Lieutmer

Eaux dormantes

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lohéac.

Dans la partie centrale de la Haute-Bretagne on donne le nom de tournéouères, que l’on peut traduire par tourbillons, aux fondrières et aux trous isolés et pleins d’eau au milieu des prairies, et qui passent pour n’avoir point de fond.

On assure que bêtes et gens y ont disparu sous la vase, ou dans des espèces de canaux souterrains, et sont allés, après un long trajet au-dessous du sol, reparaître à des distances parfois considérables. Des tournéouères vont du Gouray à Dinan, qui en est éloigné de plus de cinquante kilomètres : c’est dans le voisinage de cette ville qu’on retrouva un bâton marqué jeté par un paysan, et un bœuf qu’un enlisement avait englouti. Un taureau qui courait après une vache tomba dans une lisoire voisine de Collinée, et tous deux s’attirèrent, sans avoir eu le moindre mal, dans une prairie auprès de Nantes. Un puits profond, dit Puits de la Motte, dans l’étang marécageux de Lohéac

communiquait avec la Vilaine. Un jour un charretier qui conduisait quatre boeufs y tomba et fut retrouvé avec son attelage à Redon, dans la rivière. Une paire de bœufs ensevelie dans une espèce d’entonnoir plein d’eau, en forme de cratère, que l’on remarque à Lieut-Saint (Lieutmer), gagna Decize par des conduits souterrains et vint aboutir à la Loire. Une canne tombée dans le lac du Bouchet fut retrouvée dans le bassin d’une fontaine, à 4 kilomètres de là.

Dans l’Albret, on assigne une origine légendaire à une masse de tourbe qui nage comme un bateau sur une fondrière de la commune de Pindères. On l’appelle le Lit de l’épouse, et on raconte qu’une jeune fille, mariée contre son gré, se précipita dans cette fondrière le matin même de la noce. la masse de tourbe se détacha comme un lit de mousse et se mit à flotter par dessus la pauvre petite épousée.

Paul Sébillot.  » Le folk-Lore de la France. La mer et les eaux douces. » Paris, 1904-1907.