Lille

Les « tours » des hospices

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La police vient d’arrêter, à Lille, une jeune fille qui, rendue mère par un Allemand, au cours des dures années d’occupation, accoucha clandestinement puis étouffant son enfant, l’enterra dans un jardin.

Ces cas lamentables ont été malheureusement assez fréquents, les femmes victimes de la sauvagerie teutonne ne pouvant se résoudre à garder des enfants d’origine ennemie.  La mère peut, il est vrai, abandonner son nouveau-né à l’Assistance publique, mais la crainte de la publicité empêche souvent la victime d’employer ce moyen légal.

Rien ne paraît, en effet, plus affreux que l’abandon d’un enfant par sa mère et pourtant cet acte, si criminel semble-t-il au prime abord, est souvent excusable. Dans la majorité des abandons, la misère, l’absolue impossibilité d’élever son enfant, pousse la mère à accomplir ce geste lamentable, geste qui, en France et dans presque tous les pays civilisés, est entouré de formalités obligatoires quoique anonymes.

La Havane, à Cuba, a conservé une vieille coutume : celle des « tours » des hospices. Le tour est un cylindre en bois convexe d’un côté et concave de l’autre, tournant sur lui-même avec une grande facilité. La partie convexe du tour fait face à la rue, tandis que l’autre s’ouvre à l’intérieur de l’hospice. La femme qui désire abandonner son enfant, agite une sonnette, sans pour cela être vue de la religieuse, qui, à l’intérieur, reçoit le petit être. Souvent même le poids seul du bébé fait sonner la cloche.

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Contrairement à tous les anciens usages, la mère cubaine peut venir réclamer son enfant. L’hospice de Cuba fut fondé en 1792 par le gouverneur espagnol Luis de las Casas et reconstruit en 1900 par Léonard Wood, gouverneur général de l’île. Le docteur J.-V. Valdès, directeur actuel de cette maison « au bénéfice des mères » fut lui-même abandonné dans cet asile. C’est donc avec tout son cœur qu’il s’occupe des malheureux petits abandonnés.

La France a possédé des tours. Ce fut Napoléon Ier qui légalisa cette mesure par décret en 1811. Quatre départements, ceux du Doubs, de la Meurthe, de Seine-et-Oise, du Haut et du Bas-Rhin refusèrent d’instituer ce système. Les quatre-vingt un autres départements en possédaient deux cent cinquante neuf. Les abandons se multiplièrent,
des enquêtes apprirent même que certaines mères déposaient leurs enfants dans l’espoir, généralement réalisé, de se les faire remettre ensuite avec le salaire payé aux nourrices.

De 1830 à 1841, deux cent treize tours furent fermés et malgré l’opposition de Chateaubriand qui prétendait que la suppression des tours conduisait aux multiples infanticides, ces derniers tombèrent peu à peu en désuétude pour disparaître complètement. Pourtant, à l’instar de la Havane, l’Irlande possède encore des tours pour l’abandon des enfants.

« Le Miroir. »Paris, 1920.

 

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Renforts

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La Quotidienne, en 1823annonçait avec une sorte d’emphase le départ de trente conscrits de Lille et celui de six jeunes soldats de Lons-le-Saulnier.

Ces derniers étaient destinés à faire partie de divers régiments. Ne croirait-on pas, d’après un pareil langage, que le royaume de France ressemblait aux états du prince de Monaco, dont toute la force armée, à l’époque, consistait en deux gendarmes , un chasseur et un chien !

Un bon maire

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On a pu voir, placardé sur les murs d’une commune de banlieue de Lille, cet avis :

Le Maire a l’honneur d’informer les habitants qu’en raison du 1er mai, l’enlèvement des boues et immondices se fera le mardi 30 avril.

A l’occasion de cette fête, un grand concert sera donné le mercredi 1er par l’harmonie, à 19 heures, place Jules-Guesde. Tous les habitants, sont cordialement invités à y assister.

Voilà une municipalité pleine de sollicitude pour ses administrés. L’enlèvement des ordures au son de la fanfare.

C’est parfait !…

« Les Potins de Paris : politiques, financiers, théâtraux. »  Paris, 1929.

Plus fort qu’Harpagon

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Ce rentier de Lille qui avait oublié une somme de 90.000 francs dans un tramway, offrit une pièce de quarante sous à l’honnête employé lui rapportant celle fortune.

Le commissaire de police ouvrit une enquête et apprit que cet avare, titulaire d’un gros compte en banque, recevait des secours du bureau de bienfaisance ! Bien entendu, il sera rayé des listes de nécessiteux. Mais le brave employé né touchera pas pour cela plus que les quarante sous qui lui ont été offerts.

