Léonard de Vinci

Ce brave Léonard !

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arsene-houssayeLes fouilles qu’on va entreprendre, aux environs d’Amboise, pour retrouver le tombeau  de Léonard de Vinci, ne seront pas les premières. En 1863, Arsène Houssaye avait déjà tenté la même découverte. 

Depuis dix jours déjà, il faisait creuser des tranchées, lorsqu’il apprit qu’un très vieil homme habitant près du château du Clos-Lucé où mourut l’auteur de la Joconde, affirmait connaître l’endroit exact de la sépulture. 

Après bien des difficultés, le vieillard consentit à conduire lui-même Arsène Houssaye. 

Chemin faisant, on bavarda, Quel ne fut pas l’étonnement de l’écrivain en entendant le paysan abonder en anecdotes sur « ce brave Léonard » comme il l’appelait. 

On arriva au cimetière ce qui était fort imprévu, étant donnés les documents qu’on possédait. Le paysan se leva, arracha de mauvaises herbes, et découvrit une inscription :

« Ci-gît, Léonard, artiste peintre. » 

Il s’agissait d’un obscur rapin, mort à Amboise de longues années auparavant. Le plus beau est qu’Arsène Houssaye dut payer le déplacement du guide !

« Gil Blas. » Paris, 1906.

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Mes amis…

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alfred-de-musset

Lisons cette jolie page d’Arsène Houssaye qui est très peu connue et qui met en scène l’auteur de Rolla.

Un matin, je me rencontrai chez Alfred de Musset, déjà bien malade, avec l’odieux Viel-Castel. Le poète nous dit que son plus grand regret avant de mourir était de ne pas revoir ses amis, Raphaël, Giorgione et Léonard de Vinci. Il nous était bien difficile de lui amener ces amis-là.

Vous devriez bien, lui dis-je, venir les voir aux flambeaux, car Nieuwerkerke vous invitera, si vous le voulez, à une de ces fêtes éblouissantes qu’il donne, la nuit, aux souverains de passage à Paris.
— Ce serait mon rêve, dit de Musset en s’animant, mais je voudrais être seul.
— Rien que cela ! C’est à peu près comme si je demandais au directeur de l’Opéra de me donner une représentation à moi tout seul.
— Pourquoi non ! reprit de Musset.

Le lendemain, Nieuwerkerke envoya une très gracieuse invitation à Alfred de Musset pour visiter le Louvre aux flambeaux. Ce ne fut pas tout il vint le prendre chez lui. Quand le poète fut arrivé au Louvre :

Mon cher de Musset, lui dit-il, si vous voulez être seul à côté des maîtres que vous aimez, j’irai vous attendre dans mon cabinet avec Houssaye.
— Eh bien, oui, dit Alfred de Musset en serrant les mains de Nieuwerkerke.

Que se passa-t-il dans cette dernière effusion du poète vers les grands maîtres ? Je n’ai jamais pensé sans être ému à cet éloquent adieu aux chefs-d’œuvre du musée du Louvre par un homme qui allait ne plus rien voir. Alfred de Musset dit une dernière parole à la Joconde et à la Fornarina après quoi, pâle et les yeux humides, il s’en vint remercier Nieuwerkerke de son exquise bonté.

C’était la première fois qu’on traitait ainsi un poète en souverain. 

« La Revue hebdomadaire. » Paris, 1905.
Illustration : aquarelle d’Eugène Lami.

Pour faire sourire la Joconde

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joconde

Se trouvant à Florence, vers 1500, Léonard de Vinci entreprit de faire le portrait de Mona Lisa, femme de Francesco del Giocondo. Mona Lisa était une très belle femme, et elle avait un sourire si particulier, si agréable ! il lui fallait croquer parfaitement ce sourire.

Enorme difficulté que Léonard parvint cependant à vaincre, grâce à un procédé qui ne manque pas d’originalité. Il entoura la belle Mona Lisa de musiciens, de chanteurs et de bouffons qui l’entretenaient dans une douce gaieté. Léonard travailla pendant quatre ans à l’exécution de ce tableau. On ne sait combien de temps musiciens, chanteurs et bouffons furent en réquisition.

Le sourire, admirablement reproduit, plut tellement au roi François 1er qu’il acquit l’oeuvre de Léonard de Vinci pour la somme de douze mille livres. Somme énorme pour l’époque; mais on tenait cette peinture pour une chose merveilleuse et s’accordait à déclarer que la figure de Mona Lisa était d’une exécution à faire reculer l’artiste le plus habile du monde qui voudrait l’imiter.

Ce portrait est connu sous le nom de la Joconde. Vous tous qui allez l’admirer au Musée du Louvre, inclinez-vous devant l’œuvre du Maître, mais ne refusez pas un souvenir aux musiciens, chanteurs et bouffons qui, entourant le chevalet de Léonard de Vinci, ont su provoquer le sourire de la Joconde.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1929.

Précision : Cet article ne présente ici qu’une hypothèse… parmi beaucoup d’autres plus ou moins farfelues.

Voitures à compteur

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Odomètre de Léonard de Vinci
Odomètre de Léonard de Vinci

Il est fort question, depuis quelques années, d’adapter des compteurs à nos petites voitures, et plusieurs systèmes ont même été mis à l’épreuve.

Si ces systèmes sont neufs, l’idée des voitures à compteur est-elle également neuve ? Il s’en faut. Un ouvrage chinois, dont le savant Klaproth a traduit différents passages, donne de curieux détails sur le mécanisme d’un char construit en 1027 par Lou-Tao-Loune, un des grands officiers de l’Empire, et qui indiquait le trajet accompli.

Ce char avait deux étages superposés, sur chacun desquels se tenait un homme de bois avec un maillet à la main. Quand le char avait fait un li (mesure itinéraire chinoise répondant à 576 mètres), l’homme de bois du premier étage frappait un coup sur un tambour, et une roue placée à moitié de sa hauteur exécutait un tour. Au bout de dix tours de roue, ou autrement de dix lis, c’était au bonhomme de l’étage supérieur à frapper sur une clochette.

A une époque encore plus reculée, nous voyons figurer dans le mobilier de l’empereur Commode, des voitures à compteur. Sans doute étaient-elles construites sur le modèle indiqué par Vitruve dans le chapitre du Xème livre de son Architecture intitulé : » Par quel moyen on peut savoir, en allant en voiture ou en bateau, combien on a fait de chemin. « 

« Passons maintenant, dit l’auteur, à une invention qui peut être de quelque utilité, et qui est une des choses les plus ingénieuses que nous tenions des anciens. »

Ainsi pour Vitruve, qui vivait clans le premier siècle avant notre ère, l’invention des voitures à compteur était déjà chose ancienne. Le mécanisme, qu’il décrit longuement, et que le mouvement circulaire des roues mettait en jeu, avait pour résultat de faire tomber dans une boîte d’airain, à intervalles égaux, de petits cailloux dont chacun représentait un nombre de tours de roue déterminé, équivalant à mille pas. Le bruit que chaque caillou faisait en tombant indiquait au voyageur qu’il avait franchi un nouveau mille, et, en comptant ces cailloux à l’arrivée, il savait au juste la distance parcourue.

« Musée universel » A. Ballue, Paris, 1872.