les immortels

Le Dictionnaire saisi

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les_immortelsL’année 1920, va inaugurer une ère de grande activité pour l’Académie française, que son vigoureux secrétaire perpétuel, M. Frédéric Masson, compte aiguillonner de son propre exemple, dans le dessein de pousser le plus avant possible, la huitième édition du Dictionnaire, fort en retard sur les précédentes.

On en parlera dès jeudi prochain, et le désir d’un redoublement d’ardeur est si grand chez la plupart des Immortels qu’il n’est point invraisemblable de les voir revenir à l’usage qui jadis les réunissait deux et trois fois par semaine pour mener à bien tous leurs travaux. Autrefois, l’Académie n’avait que le Dictionnaire à faire, et deux prix (éloquence et poésie) à attribuer. Aujourd’hui, l’attribution et la comptabilité de ses prix, récompenses, subventions, dotations (que vient de compliquer, heureusement, certes, mais terriblement, la fondation Cognacq) se sont accrues dans des proportions telles qu’il reste bien peu de temps pour l’œuvre de  fixation et d’épurement de la langue, prévue par Richelieu et Vaugelas. Il faut donc aviser. 

Mais, dira-t-on, la première édition du Dictionnaire, commencée dès 1634, ne fut achevée qu’en 1694, après soixante ans, et il y en a quarante seulement que nos Immortels ont entrepris la huitième. 

Il est vrai. Mais un accident avait retardé lies académiciens du dix-septième siècle : à la mort de Vaugelas, ses créanciers avaient saisi chez lui les « cahiers » du Dictionnaire, et il fallut une sentence du Châtelet, qui ne fut rendue que le 17 mai 1651, pour que la restitution en fût faite à l’Académie.

Aucun de nos Immortels ne se trouvant présentement dans le cas de Vaugelas, pareille mésaventure n’est plus à craindre, et il ne reste aujourd’hui qu’à travailler davantage. 

« Excelsior. » Paris, 1920.
Illustration/capture d’écran : http://www.academie-francaise.fr/

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Le temple plus ou moins littéraire

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academiefrançaiseL’article qui suit est extrait du journal « le Diogène », numéro du 16 février 1862 : 

Les Immortels se sont réunis, l’autre jour, dans l’intention fort évidente de donner un successeur à feu M. Scribe. Les concurrents en présence ne brillaient pas, à mon avis, par l’éclat de noms bien illustres. Ils étaient là, cinq ou six, qui avaient bien du talent comme un seul : M. Camille Doucet, qui fait si facilement des vers difficiles; M. Joseph Autran, M. Cuvillier-Fleury, le plus sérieux, peut-être, des candidats; M. Mazères, M. Gerusez, le professeur; M. Octave Feuillet, l’Arsène Houssaye du théâtre. 

Il a été, de tout temps, de mode de se moquer un peu (et beaucoup) de l’Académie française. Voilà plusieurs fois déjà que des plaisanteries, qui n’ont d’autre prétention que de n’en avoir point, ont trouvé place ici. L’Académie est un texte inépuisable à moqueries, et, depuis Piron, combien de quatrains satiriques a-t-on collés aux portes de ce temple plus ou moins littéraire ? 

Sérieusement, ne voyons-nous pas un spectacle étrange ? 

Les vrais littérateurs comprennent si bien le peu d’importance de ce titre d’académicien qu’ils ne daignent pas briguer le suffrage des Immortels. Trente-neuf visites et soixante-dix-huit courbettes pour avoir le droit de porter un vilain habit à palmes vertes, cela est dur ! 

Dites donc à Théophile Gautier, à Saintine, à Michelet et à J. Janin, de prendre un fiacre et d’aller saluer M. Viennet, qui votera pour un autre. Ils vous riront au nez, et, sans plus se déranger, écriront le Capitaine Fracasse, le Chemin des écoliers, Louis XIV et le duc de Bourgogne ou la Fin d’un monde et le Neveu de Rameau

Nous, à l’Académie ? diront-ils. Et pour qui nous prenez-vous, bon Dieu ! Sommes-nous M. de Broglie, M. Mazères ou M. Gerusez ? Laissez l’Académie aux ducs et pairs, aux politiques, ou bien encore aux hommes d’un seul livre ! La foule ne les connait pas; hors de leur coterie, ce sont des étrangers. Vite un fauteuil à ces malheureux ! 

L’Académie n’est pas une récompense, c’est une consolation.

« Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. » Paris, 1889.