Ce qui prouve la nécessité d’une taxe obligatoire, proportionnelle à la valeur de l’objet trouvé, fonctionnant au bénéfice de celui qui le restitue. Allons, messieurs les parlementaires, qui en prendra l’initiative ?

« Les Potins de Paris : politiques, financiers, théâtraux. » Paris, 1929.
Illustration : « Picsou. »  ©Walt Disney.

Main morte

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Le fief de Lambersart, fertile terroir tout en vertes prairies, vergers et pâturages, venait d’être constitué au profit de Messire Pierre Neveu ; lequel fief ressortissant de la Châtellenie était tenu de la gouvernance de la salle de Lille. C’est là, qu’en vassal, il devait aller rendre foi et hommage et porter vœu et dénombrement avec charge par lui d’acquitter, « lourd espier« , un droit domainial consistant en 301 razières, un havot et demi-carreau de froment, y compris 36 razières de blé à moudre par le moulin du Busquet, pas un autre. Sans compter encore les 299 chapons et le lot de crème de Morbecque et les 12 livres un denier, d’argent de bon aloi.

Ainsi muni d’une cargaison de grains et de volaille, Pierre Neveu, seigneur de Lambersart, arriva suivi de son escorte à la salle de Lille. Ayant mis pied à terre, il appela trois fois, heurtant trois fois à la porte et après avoir, selon l’us, baisé trois fois la cliquette ou « verrouil » d’icelle, prononça à haute et intelligible voix la formule de l’hommage. Acte authentique en fut dressé pour être signifié aux officiers de justice et l’impôt soldé, le blé déchargé, les chapons comptés partie en plumes, partie en argent, selon la priserie des échevins, il festina à la table du châtelain de Lille et ce fait, s’en retourna, après dîner, en sa seigneurie de Lambersart.

Il y eut liesse dans le pays et la journée s’acheva en ducasse. Les bons serfs fêtèrent, à cœur joie, l’avènement du nouveau seigneur. On chanta en son honneur, on but à sa santé et on dansa et « menestranda » sur la place de l’église, à côte du cimetière ! Sire Pierre Neveu, saoul de bonne chère, présidait le bal champêtre, regardant s’ébattre filles et gars ; suivant des yeux, non sans plaisir, le tournoiement des rondes et le vol des jupes ; puis avec courtoisie donna une rose celle qui, à son avis, dansait le mieux.

C’était une gente pastourelle, fraîche comme une fleur d’avril. Ses charmes printaniers tentèrent le galant sire qui la trouvant à point et très jolie, ma foi, pour la fille d’un vilain, la fit conduire en secret, le soir, dans son château et usa prématurément sur elle du droit de cuissage !

Quelque temps après, l’accorte bergerette se sentit enceinte. Que faire ? n’allait-elle pas être honnie, montrée au doigt dans tout le village ? Adonc son maître et seigneur, pour la dérober aux yeux, l’envoya faire ses couches au cloître de l’abbaye de Marquette. Elle y entra et dès lors nul ne la revit plus, personne ne sut ce qu’elle était devenue. Etait-elle morte ? Avait-elle pris le voile ? Mystère Son père au désespoir, son père qui n’avait plus qu’elle au monde, alla, les mains jointes, la réclamer au château. Mais le châtelain, haussant les épaules, le fit chasser par ses chiens. En vain courut-il à l’abbaye de Marquette, en vain cria-t-il, en vain cogna-t-il à la porte ; il frappa, personne n’ouvrit, le cloître resta clos, la tourière muette. Il y courut vingt fois, cent fois encore :

Ma fille, gémissait-il sur le chemin, qu’on me rende ma fille…

Toujours même silence, rien, et le pauvre père retournait seul en sa maison vide. Harassé, exaspéré, il sanglotait, se lamentait, des pleurs de rage lui venaient.

Ah ! jour de Dieu, s’il avait pu se venger !

Un soir, qu’il revenait de la salle de Lille où toujours vainement il était allé demander justice, il rentra chez lui, navré, brûlant de fièvre et s’étant mis au lit, malade, il mourut dans la nuit, l’anathème à la bouche.

Le lendemain le cadavre du serf n’était pas encore refroidi que le bailli vint lui couper la main droite pour, conformément à la loi, l’offrir en tribut à Pierre Neveu, seigneur du lieu. Or comme on la lui présentait, cette main s’anima frénétique et mue soudain par on ne sait quelle invisible force. Voici qu’elle bondit, s’ouvrit toute grande et vlan ! fort et ferme le gifla au visage; il en vit trente-six mille chandelles, le sire, et l’empreinte du soufflet lui resta claquée sur la joue, y laissant le stigmate ineffaçable d’une tache rouge !

Alphonse Capon. « La Revue septentrionale : organe des Rosati et des sociétés savantes, artistiques et littéraires du Nord de la France. »  Paris, 1897.