décisive pour les classes ouvrières. C’était le moment où les mineurs anglais obtenaient les 7 heures, où les salariés de France et de partout s’assuraient les 8 heures qui, depuis 1889, n’avaient pas cessé d’être l’objet d’une
propagande soutenue.

A la vérité, depuis lors, et surtout à l’abri de la crise économique de 1921-1922, la grande industrie s’était efforcé de ressaisir le terrain perdu. Mais dans aucune contrée, jusqu’ici, on n’avait songé à revenir expressément sur la législation établie. Il a fallu que les conservateurs se sentissent bien assis au pouvoir, outre-Manche, pour qu’ils osassent restaurer l’ancienne durée du labeur dans les mines.

Ils ont été dépassés par Mussolini. Le dictateur italien, usant de la procédure des décrets qui lui est chère, a supprimé la journée de 8 heures, au mépris des engagements internationaux. Mais il ne s’est pas contenté de retourner aux 9 heures. La circulaire qui a paru hier, et qui est signée du grand patronat, restaure les 10 heures en certaines entreprises. On mesure le chemine parcouru depuis 1922. Un ouvrier, qui critiquait le décret du duce, a été condamné à six ans de prison.

C’est la servitude.

Mais prenons y garde, le précédent italien est partout exploité.  Il flatte d’indolence de cette partie  de l’industrie, qui compte sur les longues journées plutôt que sur le perfectionnement de l’outillage.

Le document des experts, chez nous, faisait une vague allusion (menaçante pourtant) à l’augmentation de la durée du labeur. C’est pourquoi l’exemple de l’Italie  mussolinienne ne saurait être trop dénoncé.

Victor Vasseur. « L’Ere nouvelle. »   Saïgon 1926.
Illustration : Otto Griebel.

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La mode du duel

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duel

N’êtes-vous pas frappé de voir dans les journaux un échange presque quotidien d’explications, d’envois de témoins, de propositions et de récits de duels ? Ne remarquez-vous pas la futilité des raisons pour lesquelles on prend l’habitude de se battre ou de faire croire qu’on se bat ? C’est un signe des temps, et un signe de décadence dans les moeurs publiques. 

La presse n’existait pas au seizième siècle, et on se battait régulièrement trois contre trois, six contre six, avec la dague et le poignard, et à tout propos. Anciennement les protestants et les catholiques défendaient leur foi, mais au fond, ils servaient leurs passions, les armes à la main. Les moeurs étaient soldatesques et dissolues, et la corruption italienne avait gagné toutes les classes de la société française. On était devenu cruel, parce que la vie était une partie qu’on jouait tous les jours. Au fond le duel n’était pas la sauvegarde des querelles d’honneur, mais une manie de verser du sang, et une mode que le retour de la paix et le rétablissement de l’autorité royale devaient faire cesser. 

Il y a quelque analogie entre cette fureur des duels d’autrefois et la ridicule manie qu’ont les hommes aujourd’hui de recourir aux armes pour régler leurs différends. Il y a aussi quelque analogie entre ces temps troublés où la France était divisée en protestants et catholiques, et la France d’aujourd’hui, que l’on veut absolument diviser en républicains et en conservateurs. Ce ne sont plus les manieurs d’épée qui font les duels, ce sont les manieurs de plumes, ce sont les journalistes qui mettent cette coutume à l’ordre du jour. On s’adresse des témoins qui disent dans un journal que Monsieur un tel a cédé ou n’a pas cédé, et puis on se bat, ou on ne se bat pas. Quand on se bat, généralement le duel n’est pas sérieux, et les témoins rendent compte de ces combats parfaitement indifférents au public. Ils décernent même des procès-verbaux de courage et d’honneur. 

