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Les trois léonards

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matelots-ivres

Il y avait une fois trois léonards qui ne savaient pas un mot de français.

Ils entreprirent un voyage, et l’aîné dit aux autres :

 Sur notre route nous aurons occasion de l’apprendre. 

Cela dit, ils partirent et passèrent par une ville, où ils virent des enfants qui revenaient de l’école. En passant par un groupe d’élèves, ils entendirent l’un d’eux qui disait : 

Trois léonards.

Alors ils se dirent « Maintenant nous savons du français »,  et ces deux mots-là furent pour l’aîné des trois. Quelques instants après, ils virent deux enfants qui entraient dans une épicerie, et l’un d’eux dit :

Pour deux sous de figues.
— Ah! voilà mes mots à moi ! dit le cadet.

Après qu’on eut pesé les figues, comme la balance restait très bien en équilibre, l’autre enfant dit : 

Comme c’est juste !
— Voilà mes mots, dit alors le plus petit des Léonards.

A quatre lieues plus loin, ils rencontrèrent au bord de la route un homme qu’on venait d’assassiner. les gendarmes survenant au même instant leur demandèrent :

Qu’est-ce qui a tué cet homme-là ?
— Trois léonards, dit le plus grand.
— Pourquoi ? demande de nouveau le gendarme.
— Pour deux sous de figues, dit le cadet.
— C’est bien, vous irez en prison.
— Comme c’est juste! dit le plus petit.

Et les gendarmes emmenèrent les trois hommes en prison, les mains liées derrière le dos.

« Société des traditions populaires. »  Paris, 1908.
Illustration : Jean Emile Laboureur.