Il faut avouer que la liberté d’une certaine presse n’a plus de bornes. Sous prétexte de liberté, on voit les plus odieuses, les plus ridicules, les plus dégoûtantes productions de l’imprimerie livrées en pâture à la curiosité publique et tenter, par une réclame habile, de surprendre la bonne foi des passants. Bon nombre de gens, ne se privent pas de juger un homme, non pas sur ses actes publics, mais sur sa vie privée. Il en est même qui pensent que tous les moyens sont bons pour perdre un adversaire politique. Rien ne les arrête, et tous les jours ou toutes les semaines l’écluse s’ouvre pour verser la boue ou l’injure. Dans ces conditions spéciales, et qui ne sont que trop fréquentes, le duel est impossible. 

Reste le procès en diffamation. Mais un procès a toujours dans ses flancs un peu de politique, et la justice est quelquefois bien embarrassée. Il arrive nécessairement que bon nombre de gens qui auraient toute raison de jouer un rôle dans le jeu des affaires publiques ne se sentant pas protégés et se sachant absolument menacés, préfèrent rester cachés dans la vie privée pour se soustraire à des batailles, où il leur semble que le sang-froid leur ferait défaut. Leur dignité les tient à l’écart. c’est un grand malheur. 

Dans ces conditions, il nous semble qu’un honnête homme doit puiser en lui-même une force de résistance et de dédain qui le met à même d’avoir le courage de son opinion. Or il est courageux de refuser, dans certains cas, une provocation, lorsque le dédain ne porte pas sur des questions où est vraiment engagé l’honneur. Il n’est pas toujours vrai de dire qu’un homme soit courageux quand il provoque le péril d’un duel. Il peut être très habile à l’épée ou au pistolet et avoir trop la conscience de sa supériorité. D’ailleurs le duel ne prouve absolument rien, ni que l’un a tort ou l’autre raison, ni que l’un est courageux et l’autre lâche. Il n’a d’excuse qu’au cas où la haine des deux adversaires est partagée et où tous les deux sont d’accord pour reconnaître qu’ils doivent exposer leur vie, dans l’espérance que l’un disparaîtra. 

Ces réflexions nous amènent à penser que si les moeurs continuent à prendre l’habitude des vengeances particulières et des rencontres armées, il serait bon de chercher à introduire en France la législation anglaise. Elle proscrit le duel et condamne à d’énormes amendes quiconque a porté atteinte à l’honneur d’autrui. Elle regarde l’honneur comme une propriété à laquelle nul ne peut toucher. Toute atteinte qui lui est portée est passible de dommages-intérêts. 

Nous sommes assurés que l’application sérieuse de ces principes, rétablirait le bon ordre dans les esprits et dans les moeurs publiques. 

Reybaud. « La Revue-magasin. » p. 164. Paris, 1887.
Peinture de Bakalovycz (Бакалович В).

L’esclavage à Batavia

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On nous assure continuellement, et de la façon la plus grave, que l’esclavage n’existe plus sous aucune législation civilisée. Aussi savourerez-vous cette petite annonce prise dans un journal de Batavia :

« Livraison au plus bas prix : bons bœufs de trait de Madura; magnifiques bêtes de boucherie de Madura; travailleurs jeunes, sains et bien bâtis de Java-Est, hommes et femmes à 6o gulden (123 francs) franco Belawan; chevaux de selle et de voiture de l’île de Rotti.En nous recommandant à votre bienveillance : H. Leecksma Kzn Soeragaïa. »

Il y a aussi, dans ce pays, des comptoirs fort bien achalandés, si l’on en juge par ce prospectus :

« Nous livrons des travailleurs jeunes, sains et bien bâtis de Madura, de Java, des îles de la Sonde, ainsi que des Chinois. Nous nous chargeons aussi d’exécuter toutes les commandes des bêtes de boucherie et de trait. »

N’oublions pas que Batavia appartient à la Hollande, dont la capitale est La Haye, où se tiennent les assises de la paix, et où semble être fondé d’une façon définitive le tribunal d’arbitrage. Aussi ne doutons-nous pas que le gouvernement de la jeune Reine ait bientôt mis ordre aux fantaisies des esclavagistes de la Sonde.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1905.